ALLERS-RETOURS 2026 – West Border de Luo Yan

Posté le 30 janvier 2026 par

Premier film de sa réalisatrice Luo Yan, auparavant productrice (notamment sur Une Pluie sans fin), West Border est une œuvre aux confins du réalisme magique, qui soigne l’aspect graphique de son image autant que le suspense lié au registre du polar qu’il affleure. Il est à voir au Festival Allers-Retours 2026.

Au début des années 2000, une moto et son passager sont retrouvés dans un fleuve du sud-ouest de la Chine. L’enquête met en lumière l’histoire mêlée de deux protagonistes, un père à la recherche de sa fille abandonnée et une fille abandonnée à la recherche de son père se rencontrant, tous deux menacés par l’ancien partenaire dans le banditisme de l’homme…

West Border est un film surprenant par les trous qui le composent. D’une durée de moins d’1h30 seulement, on est amené à penser qu’il aurait pu connaître quelques petites coupes empêchant d’y voir complètement clair dans le scénario. Paradoxalement, les mystères qui traversent la narration jouent en sa faveur, et permettent d’associer une intrigue elliptique à des images et des couleurs aux frontières de l’onirisme. Luo Yan manie habillement les effets sonores inhérents au décor tropical que la localisation à la frontière avec le Vietnam impose, et des péripéties au sein du film où le réalisme magique fait son entrée. Principalement, il s’agit du truand partenaire du personnage principal, brûlé au début du métrage dans une scène stylisée d’effets de flammes, qui revient tel un monstre hollywoodien, plein de bandages et avec une voix rauque. Nous sommes en plein dans le réalisme magique du cinéma chinois tel que décrit dans l’ouvrage d’Hendy Bicaise : rien n’est surnaturel de manière affirmative mais l’étrange survient dans le film comme quelque chose d’irréel et onirique.

Comme beaucoup de films chinois contemporains, il se déroule dans les années 1990, et pour le segment principal, en 1999 juste avant le passage de l’an 2000. Consciente de l’imaginaire original de cette période, la réalisatrice insère de nombreux items, des appareils technologiques rudimentaires typiques de cette époque (des télés cathodiques, un chronomètre) dont le design est très évocateur de l’ambiance de l’époque. Le film lui-même semble s’amuser de cet élan, entre clin d’œil pour nostalgique et pointe d’ironie sur le kitsch qui en découle. Cette date précise, le passage au nouveau millénaire, était l’objet de nombreuses théories apocalyptiques fantaisistes. Sans nommer ces éléments précisément, West Border joue de cela et convoque une atmosphère apocalyptique, comme si quelque chose de menaçant surnageait au-dessus des personnages. En se rappelant que Luo Yan a travaillé sur Une Pluie sans fin, il est intéressant de voir de quel genre elle hérite : un environnement chinois plombant, éthéré, qu’elle enrichit d’ici d’accès de violence décrits comme inévitables. Par rapport au polar du nord à la Une Pluie sans fin, West Border en est une variation du sud, où l’humidité de la région semble exciter les pulsions des êtres humains et rend fou – et d’ailleurs, dans la temporalité du policier, ce dernier croise un authentique illuminé, un personnage secondaire qui accrédite ce principe.

Le film de Luo Yan use, en fin de compte, des atouts du film de genre et peut, par une longueur restreinte, divertir au plus au haut point. Dans le même temps, West Border propose une atmosphère soignée, moite et lugubre, parsemée de plans stylisés, marqués mais pas « m’as-tu vu » pour autant. La mise en scène est élaborée avec finesse et plusieurs visionnages devraient permettre de mieux saisir les manques à combler, notamment dans la ligne scénaristique du policier qui enquête.

Maxime Bauer.

West Border de Luo Yan. Chine. 2023. Projeté au Festival Allers-Retours 2026.