Le cinéma indonésien a été mis à l’honneur à plusieurs reprises lors de cette 32e édition de l’Étrange Festival. Parmi la sélection, Ikatan Darah, réalisé par Sidharta Tata, proposait un spectacle ô combien sanglant, jubilatoire et digne des conditions de projection de la salle 500 du Forum des Images.
Pour sauver son frère cadet, dont les dettes de jeu ont mis en péril la sécurité de toute sa famille, Mega, ancienne athlète d’arts martiaux, doit combattre les membres de la pègre lancés à ses trousses. Missionnés par un prêtre psychopathe, ils n’ont qu’un seul but : les massacrer.
Depuis 2025, la star indonésienne Iko Uwais a enfilé la casquette de producteur exécutif pour le compte de sa propre société, Uwais Pictures. Plusieurs films ont vu le jour depuis, parmi lesquels Ikatan Darah, réalisé par un grand habitué des cinémas d’horreur et d’arts martiaux indonésiens, Sidharta Tata. On le sait, il serait malavisé d’attendre quoique ce soit de « profond » de la part du cinéma d’action indonésien, connu pour sa brutalité sans limite, ses élans chorégraphiques et ses festivals de chairs éclatées. Ikatan Darah ne déroge pas à la règle : l’histoire prend tout bêtement pour origine la descente en enfer d’une famille aux prises avec une bande d’usuriers sanguinaires. Lorsqu’un jour, le frère cadet assassine le patron des criminels et s’enfuie avec l’argent du coffre, sa sœur aînée, talentueuse pratiquante de Pencak-Silat, doit lui venir en aide. Leur ennemi n’est ni plus ni moins que l’intégralité de la mafia locale, dirigée par un prêtre catholique illuminé se croyant rédempteur.
Dans un genre souvent dominé par les symboles virils et les figures masculines, on apprécie de savoir le cinéma indonésien capable de produire un protagoniste martial féminin, dans le sillage du film Furie sorti au Vietnam il y a quelques années. D’autant plus que, contrairement à l’héroïne de ce dernier qui restait motivée par un « instinct maternel » parfois arbitraire, Livi Ciananta offre ici à son personnage une interprétation charismatique et impitoyable. Plusieurs grands noms du cinéma martial (Rama Ramadhan, Yandi ‘Piranha’ Sutsina…) ont œuvré pour rendre les chorégraphies aussi impressionnantes que possible. Dans la seconde partie du film, où la fratrie se retrouve piégée dans un petit village kampung kota à flanc de colline aux allures de favela brésilienne, les combats ont lieu dans des espaces très resserrés : ruelles sombres, toits biscornus et vieilles bicoques en bois. Malgré ces contraintes (volontaires), la caméra gigote et offre des points de vue variés sur la scène avec une amplitude étonnante. Les ennemis, aussi caricaturaux soient-ils, interagissent avec les décors et se munissent d’armes loufoques qui déclenchent de fameuses réactions cathartiques, l’héroïne s’en emparant à son tour pour découper membres et têtes sur son passage sous les applaudissements du public.
On regrette cependant la difficulté avec laquelle le scénario parvient à son climax, la première moitié du film se déroulant avec trop d’intérêt porté sur l’exposition familiale des protagonistes, et trop peu d’affrontements en comparaison. Faute pardonnée par une dernière heure exaltante et boursoufflée aux jets d’hémoglobine, portée par une mise en scène de toute beauté. Cela dit, on peut toutefois noter que la réalisation ne se distingue pas encore vraiment des autres films du genre produits en Indonésie à notre époque. La narration fonctionne toujours selon un schéma de paliers de boss, et les coups s’accompagnent de cette même esthétique aux tons grisonnants et de cette même caméra tremblante. La question est désormais de savoir si le cinéma indonésien saura réussir à s’émanciper durablement du style imposé par Gareth Evans et Timo Tjahjanto ces quinze dernières années. Reste que le cliffhanger final laisse présager une suite bien musclée, qu’on espère vivement voir débarquer un jour, pourquoi pas à l’Étrange Festival.

Richard Guerry.
Ikatan Darah de Sidharta Tata. Indonésie. 2025. Projeté à l’Étrange Festival 2026.




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