VIDEO – Survie en pleine nature de Sato Jun’ya

Posté le 5 mai 2026 par

À la fin des années 1970, Sato Jun’ya propose au public une trilogie informelle autour de la figure de l’homme japonais face aux enjeux de son époque. Carlotta Films l’édite en Blu-ray et 4K UHD sous le titre de la Trilogie de la traque. Après Chasse à l’homme et La Preuve d’un homme, revenons sur le dernier film de la trilogie, Survie en pleine nature, projeté sur les écrans nippons en 1978.

Dans le futur proche en 1980, les Forces d’Autodéfense forment une unité d’intervention spéciale, chapeautée par des militaires américains. Leur entraînement est rude : ils doivent survivre un mois dans la forêt, en pleine nature, avec seulement 3 jours de rations et un mot d’ordre : ne rentrer en contact avec aucun civil. Au cours de l’un de ces stages, l’exercice de l’officier Ajisawa ne va pas se passer comme prévu. Affamé, il rencontre une randonneuse et s’en suit de nombreux morts dans un village alentours…

Dans les années 1970, l’esprit de révolte de la Nouvelle Vague japonaise s’était également immiscé dans le cinéma grand public, la preuve en est dans la Trilogie de la traque, et plus encore avec Survie en pleine nature.

Ici, le réalisateur Sato Jun’ya ne s’octroie aucune retenue dans les effets de mise en scène. D’un scénario complexe avec de multiples ramifications et des fausses pistes régulièrement posées, il s’amuse avec l’intérêt du spectateur. Le film exerce un jeu constant avec le public, le pitch cherchant à nous amener rapidement vers une culpabilité du personnage de Takakura Ken à travers un montage elliptique trompeur, tout en ne laissant planer aucun doute que Takakura n’est pas le genre à incarner un meurtrier sauvage sans qu’il n’y ait une justification solide dans le scénario. Ainsi, passée cette première demi-heure dédié à ces questions, le film nous emmène ailleurs, dans une lutte entre factions des Forces d’Autodéfense et le lien de l’armée avec des politiques et des industriels.

Le film remue le couteau dans la plaie lorsqu’il traite de sujets hérités de la Seconde Guerre mondiale et de l’impérialisme américain, en questionnant au centre de cela, le rôle, dans la réalité limitée, des Forces d’Autodéfense (que les gouvernements japonais actuels qui se succèdent cherchent à étendre et de plus en plus). Sato décrit le corps militaire comme par nature voué à poursuivre sa mission, y compris contre d’autres éléments militaires. Et c’est ici que l’on touche une limite du film, qui nous autorise à lui trouver une qualité qui en découle : portraituré comme tel, Survie en pleine nature est une fable militaire complètement fantaisiste, donc totalement improbable, mais aussi très jouissive en tant que film de divertissement, n’amenant que peu de réponses aux questions de fond (l’humain dans l’organisation militaire, l’impérialisme, la nationalisme japonais, voire le masculinisme réactionnaire de ce genre d’exercices survivalistes mais nous nous égarons avec notre œil moderne), préférant décrire des scènes de tension extrêmes, enchaînées via un montage malin qui capte notre attention. Le personnage interprété par Yakushimaru Hiroko, future star des années 1980, qui joue ici la fille d’un villageois assassiné doué de dons de prescience, incarne tout le style du film ; grave mais dépassée par les évènements, le personnage de Yakushimaru montre la fébrilité qui habite tout cet univers, ces personnages virils, qui bandent les muscles constamment mais qui finissent par mourir violemment. À cet effet, le plan final est particulièrement réussi.

Survie en pleine nature est une variation de qualité des autres films de la Trilogie de la traque, un pas de côté dans le cinéma japonais qui lorgne du côté du Hollywood seventies à travers son obsession de l’observation de la violence, individuelle et organisationnelle, et sa charge graphique telle que l’on est droit de l’attendre d’un film qui cherche à impressionner le grand public.

Édition vidéo

Le master 4K UHD, testé ici, est de la même facture que les deux autres précédents, c’est-à-dire excellente.

Le film est analysé par Fabien Mauro (18 min) qui comme pour les précédents bonus, poursuit son explication du contexte de tournage. Il apporte des éléments intéressants, tel quel le tournage de certains pans du film aux États-Unis, alors que l’intrigue de n’y déroule jamais, à l’inverse de La Preuve d’un homme.

Maxime Bauer.

Survie en pleine nature de Sato Jun’ya. Japon. 1978. Disponible dans le coffret Blu-ray ou 4K UHD Trilogie de la traque chez Carlotta Films le 21/04/2026.