VIDEO – Shanghai, Shanghai de Teddy Robin

Posté le 18 mai 2026 par

Dans sa dernière fournée de films de Hong Kong, Le Chat qui fume a choisi un titre particulièrement réjouissant avec le film d’aventure Shanghai, Shanghai (aussi connu sous le titre Les Aventuriers de Shanghai) de Teddy Robin, qui comprend à la distribution, entre autres, Anita Mui et Yuen Biao.

Dans un Shanghai des années 30 sous concession britannique, les liens sentimentaux et politiques s’entremêlent, personne n’étant exactement qui il semble être. Entre police, gangs, militants politiques, inventeurs et circassiens, le film se révèle être un mélange réjouissant, aussi spectaculaire que sympathique.

Si le titre français du film a le mérite de situer l’action, le titre cantonais 亂世兒女, les enfants des temps de troubles, rend plus clairement l’esprit du récit : il s’agit de l’histoire des retrouvailles entre des amis d’enfance, Yuen Biao joue un jeune homme doué pour les arts martiaux mais un peu naïf et facile à entraîner malgré son sens de la justice, Petit Tigre qui vient retrouver son frère Grand Tigre (George Lam), un officier de police, inventeur à ses heures, frustré par son impuissance face aux triades. Dès son arrivée, Petit Tigre se retrouve pris dans une histoire rocambolesque entre triades et acrobates qui dégénère avec le vol d’une somme destinée à un mouvement révolutionnaire. Pendant ce temps, Grand Tigre est troublé par le retour de l’un de ses amours de jeunesse, Sung Chia-pi, revenue de l’étranger sous le nom de Mary Sung (Anita Mui). Très vite, on découvre que celle-ci est à la fois la filleule du chef des triades joué pas Sammo Hung et secrètement la tête d’un réseau révolutionnaire. À l’occasion d’une démonstration d’aviation sur un vélo volant, il devient vite évident qu’une relation triangulaire ne demande qu’à se réveiller entre Mary, Grand Tigre et le personnage joué par Tien Niu, maintenant amante du supérieur anglais de Grand Tigre, étrangement laxiste avec les triades, au détour de la démonstration d’un vélo ailé… Autant dire que le scénario de Raymond To (l’un des scénaristes de Shanghai Blues et de Pekin Opera Blues, deux films auxquels celui-ci fait clairement écho) essaie d’intégrer beaucoup d’éléments très rapidement afin de pouvoir lancer son intrigue.

Shanghai, Shanghai est un grand divertissement familial, avec des moments comiques, de grandes scènes d’action invraisemblables, des jeux de trahison et de reconnaissance, dans un traitement très bande dessinée. Le film offre quelques grands moments de bravoure comme une scène de dance belliqueuse entre Anita Mui et Yuen Biao (Corey Yuen est en charge des chorégraphie) à laquelle vient s’adjoindre l’acrobate experte de la réception de couteau avec les dents Pao (Sandy Lam, dans l’un de ses derniers rôles au cinéma). Anita Mui s’offre d’ailleurs plusieurs grandes scènes d’action particulièrement efficaces qui donne aussi l’occasion aux seconds rôles de s’exprimer. Le film a été distribué par la Golden Harvest comme production pour le nouvel an, ce qui implique une dimension spectaculaire, et certaines scènes sont assez spielbergiennes dans leur goût de la surenchère ludique décomplexée, notamment une scène de confrontation du gang dans les escaliers qui rappelle à la fois Roaring Fire et Le Justicier de Shanghai, mais avec l’intrusion d’une machine violente et une sauvagerie très euphémisée, puisqu’il ne faut pas choquer les enfants.

On pourra regretter que la dimension politique se perde en cours de route, ou en tout cas devienne très superficielle. Le récit commence en installant des destins croisés à la RRR mais sa durée d’une heure et demie l’oblige à parfois régler très vite certains conflits (la façon dont le triangle amoureux est « réglé » avec désinvolture est assez amusant). De même, tous les personnages ne sont pas autant développés, et certaines stars sont un peu sous exploitées, Sammo Hung notamment, dont les scènes de bravoures sont un peu chiches pour qui connaît le personnage, alors qu’il joue le principal antagoniste. Mais cette petite déception mise à part, le film rempli son contrat, les décors sont beaux, l’action marche, les acteurs sont bons, et la musique (Teddy Robin est avant tout musicien) porte bien l’action. Ce n’est pas un remake de Pekin Opera Blues malgré les points communs, mais plutôt une sorte d’Indiana Jones décolonial à la sauce hongkongaise, avec Shanghai comme ville romanesque de toutes les aventures.

Édition Vidéo :    

Le Chat Qui Fume propose une copie très satisfaisante, on voit clairement les origines pellicules du métrage et la photographie du début des années 90 est respectée. La piste son stéréo en cantonais met bien en valeur aussi bien les dialogues que les effets ou la musique. C’est un bel écrin pour un film de ce type.

On retrouve un très  intéressant module d’Arnaud Lanuque sur la genèse du film et les rapports du cinéma de Hong Kong à Shanghai de 17 minutes et un entretien de 19 minutes avec Teddy Robin, sur son rapport compliqué à son œuvre, et le sentiment frustrant de dépossession qu’il a connu lors de sa production. C’est un document vraiment pertinent pour qui s’intéresse aux dessous de l’industrie de Hong Kong. L’interactivité est complétée par l’habituelle bande annonce.

Il est a noter que la jaquette du film (avec sa belle illustration du regretté Tony Stella) met en avant le titre Shanghai, Shanghai, alors que la tranche et la couverture interne choisissent de nommer le film Les Aventuriers de Shanghai.

Florent Dichy.

Shanghai, Shanghai de Teddy Robin. Hong Kong. 1990. Disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume.