I Wish

I Wish de Kore-eda Hirozaku (Vesoul)

Posté le 13 février 2012 par

Kore-eda revient avec un film apaisant sur l’enfance. Mineur en apparence, mais en apparence seulement… Par Victor Lopez.

L’histoire : Deux frères vivent dans des villes différentes depuis le divorce de leurs parents. Ryunosuke, enthousiaste et plein de vie, partage un appartement avec son père, musicien de rock alternatif, alors que Koichi, l’aîné, est parti vivre avec sa mère à  Kagoshima, ville constamment plongée sous les cendres d’un volcan. Leur vœu : réunir leur famille éclatée…

Kagoshima and Fukuoka’s Story

C’est d’abord avec une pointe de déception que l’on sort de I Wish. À première vue, le film se tient dans la filmographie de Kore-eda à mi-chemin entre Still Walking, avec lequel il partage le côté chronique familiale, sans toutefois en avoir l’ampleur, et Nobody Knows, pour la place qu’y occupe l’enfance, mais sans avoir la terrifiante portée sociale de ce dernier. La légèreté apparente du sujet, loin des médiations sur la mort, la perte, et le deuil de Maborosi, After Life ou Distance, tend de plus à étiqueter ce I Wish comme une œuvre mineure du cinéaste, variation légère sur des thématiques précédemment plus amplement traitées. On a ainsi l’impression de retrouver la musique connue et aimée, celle que l’on a identifiée comme une symphonie subtile (l’œuvre de Kore-eda, qui est un cinéma du détail, est tout sauf imposante et prétentieuse) rejouée comme une mélodie pop, aussi agréable qu’insignifiante.

En somme, on se retrouve devant I Wish avec la même impression que les personnages du film lorsqu’ils goûtent les gâteaux que cuisine le grand-père : on ne sait pas trop quoi en penser, on imagine qu’il manque quelque chose, sans trop savoir ce que cela pourrait être, et l’on finit par qualifier, faute de mieux, l’ensemble de « douceâtre ». Le film se tient pourtant comme une chronique douce-amère de l’enfance dans le Japon des familles recomposées, et poursuit avec soin le minutieux travail entrepris par le cinéaste dès Maborosi. Le tout est doublé d’un récit d’apprentissage et du passage à l’âge adulte souvent juste et touchant. La thématique de l’adéquation de l’acceptation de la réalité face à la réalisation d’un vœu parcourt en effet le métrage tissant sa trame autour de la volonté d’un enfant de réconcilier ses parents brouillés.

Conte (pas si cruel) de la jeunesse

Mais ce qui fait la force de I Wish, c’est justement la précision de la description de ce moment de l’enfance, où les contours du réel ne sont pas encore totalement définis, et où il peut encore être modelé par l’imagination. C’est ce point de vue qui tire I Wish hors du drame familial et le hisse à des kilomètres au-dessus des films japonais contemporains sur le même thème. C’est, comme toujours chez Kore-eda, dans les détails que tout se joue. Ainsi, lors d’une scène au cours de laquelle les enfants attendent le passage d’un train (et l’on sait l’importance des trains dans les films de Kore-eda depuis Maborosi), on distingue une grand-mère de l’autre côté du passage à niveau. Et après le passage du train, celle-ci a disparu. Les enfants ne s’en étonnent pas outre-mesure, exprimant tout de même après un temps d’attente leur curiosité et se demandant s’il s’agit d’un voyage dans le temps. Mais le vrai miracle est que le spectateur, lui aussi, accepte, alors même qu’il regarde un film « réaliste », cette facétie comme parfaitement naturelle, preuve de son immersion totale dans l’univers décrit.

À mesure que le temps passe, des scènes reviennent ainsi et apportent un éclairage nouveau sur le film. Certaines émeuvent (l’enfant regardant les retrouvailles heureuses d’une famille sur le quai d’une gare), d’autres marquent finalement assez durablement. Le montage d’images mentales lors de la scène où les trains se croisent, non sans rappeler les procédés de Wes Anderson, un autre cinéaste magicien de l’enfance, est en ce sens un éloquent exemple de ce que peut exprimer très simplement le cinéma sur la construction de soi et sur le pouvoir de la mémoire. On y voit en effet des détails de scènes que l’on a vécu avec le personnage, et l’on comprend, à travers cette focalisation, ce qu’elles ont d’importantes pour lui, et comment cette sélection, cette prise de conscience, l’aide à devenir plus mature.

Il n’y a pas que le personnage de I Wish qui sort grandit du film, le spectateur aussi.

Victor Lopez.

Verdict :

I Wish sera présenté en avant-première à l’ouverture du FICA (Festival International des cinémas d’Asie de Vesoul) le 14 février 2012.
Pour la grille des diffusions, voir ici !

La sortie en salles est prévue pour le 11/04/2012.

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5 commentaires pour “I Wish de Kore-eda Hirozaku (Vesoul)”

  1. Le film a également été projeté le 13 février dernier au cinéma La Pagode à Paris, en présence du réalisateur.

    Après la séance, ce dernier a fourni plusieurs intéressantes précisions sur son film, que j’ai essayé de résumer dans un compte-rendu sur mon blog :
    http://hicsuntninjas.blogspot.com/2012/02/kore-eda-realise-t-il-un-miracle-dans.html

    Je trouve que, passé la phase de présentation des personnages, le film subit une petite baisse de rythme. Comme vous le dîtes, on a l’impression que quelque chose ne prend pas.
    Mais le métrage repart dès que les enfants décident de partir en expédition et garde son dynamisme jusqu’à la fin.

    Au final, j’en conserve une très bonne impression et ne peux qu’inciter les spectateurs à aller le voir en salles en avril prochain.

  2. C’est le Festival International des Cinémas d’Asie de Vesoul qui a financé la venue de Kore-eda (classe buisness of course). Dans la vie il y a ceux qui payent, et ceux qui profitent…

  3. Heu… oui, bien sûr ! Mais en même temps, n’est-ce pas le propre d’un festival que de partager, et de laisser les spectateurs profiter (et les critiques partager, profiter et aussi… critiquer) ?
    En tout cas, merci d’avoir organisé cette magnifique venue, et surtout de laisser les invités aussi disponibles. C’est vraiment rare et tellement appréciable cette convivialité que l’on trouve à Vesoul, et qui fait souvent malheureusement défaut ailleurs.
    À l’année prochaine, Vesoul !

  4. Je comprend surtout de tout ça que c’était apparemment une avant-première « pirate », une carotte mis au festoche qui a financé la venue du réal. Sans doute cela ne serait pas arrivé si Kore-Eda était venu à Deauville … Wildside n’oserait pas se fâcher avec leur partenaires ..

  5. Ha oui, effectivement, c’est plus clair. Merci Martin pour ce « décryptage » 😉

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