VIDEO – Chasse à l’homme : La rivière de la rage de Sato Jun’ya

Posté le 21 avril 2026 par

À la fin des années 1970, Sato Jun’ya propose au public une trilogie informelle autour de la figure de l’homme japonais face aux enjeux de son époque. Carlotta Films l’édite en Blu-ray et 4K UHD sous le titre de la Trilogie de la traque. Penchons-nous sur le premier film, Chasse à l’homme : La rivière de la rage, sorti au Japon en 1976.

À Tokyo, de lourdes accusations pèsent sur le procureur Morioka. Arrêté par la police, celui-ci parvient à s’échapper et à quitter la capitale. S’ensuit bientôt une cavale à travers le Japon, durant laquelle le fugitif est déterminé à prouver son innocence…

En 1975, Sato Jun’ya réalise Super Express 109, l’histoire d’un train fou qu’il est impossible d’arrêter à cause d’une bombe se déclenchant sous le seuil d’une certaine vitesse, avec déjà Takakura Ken en terroriste, une figure sombre relevant de la facette contestataire qu’a connu le Japon des années 1960 et 1970. Chasse à l’homme poursuit l’exploration de ce style mixé d’action à l’américaine et de brûlot politique, d’une manière encore plus habile et surprenante.

En effet, Chasse à l’homme commence tel un thriller à l’américaine des années 1970, quelque part entre la paranoïa du Nouvel Hollywood façon Conversation secrète de Coppola, un univers urbain gris dans lequel une puissance aux contours flous en veut au personnage principal, une force qui avance masquée et que l’on devine très difficile à identifier – et le vigilante movie, car très rapidement, Morioka va être amené à passer outre la loi pour prouver son innocence ; cela ne signifie pas qu’il va chercher vengeance, il va cependant trouver un moyen de rendre justice lui-même. Le personnage de Morioka évolue donc dans ce décor terne, et même lorsqu’il voyage dans l’arrière-pays japonais, car les indices qu’il trouve l’y mènent, il se révèle tellement seul et en danger que la mise en scène revêt une forme d’austérité. À un détail près : la musique dissonante, soit particulièrement enjouée, soit vacancière.

La musique ne nous trompe pas et nous prépare à la bascule de ton de la seconde moitié du film. Une fois le commanditaire identifié, le film devient une allégorie anticapitaliste, presque antifasciste. Sato développe la thématique de la relation de l’homme japonais au travail et au patronat, incrimine les instances qui se révèlent complices de ce patronat criminel et comment il prend sa revanche sur le camp idéologique opposé. Dans cette histoire, Sato choisit comme personnages principaux un représentant de la loi, le procureur Morioka, et un enquêteur de police. Sans dévoiler tous les tenants et aboutissants du film, Sato s’adonne à une proposition de cinéma forte, que l’on pourrait dire à charge contre le conservatisme des institutions, incarnées en partie par les fonctions des deux protagonistes, en les menant à un point de bascule. L’amorce du film, qui ressemblait plutôt à un thriller seventies classique, pour ne pas dire un peu daté et tranquille, ne nous préparait pas forcément à autant d’audace politique, d’autant que Sato n’est finalement pas allé aussi loin sur cette idée dans Super Express 109, confinant Takakura dans cette intrigue de catastrophe ferroviaire à un personnage d’antagoniste mélancolique. L’effet principal produit est donc une forme de surprise. La sensation d’un changement de ton, ou a minima d’un resserrement soudain de l’intention de l’auteur, a de quoi étonner ; le dénouement apparaît cru, osé dans ce qu’il montre, mais nous ne le révélerons pas ici.

Échec au box-office japonais, immense succès surprise en Chine, pays dans lequel il a fait office de première production étrangère autorisée à tourner sur les écrans, Chasse à l’homme se révèle un fleuron du cinéma populaire japonais des années 1970. Le film mêle aventures et chassés-croisés divertissants dans tout le Japon et une dénonciation politique cinglante sur le fonctionnement de la société japonais d’alors. De cette popularité en Chine naîtra un remake : Manhunt de John Woo, en 2017.

Édition vidéo

Pour la présente critique, le film a été vu en 4K UHD Dolby Vision. Restauré en 4K par Imagica en 2023, l’image est parfaitement nettoyée et stable. Même si l’univers du film est terne, l’image comporte plusieurs moments de ciels bleu et quelques éléments de couleurs chaudes, tels que la couleur de la peau des acteurs et des vêtements rouges, qui sont magnifiés par la Dolby Vision.

Le disque comporte un bonus, une analyse du film par Fabien Mauro (24 min), qui commence par détailler parfaitement le montage de la production, inhabituel, avant de développer autour des thématiques du film, de manière classique mais éclairante et intéressante.

Maxime Bauer.

Chasse à l’homme : La rivière de la rage de Sato Jun’ya. Japon. 1976. Disponible dans le coffret Blu-ray ou 4K UHD Trilogie de la traque chez Carlotta Films le 21/04/2026.