NIFFF 2026 – Dead End de Chan Chun-hao

Posté le 24 juillet 2026 par

Le NIFFF faisait la part belle à Taïwan cette année en présentant non seulement Deadline mais aussi le polar Dead End de Chan Chun-hao, auteur déjà remarqué dans le genre, nominé trois fois aux Taipei Films Awards. Sous influence du cinéma des frères Safdie, le réalisateur essaie de combiner le plus efficacement possible en à peine plus d’une heure et demie, la ville avec un sombre secret, le cynisme du traitement des personnes âgées, la corruption et la nécessité de dépasser les conflits familiaux. Le résultat a les défauts de ses qualités, efficace et sans temps morts mais ne s’attardant en conséquence pas toujours assez sur certaines de ses pistes.

Un ancien joueur de baseball vedette ayant tout perdu après un scandale revient dans sa ville natale pour essayer d’éponger ses dettes par une opération immobilière malhonnête ; lors du mariage d’un ami d’enfance il commence à découvrir que la ville a étrangement évolué depuis son départ, à cause d’un violent vieillissement de la population. Il retrouve son amour de jeunesse devenue strip-teaseuse et apprend que son père va bientôt mourir. Il se voit presque instantanément projeté dans un complot mêlant soins palliatifs, maisons de retraites, politique, jeux d’argent et frustrations anciennes. En quelques minutes on passe du point de départ à des scènes de combats, des accidents de voitures spectaculaires, des courses poursuites, des scènes d’incendie… Du point de vue de l’efficacité du spectacle, le film remplit complètement ses objectifs. Mis à part à la fin, le film essaie de se dérouler sans ellipses, pour montrer la panique et l’urgence de la situation, et se tient à son principe : ce que le personnage ne voit pas, on ne le sait pas non plus (mais comme on ne l’a pas beaucoup côtoyé avant, on ne sait pas toujours ce qu’il sait non plus), ce qui explique l’impression d’être parfois perdu, jeté tambour battant dans une histoire qui nous dépasse.

Le problème est qu’on a parfois plus l’impression de suivre le protagoniste que de vraiment l’accompagner, certaines informations sont données un peu tard pour l’empathie, et une partie des réactions semble au départ un peu prétextes, alors que le scénariste avait prévu une justification. Dans l’ensemble, le déroulé se veut tellement efficace que le film manque un peu de moments pour développer ses personnages, ce qui oblige le film a soudain annoncé des éléments que le public aurait pu comprendre si on avait pris le temps de lui donner toutes les informations en amont. Visiblement, il s’agit d’un choix esthétique mais on a parfois l’impression d’une occasion ratée, voire d’éléments mécaniques pour ramener l’intrigue dans ses rails dont on finit par ne plus se demander s’ils font entièrement sens. C’est d’autant plus surprenant que le film avait reçu des aides au développement justement en raison du projet de scénario, sur la question du rapport aux personnes âgées. Pour un public non averti, le secret de la ville est présenté comme un secret qui est progressivement révélé, alors que le titre original 死亡賭局 signifie « le pari sur la mort » (si d’autres films n’avaient pas préempté le titre, il devrait donc s’appeler en anglais Deadpool), et fait référence à un fait divers taïwanais précis dans lequel on pariait sur le jour de la mort de personnes âgées ; cette familiarité avec le sujet justifie donc sans doute en partie la façon dont cet élément central est présenté très rapidement comme une évidence. Quelques éléments sont bien trouvés, comme le détails des aides à l’enfance remplacée par les aides à la fin de vie, ou bien cette ville où il ne semble n’y avoir qu’un seul enfant, mais il ne faut pas cligner des yeux pour ne pas les rater.

Heureusement, la photo nocturne du film est très réussie et nous pousse à accepter son univers, et le travail sur le son et la musique est très élaboré (on peut noter que le héros et son frère sont joués par des musiciens, Hong Yu-hong, Daniel Hong « Spring Breeze » de Nine One One et Ng Ki-pin de EggPlantEgg, et qu’ils ont même fait un clip pour accompagner le film), au point que la production a été récompensée à Taipei pour sa bande-son et nominé pour sa création sonore. Le budget du film n’est pas celui d’une grosse production, mais le résultat est aussi spectaculaire qu’il le peut.  Les acteurs sont bons et essaient de révéler autant des personnages que leur temps d’écran le leur permet, y compris la petite fille qui sert à la fois à guider le protagoniste et à le faire progresser, ce qui est assez remarquable tant son rôle pourrait n’être structurellement qu’un outil de scénario. Si on ne se trompe par sur ses attentes, en espérant une exploration psychologique des conséquences de l’idée initiale, alors qu’il s’agit avant tout d’une course contre la montre, le film a une vraie personnalité. Il peut se montrer un peu frustrant, mais il comporte de belles scènes, et, même si on peut trouver que le traitement est superficiel, il apporte des conclusions satisfaisantes à ses grandes lignes, très suffisantes pour un thriller d’action.

Florent Dichy.

Dead End de Chan Chun-hao. Taïwan. 2026. Projeté au NIFFF 2026.