VIDEO – Flaming Brothers de Joe Cheung

Posté le 27 janvier 2026 par

Parmi la salve de sorties Blu-ray de l’âge d’or du cinéma hongkongais chez Le Chat qui fume, on trouve Flaming Brothers de Joe Cheung, un bon représentant de l’heroic bloodshed, ce genre de polar apparu en 1986 avec Le Syndicat du crime. Il met en scène, lui aussi, Chow Yun-fat, accompagné d’Alan Tang et Pat Hat.

Deux jeunes orphelins livrés à eux-mêmes, Alan Chan et Cheung Ho-tin, errent dans les rues de Macau. Liés comme des frères, ils vivent de larcins. Un jour, Tin vole de la nourriture dans une église. Il rencontre une jeune femme, Ho Ka-hei, qui l’encourage à devenir honnête. Cependant, Tin et Chan sont finalement enrôlés par la pègre. Les années passent… Désormais adultes, ils travaillent dans les cabarets et les casinos de la ville. Mais le destin va à nouveau réunir Cheung Ho-tin et Ho Ka-hei, et entraîner un conflit entre les deux orphelins.

Quelle est sont les éléments constitutifs d’un heroic bloodshed, littéralement, « carnage héroïque » ? Il s’agit d’un polar hongkongais des années 1980, mettant plutôt en scène des membres de triades comme personnages principaux, avec une forte dose d’amitié virile et/ou de tension homo-érotique, et dont les scènes de fusillades sont tournées au ralentis. En gros. Sorti en 1987, Flaming Brothers suit clairement le sillon creusé par John Woo l’année précédente avec Le Syndicat du crime, ne serait-ce que pour le choix de Chow Yun-fat dans le rôle de l’un des deux protagonistes principaux. Ceci étant dit, il abaisse quelque peu, ici, sa prestance pour en laisser à son partenaire Alan Tang, ce qui diffère quelque peu du film de Woo, dans lequel Ti Lung est de fait plus en retrait. Ainsi, Flaming Brothers est d’abord un film mené par deux têtes d’acteurs, des figures viriles et qui en jouent un peu – surtout Tang, dans le premier quart du film en Thaïlande, où il rivalise de mauvaises manières avec les dames. C’est en réalité la force du film, d’être mené à deux têtes à ce point, le scénario pouvant être articulé de manière plus riche et intéressante qu’avec un héros surnageant.

Dans les modes du cinéma hongkongais, dans ces genres de films extrêmement codifiés, on arrive assez vite à une forme d’auto-parodie consciente, presque une forme de commentaire sur l’état du cinéma d’alors. Le sous-texte homo-érotique n’est ici même pas un sous-texte, c’est un argument clairement énoncé dans les disputes entre les deux orphelins, l’un souhaitant se ranger pour se marier avec la femme qu’il a rencontrée, l’autre préférant renoncer à sa compagne pour continuer les affaires avec son frère adoptif, son âme sœur masculine. Finalement, délivré de la pesanteur du principe de sous-texte, énonçant tout de ce qu’il veut dire, tout ce que son genre évoque, Flaming Brothers est un film d’action plutôt libre, qui ne brille pas d’une écriture savamment complexe, mais qui montre ce que c’est l’amitié profonde entre deux hommes, ce que représente la chrétienté à Hong Kong et Macao à cette époque par le personnage de Pat Ha, rappelle le manque d' »honneur et d’humanité », selon l’expression japonaise des yakuzas, des caïds des sociétés mafieuses, à travers l’antagoniste exécrable du film. En somme, le travail de Joe Cheung s’approche de la pureté que l’on peut imaginer d’un heroic bloodshed. Le final, véritable ballet sanglant dans un décor jonché de cadavres, est idéal pour un récit qui, quelque part, affine la définition, à défaut de déconstruire, d’un certain polar hongkongais.

Cette histoire de deux enfants des rues, liés solidement par la dureté de la vie jusqu’à se considérer comme de véritables frères, n’est pas sans rappeler Brothers, le roman fou de Yu Hua sorti à la fin des années 2000 et retraçant toute la seconde moitié du XXème siècle en Chine. Le même lien indéfectible se retrouve entre deux garçons, dont l’accession à l’âge adulte a tout pour les éloigner, sans que cela n’advienne réellement. Flaming Brothers n’a tout de même pas la densité d’écriture ou même l’ambition formelle à la hauteur d’une telle œuvre littéraire ; cependant, le film de Cheung capitalise très bien sur son registre, le polar hongkongais viril, pour nous faire ressentir ce genre de filiation forte, notablement forte, et cela profite au film. Autant qu’un témoin de la tonalité de cette époque, où l’heroic bloodshed était en vigueur, il nous ramène aux sensations ressenties d’une certaine cinéphilie, souvent ancienne et au début du parcours, qu’au gré de nos visionnages, nous pourrions avoir commencé à oublier.

BONUS

Interview de Joe Cheung (2025, 21 min). Le réalisateur revient sur les parties prenantes du film et leur implication, de la connaissance du milieu des triades d’Alan Tang qui a coloré l’attitude des personnages, à sa relation de respect comme acteur envers Patrick Tse (l’antagoniste), en passant par les montages financiers qui ont permis d’obtenir Chow Yun-fat pour peu cher. Outre cela, Joe Cheung évoque sur le vrai-faux sous-texte gay du film, en considérant qu’il ne l’a pas pensé ainsi. Il cite à plusieurs reprises le rôle de Wong Kar-wai comme scénariste du film, et considère qu’il a livré un travail de qualité.

Interview du cascadeur Benz Kong (2025, 18 min). Issu de l’ancienne école du cinéma d’action de Hong Kong, Kong nous livre ses débuts dans le milieu et à travers eux, les coulisses de tout un cinéma qui a passionné le monde entier.

Maxime Bauer.

Flaming Brothers de Joe Cheung. Hong Kong. 1987. Disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume en novembre 2025.