Alors que The Legend of Hei 2 est sorti en France pour quelques séances exceptionnelles, il est possible de découvrir le premier volet des aventures de Luo XiaoHei sur la plateforme d’animation ADN. Signé MTJJ, il s’avère être un long-métrage imparfait mais débordant d’idées et d’énergie.

Avant d’être un long-métrage, The Legend of Luo XiaoHei est une série de courts épisodes d’animation écrits, créés et produits par MTJJ, disponibles sur les plateformes chinoises au début des années 2010 et qui raconte les aventures au quotidien de Luo XiaoHei, petit esprit chat malicieux et courageux. Cette mini-série rencontre un grand succès auprès du public, entraînant la mise en route de la production d’un long-métrage resté jusqu’alors inédit en France au cinéma, The Legend of Hei, sorti dans les salles chinoises en 2019. Le film fut un immense succès dans son pays d’origine, sans pour autant parvenir à s’exporter. La plate-forme ADN a depuis mars dernier corrigé cet état de fait et mis en ligne le premier film des aventures du petit chat, après un détour par Annecy et son festival d’animation en 2020.

Luo XiaoHei est un petit esprit chat qui voit son habitat détruit par l’homme et ses ambitions destructrices. Poussé à l’exil, il est recueilli par d’autres êtres fantastiques habitant la forêt, qui vont le prendre sous leurs ailes, et l’encourager à se dresser face aux hommes. Mais un jour, Hei se fait kidnapper par Infinity, un humain doté de pouvoirs magiques qui va faire de lui son apprenti. A son contact, il va remettre en question son rejet des humains. Mais Hei semble détenir un pouvoir qui attire bien des convoitises.
La lecture de ce pitch permet, sur le fond en tout cas, de se faire une idée plutôt claire de ce qui attend le spectateur avec The Legend of Hei, premier long-métrage de son réalisateur. Un récit dense et généreux, prometteur et au sein duquel vont se télescoper discours sur l’écologie, parcours initiatique, amitié et mythologie à base de supers-pouvoirs. C’est beaucoup, et c’est même parfois trop pour un seul film. Ce côté fourre-tout peut s’expliquer par le fait que toute prolongation d’un univers préexistant qu’il soit, le film est le premier long-métrage de son auteur, ce qui justifierait l’ambition et le trop-plein narratif de la chose. Le métrage a un fil rouge plutôt clair, Hei se fait enlever et ses amis veulent le retrouver, mais entre son postulat de départ et la fin de son récit, le script se charge de beaucoup trop de pistes narratives qui de par leur nombre, finissent par coexister assez peu harmonieusement, et peu aidées par un rythme pressant, pour ne pas dire expéditif. On a du mal à comprendre par exemple dans un premier temps comment un groupe d’individus peut développer un attachement amical aussi fort envers un intrus rencontré cinq minutes plus tôt, lorsque Hei entre en contact avec les esprits de la forêt. Le film joue sur plusieurs terrains en même temps, avec toute la meilleure volonté du monde, mais certains aspects plus sérieux et sociétaux en pâtissent sérieusement. Le film commence avec un discours sur l’écologie et la destruction par l’homme des forêts, mais cet arc narratif disparaît à mi-parcours sans jamais revenir, pour laisser place à un récit initiatique avec son duo Infinity-Hei, qui lui même laisse un goût d’inachevé lorsqu’arrive le dernier acte qui verse franchement dans l’action pure et dure, avec sa destruction à grande échelle. On ne sait d’ailleurs vraiment jamais pourquoi le clan des hommes d’Infinity en a après Hei et ses pouvoirs, le script ne prenant jamais le temps de l’expliquer clairement ; le spectateur se contente de suivre un chemin narratif généreux mais plutôt cabossé, ce qui au passage empêche parfois toute tentative d’émotion.

C’est dommage que sur le fond, The Legend of Hei soit si inégal car visuellement, MTJJ, dont c’est le premier long-métrage, assure à la mise en scène. La charte graphique reste la même que celle de la web-série. Un trait qui ne plaira sans doute pas à tout le monde, avec un style très rond et des dessins peu détaillés, pour un rendu que d’aucuns qualifieront d’enfantin. Un style simple n’est cependant pas forcément synonyme de qualité moindre, dans le domaine de l’animation, soit dit en passant.
Si les premières scènes du film peuvent laisser craindre une mise en scène un peu trop classique et sage dans ses ambitions, MTJJ montre par la suite que même avec des moyens assez limités (comprenez que l’on est clairement pas au niveau d’un Nezha 1 sorti la même année), pour peu que l’inventivité et la créativité soient présentes, on peut réaliser des séquences d’action dignes de ce nom. C’est particulièrement visible lorsque Infinity affronte les démons de la forêt venus récupérer Hei, dans un premier temps. La mise en scène est claire, le découpage l’est tout autant et on sent l’amour du réalisateur pour les films d’aventure chinois où le surnaturel faisait bon ménage avec les arts martiaux. MTJJ arrive même à emballer un climax ambitieux et spectaculaire, le temps d’une séquence apocalyptique en milieu urbain durant laquelle tous les éléments et personnages se déchaînent sans qu’à aucun moment on ne perde en lisibilité. Une séquence qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler des grands moments de destruction urbaine au rayon animation comme le climax tokyoïte de la saison 2 de Mob Psycho 100 ou le Shibuya incident de Jujutsu Kaisen, avec moins de budget mais tout autant de fougue et de rythme.
Au final, on ne peut que conseiller de jeter un œil à The Legend of Hei, conte fantastique (mais pas que) pour tous publics, où le récit initiatique le dispute à l’aventure et l’action la plus assumée, sans oublier une petite touche d’émotion. Le contrat est rempli, en quelque sorte.
Romain Leclercq.
The Legend of Hei de MTJJ. Chine. 2019. Disponible en VOD sur ADN.




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