BIFFF : Compte-rendu

Posté le 19 avril 2013 par

Et voilà, le Brussels International Fantastic Film Festival achève sa 31ème édition qui s’est déroulée du 2 au 13 avril 2013. Il est donc temps de revenir un peu sur ce que votre serviteur a vécu, pour un compte-rendu des réjouissances. Par Yannik Vanesse.

bifff2013

31ème édition ! Voilà un chiffre qui impressionne et qui laisse à penser à un festival rodé, professionnel, dense et passionnant ! Cette année, cependant, la manifestation changeait d’endroit, pour rejoindre le Palais des Beaux Arts. Un décor superbe, deux belles salles de cinéma. Voilà qui permettait la vision de plus de films dans des conditions optimales…

Tai-Chi-Zero

Et pourtant, tout n’est pas rose dans ce tableau en apparence idyllique, et votre serviteur dut essuyer un certain nombre de soucis laissant un goût amer dans la bouche, alors qu’apparaissait une impression d’amateurisme déplaisante, incompatible avec la réputation et la prétention du BIFFF. Inutile de s’étendre, cependant, sur les déboires des journalistes présents pour se pencher sur les soucis infligés au public.

abductee

Ainsi, de nombreux problèmes techniques furent à déplorer : oublis de sous-titres pendant de longues minutes, problèmes de pellicule, et bien d’autres petites choses parasitèrent certaines séances, comme celle de Tai Chi Hero ou de Rurouni Kenshin. Quand Yamaguchi Yudai vint présenter son intéressant Abductee, le présentateur lui posa quelques questions, auquel il répondit en japonais, et ses réponses furent traduites exclusivement en flamand ! Autant dire que pour une bonne partie de l’assistance, il fut difficile de suivre l’échange.

snot rocket

Cependant, le plus gros souci vint du public lui-même. Le festival semble s’enorgueillir d’avoir un public « participatif ». Hélas, si les réactions braillantes de l’assistance peuvent se comprendre devant un Remington and the Curse of the Zombadings ou un Snot Rocket, une grosse part du public ne paraît pas être capable de faire la différence entre un nanar réjouissant et un film sérieux, ne semblant venir ici que pour crier des blagues stupides ou des onomatopées, à tel point que durant certaines séances, les dialogues et la musique étaient quasiment inaudibles pendant près de la moitié du métrage. Comment se plonger dans un univers dans ses conditions ? Comment, pour un journaliste ou le jury, juger le film comme il se doit ? Ce genre de réaction est insultant pour le public, le film, son réalisateur – souvent présent – et le jury.

zombadings

Mais ne nous leurrons pas : tout ne fut pas sombre dans le festival, à tel point que votre serviteur désire ardemment y retourner l’année prochaine. La raison ? Les films projetés ! Car le BIFFF brasse large, pêchant dans tous les genres, pour une production dense qu’il est difficile de couvrir en totalité. En résultent, bien sûr, des films peu intéressants (Belenggu, Hellgate) mais aussi de superbes pépites (les deux Tai Chi, Rurouni Kenshin). Et où, ailleurs qu’au BIFFF, est-il possible de plonger dans le cinéma philippin (l’hallucinant Remington and the Curse of the Zombadings), indonésien (Belenggu) ou taïwanais (Legend of the T-Dog) ? Où, ailleurs qu’ici, peut-on découvrir, sur grand écran, un OVNI tel que Snot Rocket ? Ainsi, à Bruxelles, grâce à ce festival, le public n’avait que l’embarras du choix : films rares, avant-premières, films méconnus. Des nanars, des thrillers, des films d’horreur et bien d’autres genres étaient présents, pour contenter tous les spectateurs.

legend-of-the-t-dog

Difficile, cependant, de voir un tableau surgir, des thématiques apparaître, car une des forces du festival a toujours été de brasser dans toutes les directions possibles, et non de rester sur des thématiques fantastiques. Il suffit de faire un peu le tour des différentes catégories pour s’en convaincre. Le Brussels International Fantastic Film Festival proposait donc une catégorie d’inédits, ainsi qu’une section « première réalisation », dans laquelle Legend of the T-Dog détonnait par sa délicieuse folie décalée et pleine d’humour et de bons sentiments. Bien sûr, certains métrages appartiennent à plusieurs catégories, et Legend of the T-Dog se retrouve dans la catégorie « biffeur en herbe », permettant à un public plus jeune de plonger doucement dans le cinéma qui nous est cher (difficile d’imaginer la réaction d’une de nos têtes blondes devant la comédie taïwanaise). Les « fils de brutes » regroupait, comme son nom l’indique, des films réalisés par le fils ou la fille d’un grand nom du cinéma de genre. Ce genre de festival est toujours nanti d’une catégorie midnight movie (ici, les midnight x-treme), où se voient les films plus fous, violents, sauvages, comme le génialissime Snot Rocket, OVNI complètement fou, décalé, véritable plongée dans le cerveau de Yamaguchi Yudai et Takagachi Tak, une expérience cinématographique totale qu’il est difficile d’oublier.

the peach tree

Pour les insomniaques, la nuit fantastique était là pour les occuper, tandis que les amateurs de policiers avaient la collection thriller (incluant Pietà). Le titre obscur « 7ème parallèle » incluait de nouveau Legend of the T-Dog, décidément présent sur tous les fronts, ainsi que le très moyen Belenggu, qui était tout de même une occasion rare de découvrir le cinéma indonésien sur grand écran. Dans cette catégorie, le très beau (visuellement) The Peachtree était visible, ainsi que le délirant Remington and the Curse of the Zombadings. Le BIFFF faisant partie des festivals distribuant le Méliès, une compétition européenne était présente, ainsi qu’une internationale. Dans celle-ci, Abductee prouve la volonté de Yamaguchi Yudai de s’essayer à des genres différents en œuvrant dans le huis clos. Imparfait (mais nanti d’un final génialissime), le film prouve que le réalisateur peut tester des genres plus intimistes et moins fous, car le film est prometteur et laisse à penser que l’homme n’a plus qu’à se perfectionner un peu. Le BIFFF n’entend bien sûr pas projeter exclusivement des films en compétition et, hors-compétition se trouvent un grand nombre de films dans des genres divers, prouvant l’amour étendu du festival pour les cinémas de genre. Bien sûr, on y trouve de bons films, comme l’excellente adaptation de manga Rurouni Kenshin, réussissant à mêler critique de la société des samouraïs et manga live aux affrontements dantesques, et de moins bons films (Hellgate, dont on attendait beaucoup, avec Kitamura Ryuhei à la production, mais qui s’avère être un film fantastique bien trop commun pour rester en mémoire). Les deux Tai Chi offraient une des très belles surprises du festival, le récit réussissant à mélanger avec brio le wuxiapian traditionnel et les geekeries tendance steampunk. Nous rajoutons une traditionnelle sélection de courts-métrages, et une sélection japanimation (à laquelle appartient aussi Rurouni Kenshin, malgré son statut de film live) et nous obtenons un festival d’une densité impressionnante.

may_i_kill_u

Si, à East Asia, nous nous intéressons au cinéma asiatique, le festival de Bruxelles, lui, ne se limite à aucune cinématographie, et il serait dommage de ne pas laisser échapper quelques mots sur les films non asiatiques qu’il nous a été permis de voir. Là encore, du bon comme du moins bon se croisaient au détour d’une salle de cinéma. Ainsi, si le scénario du 25ème Reich est réjouissant au possible (pendant la seconde Guerre Mondiale, des bidasses, sous couvert d’une expédition en Australie pour retrouver des pumas, cherchent à remonter le temps pour retrouver un OVNI en état de marche qui leur permettra de gagner la guerre), le résultat est loin de l’égaler. Mou et bavard, il ne se rattrape que pendant les dix dernières minutes, complètement folles et déjantées, qui offrent enfin ce que le spectateur espérait de ce film. De même, Community, qui nous vient d’Angleterre, nous envoie dans une banlieue glauque, où sévissent les bouseux psychopathes les plus archétypaux qu’il nous ait été donné de voir depuis longtemps. Avec comme sous-texte l’insécurité et la violence de l’Angleterre, il accumule maladresses, poncifs et clichés. Utilisant le même contexte affreusement d’actualité, il vaut mieux préférer May I Kill U ? qui nous parle d’un policier à vélo se mettant à nettoyer Londres de manière radicale. Immensément drôle (amateurs d’humour noir, foncez !) et intelligent (excellente critique sociale de l’Angleterre, mais aussi des moyens technologiques de partage d’information), le film est une excellente surprise qui permet de passer un magnifique moment.

chained

Beaucoup moins drôle mais tout aussi bon, Chained prouve que Jennifer Lynch est une réalisatrice à suivre. Son récit, étouffant, fait suffoquer le spectateur par une histoire intimiste nous faisant suivre l’incarcération d’un gamin de neuf ans, entièrement sous la coupe d’un tueur en série. Ecrit au millimètre, jusqu’au boutiste et dénué de tout espoir, Chained prend à la gorge et ne lâche pas le spectateur, même après le générique de fin. Night Train to Lisbon interpelle, sa présence dans le festival étant étrange, le film n’ayant rien d’un thriller ou d’un film fantastique. Cependant, avec un récit semblant flirter avec l’univers de l’écrivain Carlos Ruiz Zafon, Night Train to Lisbon nous emmène dans un récit mêlant passé et présent, à la recherche d’un écrivain philosophe perdu entre la guerre et l’amour. Des acteurs magnifiques, un récit passionnant, ce film est à ne surtout pas rater !

night-train-to-lisbon

Ne reste plus qu’à espérer que l’organisation remarque les quelques soucis et s’attelle à les rectifier, car avec une telle programmation et un tel amour véritable pour le cinéma de genre provenant de tous les horizons (palpable à tous les niveaux), le BIFFF a tout pour être le festival magnifique et passionnant qu’il voudrait être. Rendez-vous est déjà pris pour l’année prochaine, en espérant découvrir encore autant de bons films dans d’encore meilleures conditions.

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