VIDEO – Histoires de fantômes chinois 3 de Ching Siu-Tung

Posté le 23 mars 2026 par

Suite au succès à l’étranger du premier Histoires de Fantômes Chinois puis celui à Hong Kong du deuxième volet, un troisième épisode est tout de suite mis en chantier, sobrement appelé Histoires de Fantômes Chinois 3. Toujours réalisé par Ching Siu-tung et produit par Tsui Hark, il est disponible dans le coffret dédié à la saga paru chez Metropolitan Films.

Le film est sous-titré chez nous La Voie du Tao ou La Voie de la Voie, selon les choix de traduction (道道道, qui est aussi un jeu de mot avec la triple répétition, rappelant le début du fameux rap du Tao des deux premiers épisodes). Cette fois, ni Leslie Cheung, ni Wu Ma ne reviennent, et le film propose une autre forme de suite au précédent : il ne s’agit plus de la suite des aventures des protagonistes mais du retour de l’antagoniste du premier film, un siècle plus tard. L’intrigue est très proche de celle d’origine : Joey Wong incarne un nouveau fantôme prostitué au service du démon arbre joué par Lau Siu-ming qui va faire la rencontre de Fong (un jeune moine interprété par Tony Leung) accompagné par son maître (Lau Shun, l’antagoniste du précédent film) et aidé par un épéiste joué par Jacky Cheung (dans un personnage qui synthétise le personnage de Wu Ma et le sien des précédents épisodes).

Le film peut-être vu comme une synthèse de la série, il n’invente rien mais réutilise ce qui avait été établi précédemment pour en offrir une version moins improvisée. L’intrigue est ici plus « normale », on sent davantage que le réalisateur sait où il va. L’alchimie entre Tony Leung et Joey Wong est bien sûre très différente de celle que l’actrice avait avec Leslie Cheung ; le film choisit donc de présenter ces personnages différemment : s’il y a un jeu de séduction lors des premières rencontres, la chasteté du héros devient alors un élément comique de ces scènes où le spectre est parfois très entreprenant, dans une surenchère sur le léger érotisme du premier film. C’est davantage une relation de camaraderie qu’une grande histoire d’amour qui va se présenter à nous. Le film surligne par ailleurs beaucoup plus la métaphore de la prostitution, notre fantôme succube se plaignant que la présence du moine chaste dans son repère l’empêche de « gagner sa vie ». La séduction a davantage l’air d’être un jeu, et ce qui les rapproche est le sentiment de fatalité du destin dont ils ne sont pas maîtres. « Tu es une femme et un fantôme et moi un moine », formulé ainsi il y a quelque chose d’un peu absurde, mais c’est l’amitié par delà ces oppositions qui donne son cœur au film.

Cette fois, le film est marqué par la présence de l’eau, avec des combats très spectaculaires et beaucoup de plans plus larges, plus proches du style habituel de Ching Siu-tung. C’est d’ailleurs l’un des éléments qui permettent de distinguer le film de l’original, avec des effets spéciaux plus aboutis et de quelques numéros câblés particulièrement périlleux. Dans l’ensemble, c’est le film le plus maîtrisé de la trilogie du point de vue technique, et comme pour l’intrigue, l’équipe sait davantage ce qu’elle fait que lors des expérimentations précédentes. Après le succès du premier épisode à l’export et du deuxième épisode sur le territoire de la colonie, le but est de faire de ce dernier épisode une valeur sûre, moins risquée et confectionnée en fonction des goûts du public. Le thème sous-jacent de tout le film est d’ailleurs le rapport à l’argent : les spectres travaillent vraiment dans une sorte de maison close, le chevalier errant incarné par Jacky Cheung ne pense qu’à ses factures, le Bouddha d’or est vu par les villageois comme une ressource et non comme une relique spirituelle, l’arbre démon se lamente de ne pas être honoré comme les tyrans humains, les spectres sont littéralement traitées comme des prostituées… Le film pourrait en paraitre très cynique, mais l’équilibre de son humour permet au film de garder son capital sympathie. On retrouve d’ailleurs un certain nombre de version parodiques d’événements du film original, avec la reprise de l’épisode du serpent ou de la langue, mais cette fois en remplaçant l’horreur par la grivoiserie, en prenant en compte toutes les variantes de l’histoire qui ont été produites à Hong Kong depuis.

Dans l’ensemble, la principale faiblesse du film est d’être le troisième épisode de la saga, et d’avoir perdu Wu Ma et Leslie Cheung (et de ne pas avoir de nouvelle chanson mémorable), les tentatives de connexion entre les films semblant très artificielles. C’est un film qui reste charmant, parmi les meilleures variations des films de fantômes enjôleuses, bien joué, drôle et spectaculaire. À la limite du remake ou de la variation, s’il ne faut pas forcément l’enchaîner avec les deux précédents, il est tout à fait appréciable par ses différences avec ses prédécesseurs.

Édition Vidéo

Le film est disponible en deux versions : une version intégrale et une version plus courte d’une dizaine de minutes. Le film semble avoir été coupé davantage pour le rythme que pour des raisons de censure, puisque ce qui est coupé consiste essentiellement en des dialogues qui développent l’univers ou des bouts de plans lors des scènes d’actions, sans pour autant qu’ils soient clairement plus violents que ce qui reste. Comme les autres films, le master 2K est très propre et les versions 5.1 comme stéréo sont de bonnes tenues, en cantonais comme en français.

Les bonus contiennent à nouveau une vidéo de Grady Hendrix sur les anecdotes entourant le tournage et un documentaire de David West sur la genèse du film. De même, on retrouve la bande-annonce originale et la galerie d’images promotionnelles. L’interactivité est bouclée par la fin de l’entretien avec James Wong, intéressante mais ne traitant plus du tout le film, et un entretien avec le chorégraphe Yuen Bun qui rentre dans les détails du travail sur le film et notamment sur la travail des scènes câblées.

Florent Dichy.

Histoires de Fantômes Chinois 3 de Ching Siu-Tung. Hong Kong. 1993. Disponible en Blu-ray dans le coffret Histoires de fantômes chinois paru chez Metropolitan Films le 14/02/2026.