Figure importante de la nouvelle vague malaisienne, Woo Ming Jin a présenté son dernier film The Fox King en premiere à Toronto à l’automne 2025. Ce cas typique de coproduction malaisienne-indonésienne, en vogue ces dernières années, est actuellement présent sur les écrans de son pays.

Ali et Amir sont jumeaux. Puisqu’Amir parle peu et est pris pour un simple d’esprit, les deux frères sont les souffre-douleurs de leur classe. En raison du harcèlement qu’ils subissent et de l’instabilité de leur père, ils restent soudés en toutes circonstances. Lorsqu’une nouvelle professeur d’anglais, Madame Lara, arrive à l’école, Ali tombe fou amoureux. Mais avec la complicité naissante entre l’enseignante et Amir, le lien fraternel qui unit Ali et Amir ne risque-t-il pas de voler en éclat ?
Après Stone Turtle en 2022, film vu et commenté dans les festivals internationaux, Woo Ming Jin se lance à nouveau dans une coproduction entre la Malaisie et l’Indonésie. Concrètement, sont ici mobilisées les deux plus grosses sociétés du cinéma indépendant malaisien (à dominante chinoise) : Greenlight Pictures (société de Woo et d’Edmund Yeo) et Da Huang Pictures (société notamment de leur amie Tan Chui Mui avec qui ils collaborent presque sans discontinuer) ainsi que deux autres sociétés malaisiennes et une société indonésienne. L’objectif avoué est la conquête du marché indonésien, et cela se traduit par une présence des acteurs et des actrices de ces deux pays dans de nombreux films communs. Ainsi, si ici l’environnement dépeint est malais, toute l’image est focalisée sur Madame Lara, la belle – et ambigüe – professeure d’anglais, interprétée par l’actrice indonésienne Dian Sastrowardoyo, célèbre pour le film indonésien culte What’s up with Cinta? (2002). Dans Stone Turtle, l’indonésienne Asmara Abigail donnait la réplique au malais Bront Palarae ; ce même acteur malais qui s’est retrouvé cette année en impitoyable maton dans le film carcéral indonésien de Joko Anwar Ghost in the Cell… Les échanges entre ces deux pays de culture proche sont de plus en plus nombreux ; on pourrait presque comparer cette tendance avec les productions franco-italiennes dans les années 50 et 60.

Cette particularité mise à part, The Fox King se situe dans la lignée de ces films malaisiens indépendants produits depuis le début des années 2000, avec ses qualités et ses lacunes. Comme pour son précédent travail, Woo Ming Jin porte l’action de son film dans un cadre balnéaire, qui ressemble fortement à l’île de la tortue de Stone Turtle – si bien que l’introduction du film peut offrir une réminiscence quasi-traumatique de la scène ultraviolente qui amorce Stone Turtle. Le réalisateur souffle délicatement le chaud et le froid sur ce que l’on voit : le cadre est paradisiaque mais ces enfants sont harcelés, le père a l’air jovial et sourit tout le temps mais il trempe dans des affaires douteuses qui font courir le danger, et surtout, cette nouvelle professeure montre un énorme charisme, tout en pratiquant des châtiments corporels sur ses élèves. C’est là la principale surprise du film, ce personnage qui a tout pour que l’on soit amoureux d’elle, fait apparaître assez vite ce côté inquiétant de sa personnalité, si bien que l’on ne ressent que de l’ambivalence à son égard… Ambivalence renforcée par le fait que, malgré tout, sa personnalité éclaire la vie et la pensée d’Ali.

Cela étant dit, le film ne creuse pas assez cette facette somme toute intéressante, et se contente un peu trop de ce triangle de personnages qui interagissent de manière relativement basique. La fin, se déportant étonnamment au Japon, lorgne du côté du réalisme magique (comme beaucoup de films asiatiques, principalement chinois, ces dernières années) et a des faux airs du manga Les Enfants de la mer (adapté en un réussi long-métrage d’animation en 2019). Ce chemin curieux n’extrait toutefois pas l’intrigue de son manque de consistance.
Malgré ces réserves, on reste curieux de voir où peut aller ce cinéma-là. D’autant plus que des personnalités comme Dian Sastrowardoyo, Asmara Abigail, Bront Palarae irradient l’écran – ce sont de véritables stars. Et si elles brillent tant, c’est aussi que les metteurs en scène savent les mettre en valeur.
Maxime Bauer.
The Fox King de Woo Ming Jin. Malaisie, Indonésie. 2025.




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