ALLERS-RETOURS 2026 – Dancing Home de Wang Cheng-yi

Posté le 7 février 2026 par

En collaboration avec Taiwan Docs, le festival du cinéma d’auteur sinophone Allers-Retours a eu l’occasion cette année de projeter Dancing Home de Wang Chen-yi, un réjouissant documentaire mettant à l’honneur les communautés aborigènes taïwanaises au travers du portrait de l’un de leur représentant, Bulareyaung, chorégraphe exilé, de retour dans le comté de Taitung pour monter une troupe avec des danseurs locaux.

À l’heure où les communautés taïwanaises marginalisées essayent tant bien que mal de faire entendre leur voix dans l’espace public, un documentaire comme Dancing Home, nommé aux Golden Horse et aux Taipei Film Awards, aide forcément le discours à se frayer un chemin dans les problématiques de représentations de l’île. Parti pendant des années aux États-Unis pour continuer sa carrière de danseur et de chorégraphe, Bulareyaung entame un retour d’exil plein de sens et de caractère, dans ses montagnes natales où les traditions aborigènes en péril n’attendent que de transmettre le flambeau à la nouvelle génération. Sous son aile, un petit groupe, plein de ferveur et de revendications, se réunit pour donner un second souffle aux danses traditionnelles aborigènes, réinterprétées sous un angle contemporain qui semble séduire de plus en plus les communautés locales.

Le cinéaste Wang Chen-yi souhaitait initialement réaliser un documentaire sur la troupe en elle-même, au travers de ses spectacles et de sa tournée dans les villages de la côte est de Taïwan. Cette aspérité du film est restée. Mais il remarque très vite que les enjeux sont tout autre pour le chorégraphe et ses danseurs. L’esthétique du reportage s’évapore peu à peu pour recueillir une documentation autrement plus intime, à l’écoute des récits de chacun, proche de leurs douleurs et de leurs histoires respectives. Les danses, aussi énergiques soient-elles, trahissent un engagement du corps, de l’âme et de l’esprit qui donne à voir les spectacles comme un cri de libération à qui voudra bien l’entendre. Ils sont la voix et la fierté de leur communauté, mais aussi des êtres hautement sensibles qui trouvent en la danse un conducteur pour se sentir libre, malgré toutes les difficultés que rencontre la troupe à se faire produire. Leur expérience nourrit ainsi chaque représentation : « c’est en ayant vécu autant de choses, qu’ils arrivent à danser comme cela ».

Pour Bulareyaung, c’est également une affaire de famille. Comme il le dit lui-même, tout ce qu’il fait, c’est pour que son père soit fier de lui, quand bien même celui-ci n’a jamais accepté le fait que son fils abandonne tout pour la danse. Ce n’est pas un hasard si cette querelle familiale sous-entend un coming out. Le film est habité d’une esthétique queer évidente : communauté masculine, récits traumatiques, travestisme, personnages ouvertement gays. Même si Taïwan est l’une des régions d’Asie les plus LGBT+ friendly, il faut souligner le parcours de ces danseurs pour s’identifier à la fois comme tel, et comme membre d’un groupe ethnique et culturel isolé. Dancing Home porte beaucoup d’attention à ces facettes de la troupe, et, de la sorte, communique une bienveillance attendrissante qui continue de faire sourire (et peut-être pleurer ?) à la sortie de la projection.

Richard Guerry.

Dancing Home de Wang Chen-yi. Taïwan. 2024. Projeté au Festival Allers-Retours 2026.