BLACK MOVIE 2026 – School in the Crosshairs d’Obayashi Nobuhiko

Posté le 20 janvier 2026 par

Basé sur le roman éponyme de Mayumura Taku dont sont nés plusieurs films, séries et même un anime, School in the Crosshairs est considéré comme la meilleure de toutes les adaptations par les fans du genre. Après avoir réalisé le mythique House quelques années auparavant, Obayashi Nobuhiko avait en effet rouvert sa boîte magique pleine de visuels psychédéliques et d’effets spéciaux pour offrir au public une ode pop et futuriste à la résistance et à la libre pensée, à découvrir au Black Movie en version récemment restaurée.

Mitamura Yuka est une élève modèle au lycée. On la charge d’aider son petit-ami Kouji, un kendoka peu talentueux, dans ses révisions. Mais lorsqu’un enfant est sur le point d’être renversé par un camion, Yuka constate qu’elle dispose de pouvoirs psy lui permettant de ralentir l’action de quelqu’un ! C’est alors qu’une nouvelle élève, également dotée de pouvoirs psy, fait sa venue dans l’école et s’annonce être une menace…

Sorti deux ans avant The Girl Who Leapt through Time, School in the Crosshairs présente déjà les mêmes gimmicks narratifs et visuels qui sont si chers à Obayashi. L’attention est portée sur un protagoniste de lycéenne qui doit s’affirmer face aux épreuves et devenir une adulte. On sent toute la bienveillance de la caméra d’Obayashi sur la jeunesse japonaise d’alors, qu’il présente comme innocente et devant systématiquement accéder à un parcours initiatique afin de devenir elle-même. Derrière cette typologie de scénario, il s’amuse avec la dimension graphique que peut offrir le cinéma à travers des effets visuels faussement simplistes, composés d’auras dessinées et de collages en tous genres, qui revêtent un caractère cartoonesque des plus jouissifs. Ce type de récit associé à l’esthétique urbaine du Japon et des uniformes de lycéens, mâtiné d’une dose de surnaturel, se situe au début de la vague de pop-culture adolescente japonaise des années 1980, qui va trouver son point culminant dans l’animation et les mangas pour les décennies à venir.

À la fois, Obayashi s’inscrit dans cette vague de cinéma populaire et pourtant se place dans une singularité cinématographique qui le distingue de beaucoup d’autres de ses compatriotes. Les effets graphiques et le ton à plusieurs niveaux de lecture qu’il utilise peuvent le confiner à l’état de cinéaste de l’étrange, qui ose le kitsch et l’outrance. L’outrance est pourtant elle-même annihilée par la tendresse du regard qu’il pose sur ses personnages. Le récit présente toutefois des caractéristiques politiques extrêmement sérieuses, par-delà l’esthétique déjantée de ces effets de collages, en évoquant en sous-texte des éléments d’une certaine gravité – la méchante du film établit une petite société fascisante à travers l’équipe de lycéens patrouilleurs qu’elle fonde. Obayashi place cependant au centre de l’attention de sa caméra des éléments paradoxalement plus terre-à-terre, une penture réconfortante du Japon en portraiturant la vie quotidienne de son héroïne et son ami, à leur famille, la réussite des études, et les activités extrascolaires tels que les clubs de sport. Si le vécu d’Obayashi à travers le XXème siècle et ses horreurs alimentent les sous-textes de ses films, il met sur le devant de la scène la bonté qui émane de ses protagonistes, pour ne pas rester figé dans le passé et mener sa société vers un avenir meilleur et libéré d’un ordre malsain. De même, le fait que les pouvoirs psy de Yuka se révèlent à elle pour sauver un enfant témoigne de la nature profondément humaine avec laquelle elle est écrite. Tout cela déjà dégage quelque chose de charmant, et les épreuves que subissent Yuka ne paraissent jamais insurmontables, juste une façon de la faire grandir.

Bien des éléments offrent une facette amusante à School in the Crosshairs. On pense au rival scolaire de Yuka, qui est une caricature d’intello fourbe, avec d’énormes culs de bouteilles en guise de lunettes et une façon de s’exprimer trop méticuleuse – il est interprété par Tezuka Macoto, le fils du mangaka Tezuka Osamu, responsable du patrimoine de son père et qui lui-même deviendra un cinéaste pop comme Obayashi peut l’être. La dégaine du véritable vilain se montre également complètement baroque. Il existe un second degré constant dans le film, qui se révèle compatible avec la sincérité du cinéaste vis-à-vis du portrait de la jeunesse qu’il dresse, et dont il ne se moque bien évidemment pas. La double teneur de son ton – cet authentique regard sur la jeunesse en éveil qu’il veut porter et l’espièglerie de ses trucages et de l’intervention de personnages surnaturels et bariolés – fusionnent pour offrir une sensation de bien-être, propre à ce style de cinéma japonais.

Obayashi est une sorte de plasticien jouant avec le grain de l’image, très marqué années 1980, pour donner vie à un microcosme de personnages hauts en couleur, qui génère chez le spectateur une grande empathie. Toutes ces qualités seront présentes dans The Girl Who Leapt through Time en 1983, de manière même accentuée. Obayashi Nobukiho est sans doute l’un des réalisateurs les plus emblématiques de la décennie japonaise des années 1980, période dans laquelle il s’est illustré avec des récits jeunesse, marqués par le soin apporté dans l’écriture des personnages féminins et avec une bonne dose de fantaisie tant narrative que graphique. School in the Crosshairs fait partie de cette lignée de films japonais généreux sur le plan humain, qui connaît comme équivalent dans les années 1990 Sumo Do, Sumo Don’t de Suo Masayuki et dans les années 2000 Swing Girls de Yaguchi Shinobu, bien que ces derniers soient des comédies lycéennes sans incursion du surnaturel. Mais les bonnes vibrations qui en émanent restent les mêmes.

Maxime Bauer.

School in the Crosshairs d’Obayashi Nobuhiko. Japon. 1981. Projeté au Black Movie 2026