EN SALLES – City on Fire de Ringo Lam

Posté le 7 janvier 2026 par

Metropolitan continue son exploration du catalogue de la Golden Princess avec un film presque plus célèbre pour être l’inspiration principale de Reservoir Dogs que pour lui-même : City on Fire, réalisé par Ringo Lam en 1987. Pourtant, c’est un film notable en tant que tel, porté par la prestation nuancée de Chow Yun-fat, un an après la révélation du Syndicat du Crime, et son intrigue savamment mise en scène.

Après un meurtre qui choque la ville, un policier est chargé d’infiltrer un gang de braqueurs. Malheureusement pour lui, une rivalité entre services va le changer en cible pour la police, alors qu’il est partagé entre les liens humains qu’il noue avec ses nouveaux camarades, sa volonté de mettre fin à leurs crimes et la nécessité de rester en vie.

Le film s’inscrit dans la longue tradition des histoires de policiers infiltrés, figure emblématique du cinéma hongkongais. Mais ici, il ne s’agit pas d’une machine de guerre comme dans À toute épreuve, mais d’une figure tourmentée, sorte de prototype du héros d’Infernal Affairs. Ko Chow, le policier interprété par Chow Yun-fat, ressemble plus à un petit escroc charismatique qu’à un tueur sans remords, sympathique mais bourré de défauts qui mettent même en danger sa vie privée. Ringo Lam a écrit ses personnages en s’inspirant de véritables gangsters dont il avait assisté au procès. Dans un soucis de réalisme, il a voulu faire sentir qu’ils étaient davantage des paumés que de grandes figures romanesques, ce qui les rend simultanément plus humains mais aussi plus effrayants lorsqu’ils craquent sous la pression. Le monde policier n’est pas épargné non plus, avec une peinture sans concession de la mesquinerie des rivalités de service et de la brutalité dont l’un des enquêteurs fait preuve au nom de l’efficacité. Tous les personnages sont pathétiques, au sens fort du terme, tous prisonniers d’une logique tragique qui ne peut que mal finir. Contrairement à beaucoup de films de braquages, ce n’est pas un film d’action, mais une exploration psychologique de ses personnages aux défauts très humains.

Pour que la violence des événements soit encore plus notable, le film se déroule à la saison des fêtes de fin d’année, au milieu des sapins et des décorations de Noël. Les moments de violences sont rapides et brutaux, dans une volonté de réalisme. On est loin d’une esthétique de l‘heroic bloodshed, tant chaque balle tirée est irrévocable dans ses conséquences. Ce qui intéresse le réalisateur, ce sont les failles des personnages : Ko Chow est hanté par le fait d’avoir dû trahir un homme qui était devenu son ami lors d’une mission d’infiltration, et craint de reproduire les mêmes schéma, mais sa mission l’entraîne aussi à cacher des choses à la femme qu’il aime, et dans sa panique à l’idée de la perdre, il fait tous les mauvais choix alors qu’elle rêve d’une autre vie. L’inspecteur à qui il répond est déchiré entre sa loyauté envers Chow et l’obligation de se plier aux volonté de sa hiérarchie, et les gangsters sont peu à peu humanisés, puisque l’infiltration amène à passer beaucoup de temps avec eux. Si le film propose quelques scènes très spectaculaires, elle ne sont jamais une célébration du spectacle, mais servent au contraire à montrer la catastrophe en action. Si les plans arrivaient à leur terme sans encombre, il n’y aurait pas de violence.

C’est véritablement un film d’acteurs ; beaucoup repose sur le charisme de Chow Yun-fat, mais Danny Lee n’est pas en reste, dans le rôle de celui qui aurait pu être un ami, qui est mu par le regret d’une vie à côté de laquelle il est passé (son fils est maintenant le beau-fils de quelqu’un), devenu à la fois un monstre et le plus pathétique des braqueurs. Le titre original joue bien sur cette dualité avec le comparaison habituelle du tigre et du dragon (龍虎風雲 : Tempête de dragon et de tigre). Si on peut regretter que les personnages féminins ne soient pas aussi développés (et que leurs scènes aient un peu vieillies, avec des éléments qui se veulent comiques mais qui sentent un peu trop la culture du viol de nos jours), sans doute parce que leur fonction est surtout de présenter la possibilité d’un ailleurs à cet univers d’hommes mortifère. Pour résumer, le film mérite d’être considéré comme bien plus que l’inspiration du mexican standoff de Tarantino, c’est un classique du film noir hongkongais à part entière, porté par une profonde mélancolie et le sourire doux amer de son protagoniste. Que ce soit pour son univers sonore ou sa façon de filmer la ville, c’est un film qui vaut vraiment la peine d’être redécouvert sur grand écran (en particulier si on a pris plaisir à retrouver le duo Danny Lee/Chow Yun-fat le mois dernier dans The Killer).

Florent Dichy.

City on Fire de Ringo Lam. Hong Kong. 1987. En salles le 07/01/2026.