VIDEO – La Preuve d’un homme de Sato Jun’ya

Posté le 1 mai 2026 par

À la fin des années 1970, Sato Jun’ya propose au public une trilogie informelle autour de la figure de l’homme japonais face aux enjeux de son époque. Carlotta Films l’édite en Blu-ray et 4K UHD sous le titre de la Trilogie de la traque. Après Chasse à l’homme, abordons le deuxième film, La Preuve d’un homme, projeté sur les écrans japonais en 1977.

Un jeune Afro-Américain est retrouvé poignardé dans un hôtel tokyoïte, où se déroule au même moment un défilé de mode. L’enquête va mener l’inspecteur Munesue jusqu’aux États-Unis, où ce dernier va devoir faire équipe avec son homologue new-yorkais, Ken Shuftan…

La Preuve d’un homme fait partie de ces rares films japonais des années 1970 à faire du métissage, et notamment des enfants issus de pères soldats afro-américains stationnés au Japon au lendemain de la guerre. On peut également citer, dans un registre plus bis, le troisième opus de la saga des Stray Cat Rock: Sex Hunter. À cette époque, la diversité à l’écran, notamment au Japon, est quelque chose de difficile à atteindre. Ce n’est d’ailleurs pas ce que recherche Sato Jun’ya ici, mais comme pour son précédent film, Chasse à l’homme, il s’agit de remuer les tabous de la société japonaise, à travers une effusion de sentiments contradictoires et de scènes d’action sans concession.

Ainsi, outre les deux policiers, personnages principaux du film, incarnés par Matsuda Yusaku (aux origines coréennes zainichi, une information cachée au public de l’époque et qui fait drôlement sens avec le sujet du film) et George Kennedy côté américain, c’est la figure du protagoniste de Joe Yamanaka, assassiné en début de récit et réapparaissant en flashback tout du long, qui fait tourner l’intrigue, ainsi que la dimension politique du film. Artiste musical de génie des années 70, occasionnellement acteur comme dans Door 2, Yamanaka a pour lui son charisme magnétique, sa mélancolie perpétuelle et intense qui se déversent de ses grands yeux clairs. L’intrigue s’amorce avec lui, et sa joie enfantine de son voyage vers le Japon à la recherche de sa mère, puis se déploie toute la désillusion d’un monde d’après-guerre faussement moderne et prêt au pire pour masquer son passé.

Tourné entre le Japon et le Bronx à New York, la production a exercé un réel effort pour que la partie américaine du film soit complètement vraisemblable – et elle ne peut pas l’être plus, puisque filmée à même la rue, à même les commerces noirs de la Grande Pomme, et jusque dans de vrais bâtiments désaffectés et à moitié démolis, lorsqu’il s’agit de faire intervenir dans l’histoire un squat et des junkies. Les incursions à l’étranger et à plus forte raison hors d’Asie, dans le cinéma japonais du XXe siècle, étaient plutôt rares, pour ne pas dire exceptionnelles.

Le film de Sato prend à bras le corps ce sujet du racisme et des écarts de classes dans un monde sorti de la guerre depuis à peine une vingtaine d’années, et dont les plaies ne se sont pas encore bien refermées. Les souvenirs du marché noir de l’inspecteur Munesue, lieu où il y a été témoin de meurtres et de viols alors qu’il n’était qu’un enfant, et apparaissant tels des éclairs, sont là pour violemment rappeler comment s’est construit ce Japon en plein essor, un Japon également exploré dans les films de yakuzas de Fukasaku Kinji dans sa saga Combat sans code d’honneur. Sato use malheureusement, pour cela, de scènes un brin trop mélodramatiques, surtout dans la partie finale, des séquences qui cherchent l’effet de style émotionnel – on pense au personnage d’Okada Mariko qui reçoit son prix de stylisme sur scène, dévastée par ce qu’elle vient d’apprendre, et qui déploie une tirade tragique tire-larmes sans que le public et les organisateurs ne s’étonnent ou ne s’agitent de ce hors-sujet. Avec un peu moins de facilité de mise en scène de ce type, peut-être avec un peu plus de sécheresse, le sérieux des sujets du film aurait pu se montrer bien plus déflagrateur.

Édition vidéo

La Preuve d’un homme à bénéficié du même traitement que Chasse à l’homme en matière de restauration. Il en découle une copie 4K restaurée en 2023 par Imagica de qualité, magnifiée ici par la Dolby Vision.

Comme pour chaque film de la trilogie, Fabien Mauro intervient (26 min) pour contextualiser la production, et notamment son versant américain. Il apporte des informations cruciales sur Joe Yamanaka, Matsuda Yusaku et Kadokawa Haruki, producteur du film avec la maison Kadokawa dont il vient d’hériter suite au décès de son père, le fondateur.

Maxime Bauer.

La Preuve d’un homme de Sato Jun’ya. Japon. 1977. Disponible dans le coffret Blu-ray ou 4K UHD Trilogie de la traque chez Carlotta Films le 21/04/2026.