Film d’ouverture du Festival Allers-Retours 2026 dont c’est la première française, The Sun Rises on Us All est le dernier travail de Cai Shangjun, le réalisateur du remarqué People Mountain, People Sea en 2011. Auréolé du Prix d’interprétation féminine à la Mostra de Venise 2025, il relate le pardon difficile entre un homme et une femme, après de malheureux événements.

Meiyun mène une existence discrète lorsqu’elle croise à nouveau Baoshu, son ancien amant, emprisonné autrefois pour un crime qu’elle a commis. Cette rencontre inattendue fissure l’équilibre fragile de son quotidien. Le passé qu’elle croyait enfoui resurgit, la confrontant à une culpabilité longtemps tue.
À bien des égards, The Sun Rises on Us All correspond aux schémas du drame chinois de ces trente dernières années. Les errances des protagonistes tiennent à la fois des aléas de la vie et de leur incapacité à contourner les problèmes, aboutissant ainsi à une existence traversée de tristesse et de dépression. Sur cet aspect, An Elephant Sitting Still (Hu Bo, 2018) restera l’œuvre la plus emblématique du genre et une montagne indépassable. The Run Rises on Us All recherche cependant cet absolu, en triturant ses personnages dans tous les sens pour questionner le rapport à la résilience. Ainsi, outre le fait que Baoshu se soit dénoncé à la place de Meiyun, on imagine « par amour », Meiyun n’en est pas moins restée prisonnière de la moralité attendue eu égard de ce service rendu par Baoshu, tout comme la honte jetée qu’elle percevait par son entourage ignorant tout de la réalité des faits. Psychologiquement, elle a atteint ses limites, la poussant à quitter Baoshu qui lui, donc, perd sur tous les tableaux – en plus d’être affublé d’un cancer. D’une intention de se sacrifier pour l’être aimé, le film en montre la vanité et le violent retour de bâton ; la conséquence d’un accident devient pour Cai Shangjun l’opportunité de brasser tout cela et de montrer comment deux personnages peuvent en venir à se détester très fort et la seconde d’après, se sentir complètement redevables – les aléas de la vie portant en fin de compte un plus grand poids dans la responsabilité de cette situation que leurs propres réactions.

Tout en correspondant à ce schéma dramatique chinois classique, donc, The Sun Rises on Us All arbore toutefois une esthétique et le déroulé d’un drame plus conventionnel, sans grande aspérité. Il n’est ainsi pas possible de dire que, bien que le sort s’acharne sur ses héros, le film recherche vraiment l’excès de pathos ou le misérabilisme, et c’est à son crédit – les chefs-d’œuvre chinois du genre s’y sont risqués mais c’était au risque de cliver. Il recherche davantage l’exploration des réactions face à de grandes difficultés endo et exogènes. Pour cela, il bénéficie de la qualité du jeu d’acteur de Xin Zhilei et Zhang Songwen, deux acteurs chevronnés qui disent beaucoup avec peu.

Malgré tout, ce manque de relief, s’il permet de livrer une œuvre dramatique convenable, témoigne tout de même à certains moments de manque d’inspiration dans l’écriture. Deux scènes se révèlent déplaisantes à cet effet : une scène de viol au milieu du film, qui a tout de l’effet de manche pour réveiller l’intrigue, un effet connu, trop utilisé et qui aujourd’hui nous questionne sur l’inconséquence de son évocation à des fins cinématographiques ; ainsi que la scène finale, que nous ne décrirons pas ici mais dont la dimension abrupte ressemble, là aussi, à un effet de manche irréfléchi plus que le fruit d’une construction scénaristique maîtrisée. The Sun Rises on Us All est un film à personnages et l’écriture revêt une certaine importance. Ces manquements pèsent sur l’appréciation que l’on peut en avoir.
Maxime Bauer.
The Sun Rises on Us All de Cai Shangjun. Chine. 2025. Projeté au Festival Allers-Retours 2026.




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