VIDEO – Dust of Angels de Hsu Hsiao-ming

Posté le 21 août 2026 par

Carlotta Films nous gratifie de la sortie d’une perle méconnue dans la droite lignée du Nouveau cinéma taïwanais : Dust of Angels, un polar social de Hsu Hsiao-ming, ancien assistant de Hou Hsiao-hsien qui produit le film.

Adolescents rebelles en perte de repères, Guo et Doa traînent leur rage de vivre dans la petite ville de Peikang. Ils tentent d’échapper à leur existence monotone en consommant des amphétamines et soulagent leur mal-être en s’adonnant à des actes de violence contre des bandes rivales. Les deux petites frappes se sont liées d’amitié avec un homme plus âgé qu’eux, devenu leur mentor. Lorsque celui-ci décide de venger son honneur, bafoué suite à son exclusion d’un groupe de gangsters, Guo et Doa vont être entraînés dans une spirale de violence qui les mènera à la capitale, Taipei…

Au début des années 1990, le phénomène qu’a été la nouvelle vague taïwanaise (ou Nouveau cinéma taïwanais) se clôt en quelque sorte, laissant à ses principaux acteurs le choix de poursuivre son propre chemin indépendamment des autres (Hou Hsiao-hsien, Edward Yang, Ko I-chen), ou bien d’arrêter la mise en scène de cinéma, pour aller à la télévision ou quasiment disparaître des radars (Chen Kun-hou, Tseng Chuang-hsiang). À l’instar de Hong Kong, le cinéma taïwanais connaît une seconde vague, de nouvelles figures émergent comme Tsai Ming-liang, d’anciens animateurs de la nouvelle vague se lancent dans la mise en scène (Wu Nien-jen, Chen Kuo-fu) et donc, les têtes de proue comme Hou Hsiao-hsien permettent à leurs collaborateurs de se lancer dans le grand bain, accompagnés d’un appareil de production intéressant qui signe une continuité dans ce renouveau stylistique ; c’est le cas de Hsu Hsiao-ming, ancien assistant réalisateur de Hou.

Dust of Angels est un pur produit de ce cinéma indépendant et alternatif taïwanais ; d’un récit de gangsters comme le cinéma sinophone (plutôt hongkongais) en a tant donné naissance, il s’agit ici d’en réaliser une autre version, et d’utiliser la sensorialité que permet le médium cinématographique pour capter une atmosphère. À cet effet, Dust of Angels est une franche réussite : il s’agit d’une variation bienvenue du film de triades et de voyous, qui ne ressemble à aucun autre de par de son atmosphère flottante, dans laquelle on assiste à la dérive morale et physique de ses deux jeunes protagonistes, doublée d’une capture d’un malaise urbain qui se ressent presque physiquement en tant que spectateur. Sans voix off, sans trame narrative logique et connue, l’errance des deux jeunes se révèle, au détour de chaque scène et au grès des rencontres avec d’autres délinquants ou criminels, totalement imprévisible et dangereuse, puisque que privée de schéma connu et c’est là toute la force du film. On y distingue l’empreinte du maître de Hsu, Hou, et de ce type de cinéma qui ne cherche pas à prendre le spectateur par la main, qui lui fait confiance pour « ressentir l’air » (expression japonaise) des choses, si bien que si notre attention se perd face au chaos narratif apparent (en réalité seulement peu commenté par le film lui-même), on ne perd jamais l’essentiel de vue, à savoir le ressenti d’une atmosphère, de ce que c’est de principalement passer son temps dans la rue de grandes villes au début des années 1990 et du danger que représente la découverte et la manipulation d’armes à feu.

Ce cinéma taïwanais est un cinéma de l’atmosphère, cela s’accentue même en ce début de décennie. En effet, le manifeste de la nouvelle vague taïwanaise a été écrit et il se révèle inspirant pour de nombreux jeunes cinéastes, d’autant à la vue des sélections et des récompenses mondiales – Dust of Angels est passé par Cannes 1992 – ; les nouveaux cinéastes de cette période s’approprient donc ce style si distinct, devenant un véritable héritage artistique contemporain.

Bonus de l’édition vidéo

Présentation du film par Jean-Michel Frodon (24 minutes). Ce module permet de parfaitement saisir les tenants et aboutissants du film et son intervenant a la qualité d’avoir fréquenté toutes les personnalités de la nouvelle vague taïwanaise ; il est ainsi en mesure de donner des renseignements précis sur leur parcours. Par exemple, Hsu Hsiao-ming et à présent directeur d’un département d’arts à l’Université en Chine et chef d’un festivals de documentaires qui montre des films que la censure chinoise n’apprécie guère. Notons que Hsu Hsiao-ming a ainsi rejoint Chen Kun-hou et Chen Kuo-fu, qui travaillent toujours dans le monde de l’audiovisuel mais en Chine continentale, le premier à la télévision, le second comme producteur, de Tsui Hark notamment.

Maxime Bauer.

Dust of Angels de Hsu Hsiao-ming. Taïwan. 1992. Disponible en Blu-ray chez Carlotta le 07/07/2026.