VIDEO – Roaring Fire : Le Feu de la Vengeance de Suzuki Norifumi

Posté le 8 janvier 2026 par

Dans le cadre de son exploration des films fondateurs du cinéma de genre japonais, Roboto Films présente un classique frénétique de Suzuki Norifumi de 1981, Roaring Fire, film que la Toei et le Japan Action Club de Sonny Chiba destinaient à l’export, et qui tente par tous les moyens d’être le divertissement le plus complet possible. 

Porté par un Sanada Hiroyuki en pleine forme, (dans sa période cascades et kung-fu, des années avant Ring et sa carrière moderne), le film raconte l’histoire d’un jeune cowboy japonais qui découvre à la mort de son père qu’il avait été en fait enlevé à ses riches parents. À son arrivée au Japon, il va rencontrer sa famille d’origine et peu à peu mettre à jour de terribles et improbables secrets.

C’est un film infiniment généreux, à défaut d’être raisonnable, qui se présente à nous, avec des changements de ton spectaculaires, afin de plaire à tous les publics. Le scénario est d’ailleurs ouvertement un prétexte aux voyages : on passe ainsi de Hong Kong aux États-Unis avant de partir au Japon puis de retourner à Hong Kong. Son titre japonais signifie littéralement « rugissement, poing de feu », avertissant d’une subtilité toute relative : c’est à la fois un thriller sérieux, un hommage aux films de kung-fu, une comédie excessive et un peu ecchi et même par moments un film de nazisploitation. Après une première scène très violente, on est projeté dans un étrange drame familial avec des cowboys, avant d’enchaîner sur une scène où un petit singe vole le haut de maillot de bain d’une jeune fille, ce qui provoque des quiproquos auxquels se mêlent soudain le catcheur Abdallah the Butcher (alors star de l’All Japan Pro Wrestling) qui semblait habiter dans la piscine, en apnée depuis le début de la scène. S’ensuit un combat de wire-fu (option pirouettes et fils apparents) entre le cowboy et le lutteur aquatique, entouré de jeunes femmes qui changent aléatoirement de favori. Bien sûr le film présente aussi des péripéties avec un pickpocket malchanceux, des moines ninja adeptes du tandem et du rappel, la rencontre d’une sœur aveugle maître du kung-fu, Sonny Chiba en agent d’Interpol prestidigitateur, un combat sur des bus hongkongais qui amplifie une scène de Golgo 13 et préfigure Police Story, et même un combat entre un hélicoptère et un cavalier. Bien sûr Suzuki Norifumi oblige, on rencontre aussi des bonnes sœurs et une nazie de cuir vêtue armée d’un fouet… Pour qui rêve de voir Sanada déguisé en Lucky Luke troquer son jean pour un pantalon de cuir noir afin de participer à une scène qui rappelle diablement la fin du Justicier de Shanghaï mais avec un méchant qui essaie de s’enfuir un panier de bananes à la main, ou Abdallah le Butcher rester figé debout comme un héros de Chang Cheh, c’est le film parfait.

Le problème de cette générosité sans borne est peut-être alors justement la question du public auquel le film s’adresse. Par moment il est exagérément enfantin, avec une logique interne digne de Bob et Bobette, mais par moment il est extrêmement violent et d’un goût pas tout à fait sûr (mention spéciale à la trappe au milieu du salon qui mène à une chambre à gaz, dont le gaz sort par des pommeaux de douche, plaisanterie de la méchante au fouet sur les camps incluse…). Le traitement de l’imagerie nazie fait particulièrement bande dessinée, le film cherchant à toujours se dépasser dans la surenchère. Les combattants sont souvent vêtus de façon aussi clichée qu’anachronique, comme pour célébrer toute une histoire internationale du cinéma d’action, plus spectaculaire qu’un James Bond, plus fou qu’un film du Venom Mob. Il en résulte un film dont on ne peut nier la force cinétique. Tout est trop étrange pour que les scènes d’émotion semblent être autre chose que des passages obligés, mais force est de constater qu’on se laisse prendre au jeu, fasciné par l’inventivité sans cesse renouvelée des situations, filmées de façon non ostentatoire mais toujours efficace, porté par des interprètes parfaits dans leurs rôles (Sanada, bien sûr, mais aussi Chiba qui s’amuse manifestement beaucoup, Shihomi Etsuko en Zaitoichi féminin ou Narita Mikio, toujours très à l’aise dans les rôles de méchants très méchants). Si on accepte les allers retours du film entre sérieux et comédie, et qu’on accepte son goût pour l’hyperbole, c’est un modèle quant à la façon de tirer tous les partis possibles de l’action, et un film extrêmement spectaculaire.

On ne peut que se satisfaire de constater que les éditeurs français continuent ainsi à explorer le monde fou de Suzuki Norifumi.

Édition Vidéo

L’image est tout à fait satisfaisante et permet de pleinement profiter de l’ampleur de la la mise en scène, de même que la bonne piste son DTS-HD Master Audio 2.0 .

Le film est accompagné de deux bonus :

Une présentation de Julien Sévéon qui opère une très instructive remise en contexte du film et de ses acteurs, revenant sur l’histoire de la production et sa réception.

Un podcast vidéo du Raging Fire Club revenant sur l’histoire du Japan Action Club et de ses membres, parfois un peu répétitif ou imprécis sur certains titres, forme de la discussion oblige, mais assez complet pour qui ne se serait pas déjà intéressé à la question.

On retrouve aussi des bandes annonces du reste de la collection.

Florent Dichy.

Roaring Fire – Le Feu de la Vengeance de Suzuki Norifumi. Japon. 1981. Disponible en Blu-ray chez Roboto Films en octobre 2025.