VIDEO – Soudain dans la nuit de Go Yeong-nam

Posté le 9 septembre 2022 par

Soudain dans la nuit, film d’horreur paranoïaque coréen signé Go Yeong-nam débarque chez Carlotta en DVD et Blu-Ray. Poupée maudite, charmes chamaniques et rêves éveillés dans ce long-métrage de 1983, ont de quoi séduire.

Dans ce film quasiment à huis-clos, nous y suivons les déboires de Seon-hee. Épouse comblée d’un professeur de biologie, mère d’une charmante petite fille, Seon-hee mène une vie de parfaite femme au foyer. Un jour, son mari revient accompagné de Mi-ok, une jeune orpheline qu’il souhaite engager comme domestique. Cette séduisante fille de chamane a pour seul bagage une étrange poupée en bois censée la protéger contre le mauvais sort. Mais Seon-hee est persuadée que Mi-ok s’en sert pour faire entrer des esprits maléfiques chez elle, prêts à tout pour détruire sa famille…

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il est important de revenir sur le contexte historique dans lequel cette œuvre horrifique est née. Les années 80 ne sont pas une période lambda pour l’industrie du cinéma coréen. On sort tout juste des années 70, marquées par un cinéma patriote et de propagande. Les conditions de productions cinématographiques étaient largement contraintes par la constitution Yusin de 72 et la censure. A partir de 1981, le tournant politique du pays va bénéficier au cinéma coréen qui entame une rupture avec la décennie précédente. Dès lors, la censure s’assouplit et les thèmes portés à l’écran sont plus diversifiés. Le président Chun Doo-hwan va valoriser le divertissement à travers la politique des 3S (Sex, Screen & Sport) dans le but d’apaiser la population coréenne et la distraire des préoccupations politiques (soulèvement de Gwangju en 80 par exemple). On comprend donc assez bien qu’un film comme Soudain dans la nuit qui mêle horreur paranoïaque et érotisme ait pu voir le jour. 

Revenons-en à nos “papillons”. Go Yeong-nam est un réalisateur extrêmement prolifique en Corée du Sud avec une filmographie riche d’une centaine d’œuvres. Pourtant, il n’est pas très connu en dehors de son pays, et ne fait pas partie des auteurs coréens dits « classiques ». Quel dommage au vu de la proposition artistique singulière qu’est Soudain dans la nuit !

La qualité d’un film d’épouvante repose principalement sur deux éléments : son atmosphère et sa façon d’amener l’inconnu dans une situation donnée. Dans le cas de Soudain dans la nuit, l’atmosphère est unique en son genre. Elle réside dans le lieu où se passent les évènements, à savoir la maison, une demeure particulièrement singulière. La décoration iconique de cette maison est au croisement entre le style colonial et le style moderne post-Seconde Guerre mondiale. Aussi, l’omniprésence d’animaux empaillés confère au décor une dimension étrange. C’est peut-être comme cela que l’on se serait imaginé la maison d’un chercheur en biologie fortuné. Riche de curiosités en tout genre, il s’en dégage une atmosphère mystérieuse, presque ésotérique. Un environnement donc très immersif qui donne toute sa saveur au film. De plus, Go Yeong-nam prend le temps de bien nous familiariser avec cet espace qu’il exploite pleinement à travers toutes ses pièces, tous ses angles, jusqu’aux moindres recoins. La maison est un personnage à part entière, comme dans de nombreux films du genre. Ici, c’est le cas. Non pas parce qu’elle serait hantée et hostile, mais par l’atmosphère d’étrangeté qu’elle insufle.

Outre son atmosphère unique et profondément hypnotique, Soudain dans la nuit entend mêler les questions des illusions, du rêve, de la possession et du chamanisme. Toutefois, c’est le traitement psychologique qui prime sur l’horreur à grand spectacle. La paranoïa est construite petit à petit en troublant les frontières entre la réalité et l’illusion. Une progression qui est appuyée par des effets visuels marquants comme l’usage répété du kaléidoscope, des flous, et un traitement de la sensualité et de l’érotisme qui viennent donner un côté psychédélique et ésotérique au long-métrage. En effet, le folklore religieux est au centre de l’intrigue. Cela n’est pas étonnant, étant donné que la chamane est une figure récurrente du cinéma coréen au XXème siècle. Elle a souvent incarné la traîtrise ou l’opposition avec le christianisme. 

Au final, le brouillage permanent entre visions surnaturelles et réel va toucher le personnage de Seon-hee jusqu’aux plus profonds retranchements de sa psyché, de ses peurs et de ses désirs. Par sa mise en scène, le film nous fait vivre la subjectivité de Seon-hee à travers ses fantasmes et ses expériences sensorielles qui la mettent à l’épreuve. Le vrai mystère réside quant à lui sur l’origine du mal qui la tourmente et qui trouble ses perceptions du réel. En est-elle à l’origine ? Est-elle sous l’emprise de l’aura de la fille de la chamane ? Ou bien est-ce autre chose ? L’œuvre explore en permanence ces différentes pistes, quitte à nous entraîner nous-mêmes dans la paranoïa. 

Nous ne pouvons que vous conseiller de vous intéresser à cette œuvre singulière dans le paysage cinématographique coréen des années 80. Une belle œuvre de cinéma de genre que l’on peut considérer à de nombreux égards comme pionnière de la K-horror.

Rohan Geslouin

Soudain dans la nuit de Go Yeong-nam. Corée du Sud. 1981. En DVD et Blu-Ray chez Carlotta le 06/09/2022

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3 commentaires pour “VIDEO – Soudain dans la nuit de Go Yeong-nam”

  1. Bonjour,

    En préambule merci de me faire découvrir des raretés comme celle-ci.

    J’aurais une question, s’il vous plaît : hormis les animaux empaillés, ce film contient-il des scènes de maltraitance animale avérée ?

    Bonne continuation.

  2. Bonjour Olivier,

    Merci de votre intérêt pour nos articles. A ma connaissance, le film de contient aucune scène de maltraitance avérée.
    Par contre dans les décors figurent plusieurs animaux empaillés, notamment un Grand Duc. La taxidermie était une pratique courante dans ces années là. D’autant plus qu’il s’agit ici de la maison d’un biologiste.

    Belle journée à vous,

    Rohan, rédacteur à East Asia

  3. Merci pour vos réponses, de plus fort réactive.

    Je vais donc me le procurer.

    Bon week end à vous.

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