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Critique de The Hunter de Rafi Pitts (DVD)

Posté le 10 juillet 2013 par

L’année dernière, Mourning recevait le Grand Prix du Festival Asiatique de Deauville, prouvant non seulement que le cinéma iranien avait bien des choses à dire, mais surtout qu’il pouvait susciter de l’intérêt dans nos contrées. Blaq Out édite un nouveau fleuron de ce cinéma encore peu connu, The Hunter. Par Yannik Vanesse.

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Rafi Pitts est un homme polyvalent, car il écrit, produit, réalise ce film, dont il est aussi l’acteur principal. À la vision de The Hunter, nous supposons aisément que ce film au sujet fort n’a pas été facile à réaliser, tant il n’est pas tendre avec son pays. Rafi Pitts y incarne Ali Alavi, un homme simple qui n’a pas une vie facile. Sorti récemment de prison, il est gardien dans une usine, et son patron refuse de le passer en équipe de jour. Il ne voit ainsi que très peu sa femme et sa fille mais pourtant, il n’est pas malheureux. Il aime sa famille – qui le lui rend bien – et pour se détendre, va parfois chasser dans les bois.

Nous sommes en 2009, une période trouble pour l’Iran. Expliquée par quelques flashs à la radio ou à la télévision, il s’agit d’une époque dure où pouvoir en place et opposition se font un bras de fer sévère. Cependant, si en Occident, il est aisé d’organiser une manifestation, encadrée en toute quiétude par les forces de l’ordre, en Iran ce rassemblement prévu est interdit, et la police prévient qu’elle réprimera fortement toute opposition. Plusieurs milliers de manifestants – étudiants, femmes, enfants – essayèrent tout de même de rallier l’université de Téhéran, mais la milice utilisa gaz lacrymogène, canons à eau, matraques et même balles réelles pour réprimer cette réunion.

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Non, il ne fait pas bon manifester en Iran. Rafi Pitts distribue d’ailleurs peu de clés à son spectateur en ce qui concerne l’horreur de ce moment, durant lequel le héros de son film perd sa femme et sa fille. On en comprend le sens à travers un dialogue plein de non-dits avec un policier, mais il est difficile de comprendre à quel point ce moment fut violent – quelques images d’archives auraient en effet été bienvenues.

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Rafi Pitts est un excellent acteur, qui réussit très bien à faire ressentir la psyché de son personnage très simple, et la douleur qu’il ressent face à l’indicible est superbement jouée à travers son regard et ses paroles. Cependant, The Hunter est surtout intéressant avant le basculement de son personnage. La vie iranienne est très bien mise en scène, le personnage principal intéressant, mais son basculement dans la folie et la vengeance paraît trop brutal, et le spectateur – occidental en tous les cas – a du mal à comprendre certains actes. De même, cette deuxième partie recèle de nombreuses longueurs, alors que le personnage, silencieux, attend dans les bois. Certes, le réalisateur parvient à nous faire ressentir le vide de l’âme de son personnage, son désespoir et sa colère, et surtout nous comprenons à quel point la police iranienne est corrompue, mauvaise, dangereuse, mais le spectateur ne peut s’empêcher de ressentir l’ennui. Cependant, ce portrait, dur et réaliste, de la milice laisse un goût horrible et fait froid dans le dos. Rafi Pitts est indubitablement un réalisateur engagé, et The Hunter donne envie de suivre son parcours, mais le métrage reste par moments empli de longueurs. De plus, certains éléments de son scénario – concernant le passage en prison d’Ali et la naissance de sa fille – ne sont pas assez développés.

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En bonus, Blaq Out nous offre une interview passionnante et très complète de Rafi Pitts, un réalisateur vraiment intéressant, engagé et bourré d’idées. Le réalisateur décortique ensuite, de manière pertinente et passionnante, trois scènes de son film, expliquant énormément de choses sur les difficultés de son tournage, et donnant nombres de clés à la compréhension de son film. Il explique aussi la manière très particulière qu’il a de diriger ses acteurs. Ainsi, là où beaucoup de bonus de DVD n’apportent rien, n’essayant que d’être promotionnels au possible, Blaq Out opte pour une démarche bien plus cinéphilique, et c’est bien agréable.

Yannik Vanesse

Verdict : The Hunter déploie un sujet très fort et passionnant, et une réalisation sobre qui colle à son sujet. Cependant, malgré une grande maîtrise de son sujet et de ses personnages, et un panorama sans concession de l’Iran, il manque quelques petits choses pour éviter l’ennui qui s’installe parfois.

Mouais copier

The Hunter, disponible en DVD chez Blaq Out depuis le 02 avril 2013

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