EN SALLES – La Dernière séance de Nan Palin : nouveau conte et vieilles bobines

Posté le 22 juillet 2026 par

Présenté pour la première fois en festival en 2021, La Dernière séance de Nan Palin a connu un parcours semé d’embûches avant de pouvoir être distribué en France. C’est finalement le spécialiste des sorties indiennes, Friday Entertainment, qui offre au film une diffusion dans nos salles. Un récit imparfait mais débordant de tendresse et de sincérité à ne pas manquer. 

Dans un petit village du Gujarat, au nord-ouest de l’Inde, Samay (Bhavin Rabari) est un garçon de 9 ans débrouillard et indépendant qui ne tient pas en place. Lorsqu’il découvre pour la première fois le cinéma, son monde est transformé. Obsédé par l’image, la lumière et les histoires, l’écolier décide d’infiltrer un cinéma de quartier poussiéreux pour continuer à nourrir son esprit. D’abord refoulé, il finit par nouer un pacte avec le projectionniste (Bhavesh Shrimali) : en échange de son déjeuner, préparé avec soin par sa mère (Richa Meena), il a accès tous les jours au local du vieux projecteur pour non seulement regarder les films, mais également apprendre le métier en manipulant les énormes bobines. Déterminé à devenir réalisateur, l’enfant expérimente techniques et narrations en secret contre l’avis de son père et entraîne ses camarades dans ses aventures. Quand une vague numérique déferle sur les salles indiennes, Samay décide de tout faire pour sauver un patrimoine cinématographique en péril.

Pour La Dernière séance, Pan Nalin s’inspire de ses propres souvenirs et revient sur les lieux de son enfance pour tourner ce qui est sûrement son film le plus personnel. Surtout connu en France pour son précédent film, Déesses Indiennes en colère (Angry Indian Goddesses, 2015), le réalisateur signe ici un récit plutôt classique dans son déroulé et ses ficelles, tout en réussissant à influer une tendresse impossible à ignorer. Si le long-métrage rappelle inévitablement le merveilleux Cinema Paradiso de Giuseppe Tornatore, sorti en 1988, Pan Nalin adapte plutôt habilement les réalités de l’Italie des années 50 à celles de l’Inde des années 2000. Malgré la richesse des cinémas indiens, peu de réalisations apparaissent toutefois à l’écran, principalement pour des questions de droits. Sont donc principalement projetés des extraits de son propre film, La Vallée des Fleurs (2006), et des extraits de l’épique Jodhaa Akbar (2008), dont le réalisateur Ashutosh Gowariker a gracieusement autorisé la diffusion.

Portée avec talent par le jeune Bhavin Rabari, véritable révélation dans le rôle de Samay, La Dernière séance est une déclaration d’amour au cinéma, mais aussi à la détermination et la foi en ses rêves que porte en lui tout enfant. Véritable MacGyver des bobines, le petit garçon déborde de ressources et d’inventivité pour mener à bien ses plans et ses projets dans le dos des adultes, jusqu’à finalement convaincre ces derniers du sérieux de sa passion. 

Ses idées et tentatives se traduisent dans un sublime travail sur l’image et la lumière qui aurait dû être le fil conducteur de la photographie du film et qui reste malheureusement à l’état de parenthèses enchantées. Malgré de vraies bonnes idées de mises en scène, Pan Nalin peine à imposer une certaine harmonie visuelle en alternant de façon trop maladroite plans presque documentaires, plans scolaires et plans audacieux. 

Ce qui démarque cependant le film de ses influences et des inévitables comparaisons, c’est la très belle réflexion menée sur la transformation très particulière du cinéma en Inde, de son mode de consommation et de diffusion, et sur ce qu’il advient d’un patrimoine tristement inconsidéré. Le passage en force du numérique dans toutes les salles indiennes, aux dépens du savoir-faire et de l’art des projectionnistes, a non seulement mené à la fin d’un métier, mais également à la fin d’une ère technologique dont peu de traces ont été préservées. Lors d’une scène sublime, Samay suit ainsi à la trace un camion chargé de débarrasser des bobines devenues inutiles après l’installation d’un projecteur numérique. Si leur broyage brise son cœur (et le nôtre), leur reconversion en bracelets de toutes les couleurs, qui seront portées partout dans le pays, est une illumination pour le petit garçon. Et si le cinéma ne mourait jamais tout à fait ?

Audrey Dugast.

La Dernière séance (Last Film Show) de Pan Nalin. Inde. 2021. En salles le 15/07/2026.