Festival du Film Taïwanais à Paris 2026 – Before the Bright Day de Tsao Shih-han

Posté le 6 avril 2026 par

Pour la deuxième édition du Festival du Film Taïwanais à Paris, c’est le premier long-métrage de Tsao Shih-han, Before the Bright Day qui a été choisi comme film d’ouverture. Se déroulant en 1996, année de la première élection démocratique sur l’île de Formose, le récit se veut surtout un coming-of-age comme allégorie de l’avenir de la société taïwanaise.

Sur fond de la première élection présidentielle, le film suit un adolescent qui sèche les cours, joue au billard et fréquente des bandes. Cette agitation révèle en filigrane l’ombre menaçante de la crise des missiles du détroit de Taïwan.

Tsao Shih-han compte parmi ses mentors des réalisateurs importants : élève à l’université de Yee Chih-yen (Blue Gate Crossing), ici producteur-exécutif, et sous la tutelle de Hou Hsiao-hsien à l’académie Golden Horse, il a déclaré que son cinéaste préféré était Edward Yang. Il est intéressant de noter que beaucoup de films contemporains en provenance de Taïwan, peut-être la plupart, échappent aux influences du duo de la nouvelle vague Edward Yang/Hou Hsiao-hsien, les cinéastes taïwanais préférant peut-être s’affranchir de leurs pères – a contrario, ces maîtres sont enseignés à tous les étudiants de Chine continentale et on décèle leur marque dans le cinéma indépendant chinois. Cependant, dans ce premier film de Tsao Shih-han, on ressent l’influence la nouvelle vague taïwanaise, dans une démarche d’auteur et de réminiscence de souvenirs personnels, mais surtout dans la mise en scène : filmé en 1. 37 : 1 (format carré), dans des plans qui englobent une vue large des décors qu’ils dépeignent pour l’essentiel, et à travers un rythme posé, à la lisière du contemplatif (sans l’atteindre complètement), Before the Bright Day est une œuvre qui hérite de certains éléments de films comme Les Garçons de Fengkuei ou Taipei Story.

Deux éléments sont notables dans Before the Bright Day : d’une part, le film se déroule à Kaoshiung, l’autre grande ville de Taïwan en dehors de Taipei, dans le sud de l’île. Moins filmée, cette ville offre un décor taïwanais alternatif aux spectateurs, d’autant qu’elle abrite une importe base militaire qui permet d’aider au déploiement de tout le sujet du film. Car d’autre part, donc, Before the Bright Day est remarquable pour sa thématique, le moment de bascule en 1996 qui a vu les premières élections au suffrage universel direct sur l’île (et qui pour la petite histoire, fera accéder au pouvoir à nouveau le Kuomintang, le parti de Chiang Kai-shek). Le film est habité par les tensions qui existent entre les deux côtés du détroit ; les déploiements de missiles du côté de la Chine énoncés à la télévision et le décollage d’avions de chasse du côté de Taïwan, autant d’éléments qui appartiennent à la mémoire collective de cette jeunesse, celle qu’a connue le réalisateur Tsao Shih-han. Au milieu apparaissent des éléments de coming-of-age plutôt classiques, assez facilement agréables, de ce jeune héros adolescent, de sa relation difficile avec son père et avec l’autorité en général (un sujet traité plus légèrement qui fait tout de même écho à A Brighter Summer Day), de son amourette (pour le coup faiblement développée)… Et au milieu, les apparitions inopinées d’un bœuf dans le cadre, d’un style qui relève presque du réalisme magique, et qui là aussi, d’après Tsao, se veut une allégorie de Taïwan, un peuple têtu qui trace son chemin.

Before the Bright Day est un film engagé à sa manière, qui ne manque pas, en creux, de dire ce que veulent Taïwan et les Taïwanais dans leur ensemble, d’où ils viennent (un monde de violence et de conservatisme, incarné ici par un professeur qui pratique les châtiments corporels), que finalement, nous sommes encore dans cette période trouble mais que la maturité est à portée. Bien heureusement, le film agrémente cette portée politique de l’histoire personnelle de son jeune héros, entouré de sa famille, ses amis, ce gang (qui rappelle lui Goodbye South, Goodbye), en bref, tout l’univers frais, inquiet mais chaleureux qu’un adolescent qui croque la vie connaît. Et c’est bien agréable.

Maxime Bauer.

Before the Bright Day de Tsao Shih-han. Taïwan. 2025. Projeté au Festival du Film Taïwanais à Paris 2026.