Il est bon de voir que Naito Eisuke, doucement mais sûrement, se fait une place de choix dans les festivals internationaux. Depuis son génial Liverleaf, tous ses longs-métrages ont pu être diffusés dans les salles obscures de francophonie. Cette année, l’héritier de Miike est au NIFFF pour ses deux derniers longs-métrages. HIGUMA !! The Killer Bear, le plus vieux d’entre eux, est présenté dans la section « Ultra movies ».

En quête d’argent, Sora accepte un travail obscur. Ça, c’est sans compter sa malencontreuse rencontre avec un ours au goût prononcé pour les cris, la chair et le sang.
HIGUMA !! est étrange dès son introduction. Il commence comme une sorte de mélange entre la veine horrifique d’Ari Aster et un John Wick déréglé où un jeune voit son quotidien familial détruit par une ironie tragique terrifiante et se retrouve embarqué dans une organisation criminelle délirante aux relents complotistes. Le mélange est déjà fragile mais aussi excellent puisque Naito Eisuke cherche plutôt à travailler les faiblesses des deux univers convoqués pour y tirer sa force. Il n’essaye donc pas de faire de sa dimension humoristique un point aveugle de son horreur, il en fait le point névralgique. Puis il ne se contente pas de proposer une démo technique pour justifier son action. D’ailleurs, une des grandes forces d’HIGUMA !! réside dans ses chorégraphies d’actions vraiment surprenantes pour un projet d’une ampleur si moindre. Certes, cela n’a pas le niveau de maestria dansante (parfois assez ennuyante) que l’on peut retrouver chez Chad Stahelski ou bien le découpage et la mise en scène haletante que l’on peut retrouver chez certains actioners hongkongais. Mais elles restent tout de même assez bien chorégraphiées pour être plaisantes en soi et surtout parfaitement intégrées à l’idée de Naito : proposer une comédie horrifique décomplexée. Aussi surprenante et haletante soit cette introduction, difficile cependant d’y voir un lien avec ce fameux « Higuma the killer bear » promis par le titre, l’affiche et le synopsis. C’est pourtant dans ce lien que réside tout le cœur du film.

Lors d’une traque de Sato pour le compte de son organisation criminelle, un ours géant arrive et décime la moitié de son équipe. Le film passe encore une fois du tout au tout, en plongeant tête la première dans le splatter, révélant dans le même temps son fonctionnement drôlissime. HIGUMA !! The Killer Bear juxtapose des éléments et décide de faire croire au spectateur que cette juxtaposition est tout à fait normale et que tout y est harmonieux. Mais simultanément, le film ne cherche même pas à faire le minimum syndical pour nous faire croire que tout n’est pas en vérité chaotique. La trame est à la fois existante et une simple excuse pour mettre en scène des absurdités. Sur ce nouveau versant splatter, HIGUMA !! est une fois de plus très bon : le gore y est étonnamment bien fait et au service, toujours, d’une drôlerie horrifique au rythme effréné. Et ce gore bien fait contraste lui-même totalement avec cet ours tueur qui, lui, n’est qu’un simple costume ne possédant qu’une seule expression. Nouvelle juxtaposition : un gore aussi grotesque que répugnant lorsqu’il décide de s’amuser avec le corps humain, causé par un ours totalement irréaliste, presque mignon, mais surtout, à la figure iconographique hilarante, patibulaire et presque inoffensive. HIGUMA !! n’arrête donc jamais ce fonctionnement et trouve toujours un nouvel élément à rajouter à son film. Finalement, il apparaît qu’il est moins un film qu’un jeu avec le spectateur. Perspective presque assumée par le cinéaste tant le jeu vidéo est présent aussi bien dans la narration que dans la construction même de celle-ci. Le ludique et l’interactivité naissant du rire et de la sidération du spectateur en salles, faisant d’HIGUMA !! un objet parfaitement calibré à la salle de cinéma et aux festivals.

Cette construction fait beaucoup penser à Mag Mag, film de Yuriyan Retriever que Naito Eisuke avait scénarisé et où le fil rouge était déjà une sorte d’idiotie pure uniquement au service du gag. Cette construction possède bien des problèmes (impureté revendiquée ne venant pas chercher dans le cinéma un moyen de la résoudre ; mais aussi de manière plus pragmatique, un tel fonctionnement sur un film aussi long fatigue inévitablement). Mais elle possède une force qui est centrale au cinéma de Naito Eisuke : l’imprévisibilité. Le cinéaste est aussi bien un petit génie qu’un punk, il ne cherche jamais à mettre son talent au service de soi-disant grandes choses. On y retrouve l’esprit de certains des meilleurs films de Miike (Dead or Alive notamment) mais aussi l’esprit d’une certaine époque du cinéma d’horreur japonais qui n’est pas révolue, mais bien moins à la mode dans nos contrées occidentales. D’une pierre deux coups, Naito Eisuke vient régler le problème : il est l’un des plus talentueux de cette niche et la rend de nouveau populaire.
Si HIGUMA !! n’atteint pas les fulgurances cinématographiques d’un Liverleaf ou d’un Forgiven Children, il est un digne représentant des films fous de ce cinéaste qui ne cesse de continuer sa carrière au service du punk et de la séance de cinéma décomplexée.
Thibaut Das Neves.
Higuma !! The Killer Bear de Naito Eisuke. Japon. 2025. Projeté au NIFFF 2026.




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