NIFFF 2026 – Hotspring Sharkattack 2: Great Kyushu Showdown d’Inoue Morito

Posté le 10 juillet 2026 par

Cette année, le NIFFF nous gratifie de la présence de la suite d’un des films japonais chouchous des festivals de l’année dernière : Onsen Shark/Hotspring Shark. Le réalisateur Inoue Morito revient, avec la promesse d’un film encore plus fou « avec trois fois plus de requins » mais financé entièrement par crowdfunding pour éviter la peur lié à l’inflation mercantile des budgets après un film culte. Le pari est tenu avec Great Kyushu Showdown, qui porte en lui tout l’héritage et l’enthousiasme enfantin des films japonais excentriques sans budget, glorieusement mis au service du genre du film de requin, et même plus précisément du sous-genre de l’éruption de requins hors de l’eau.

Le dernière fois, les requins avaient attaqué une ville précise, et cette fois, c’est Kyushu toute entière qui est menacée. Une partie de l’humour du précédent film relevait de l’étrangeté des attaques de requins dans des lieux improbables ; cette fois, celles-ci sont un acquis et on y ajoute divers complots, un robot géant, des légendes ancestrales, de la flute et des chansons. Visuellement, le long-métrage ressemble à une vidéo ambitieuse du Joueur du Grenier, ou à du Kawasaki Minoru en plus propre. Il est un hommage à toute l’histoire des films de Sharksploitation mais avec une touche très tokusatsu (certains effets volontairement désuets rappellent un peu Shin Ultraman), et une volonté d’être un divertissement pour tous et non un film d’horreur (le tout n’est vraiment pas très graphique dans sa violence pour un film de requin). Pour l’anecdote, pour 6 euros de contribution, tout donateur pouvait ajouter un requin au film, d’où les 951 requins du film final et l’appel aux réseaux sociaux pour fournir les cris de terreur. Contre toute attente, c’est aussi une réflexion sur le rapport du Japon au tourisme et aux catastrophes naturelles, mais toujours de façon décalée.

Il faut accepter qu’il s’agit du genre de comédie où on ressent le plaisir simple de faire un film, de filmer les cabotinages de Shibukawa Kiyohiko ou de Kaneko Kiyofumi, de tourner des idées improbables en obtenant que des acteurs les jouent en faisant semblant d’être convaincus même lorsqu’il pleut des requins, que des requins explosent ou qu’une marionnette, une jeune fille en train de chanter et un culturiste sont les seuls espoirs de l’humanité. Certains personnages du premier film reviennent, comme l’improbable Macho, le culturiste surhumain (on pouvait également donner pour augmenter son temps d’écran) mais dans l’ensemble, le film réexplique tout ce qui est nécessaire. De toute façon, tout est mené tambour battant, et au bout d’une demi-heure, on a déjà l’impression d’être au climax du film (qui dure presque une heure et demie), et on se laisse porter par le courant d’absurdité qui déferle sous nos yeux. Contrairement à un Sharknado, on sent tout l’enthousiasme des créateurs, la volonté de faire rire de façon délibérée avec des idées de mise en scène, des juxtapositions, des jeux d’acteurs…

Le film est clairement pensé pour la salle, et pour le moment où on cherche à lire les lueurs d’incrédulité dans le regard de son voisin. En terme de comédie, c’est un peu un descendant du Retour des Tomates Tueuses. On connaît les règles du jeu et les enjeux, on ajoute un requin tout mignon aux héros (comme une reprise parodique du T800 de Terminator 2), on assume les conditions de tournage et on s’autorise tout ce que nos moyens nous permettent. Il est suffisamment court pour ne pas tomber dans la répétition ou la lourdeur, mais suffisamment long pour exploiter les pistes qu’il lance (y compris que les requins surgissent de tellement n’importe où que certains oublient qu’il peut y en avoir dans l’eau). Dans l’ensemble, le métrage est assez bien équilibré, entre une intrigue prétexte qui justifie l’enchaînement des scènes, quelques sketchs très réussis, un casting sympathique et un véritable amour pour le caractère surréaliste de sa comédie. Le genre n’est pas révolutionné mais on ne peut que se réjouir de voir que le Japon est encore capable de produire ce genre de films incongrus, réalisés davantage par amour que par volonté mercantile. Et puis comment résister à ces requins qui feulent « shark » et nagent sur l’onomatopée « onsen » ; le film tient toutes ses promesses, c’est ridicule et charmant.

Florent Dichy.

Hotspring Sharkattack 2: Great Kyushu Showdown d’Inoue Morito. Japon. 2026. Projeté au NIFFF 2026.