Contre-jour distribution nous propose en ce dernier trimestre une saison taïwanaise, composée de trois films de divers registres en provenance de Formose. Le premier d’entre eux, sorti mercredi dernier, est un film de patrimoine : La Porte des dieux, du réalisateur trop méconnu Wang Toon (ou Wang Tung), datant de 2002. Suivrons : en novembre, Ohong Village ; en décembre I’m Still Kind of a Daydreamer.

Deux jeunes hommes découvrent que les portes d’un temple local sont des antiquités précieuses. Séduits par la tentation de l’argent facile, ils commettent un vol audacieux. Mais la situation dérape lorsqu’ils se retrouvent impliqués dans une série d’événements violents, avec la police à leurs trousses.
La Porte des dieux est tout d’abord une comédie douce-amère, comme il en existait un certain nombre à Hong Kong et à Taïwan entre la fin des années 1980 et le début des années 2000. On y suit un couple d’âge mûr dirigeant une fanfare, sans le sou, la patronne étant caractérielle et tout le monde s’en amusant. Clairement, Wang Toon essaie de représenter de manière tendre toute une classe populaire taïwanaise, qui au début des années 2000 parlait encore majoritairement la langue taïwanaise, en opposition au mandarin qui n’est entendu dans le film que lorsque les personnages ont affaire à la bureaucratie. Preuve de l’œil doux que porte le cinéaste à ses héros, les employés font croire à la patronne qu’elle a gagné à la loterie en trafiquant un billet, avec la complicité réservée du patron, avant que, découvrant le pot-au-rose, elle ne leur assène des coups de balai comme dans tout bon slapstick qui se respecte ; on la voit partir dans l’arrière-boutique chercher le balai, on sait que cela va arriver, ce qui rend la chose extrêmement drôle. On ne peut dès lors que trouver tous ces personnages amusants et charmants, proches de nous, nous évoquant tour à tour une grand-mère acariâtre ou un tonton blagueur. On retrouve le charme des protagonistes plus tard dans l’intrigue lors de leur voyage à New York, une ville présentée comme accueillante, et que la patronne, perdue dans la Grosse Pomme, se met à pleurer dans la rue comme une enfant. C’est alors que deux policiers viennent à son aide, avant qu’elle ne retrouve ses comparses taïwanais. Le film est ponctué, dans ce segment focalisé sur ce groupe de personnages plus âgés, de scènes chaleureuses de ce genre, où leur simplicité transparaît avec beaucoup d’humanité.

Le film est métissé avec un semblant de thriller mafieux, lorsque « la porte des dieux » qui donne son titre à l’œuvre – une propriété des patrons qui consiste en deux volets de portes peintes avec des motifs mythologiques et placées à l’entrée d’une arrière-cour qu’ils possèdent depuis des générations -, est volée par deux des membres de la fanfare (dont l’un est campé par le célèbre Lee Kang-sheng) pour être revendu à un trafiquant d’antiquité. De fil en anguille, ce larcin emmène les deux jeunes et le frère handicapé de l’un d’entre eux dans des péripéties violentes où ils risquent de plus en plus gros, jusqu’à un dénouement presque maximaliste, tant on est loin de la légèreté du début. Ces deux pôles du film ne s’imbriquent pas toujours avec la meilleure cohérence de ton, mais cela est propre à ce type de comédie dramatique, qui proposent parfois autour d’un fil rouge, une succession de tranches de vie. La tonalité et le style rappellent beaucoup ce qu’a pu entreprendre Sylvia Chang avec, par exemple, Tonight, Nobody goes Home (1996), le drame en moins, ou encore les productions de la firme UFO à Hong Kong (Lost and Found).

En 1992, Wang Toon marque les esprits avec Hill of No Return, un drame historique sur la colonisation japonaise de Taïwan. On est bien loin, dans La Porte des dieux, de la portée tragique d’une telle oeuvre. Pour autant, La Porte des dieux est aussi une pièce à redécouvrir, qui se veut très représentatif de la production cinématographique populaire à Taïwan, et qui ne néglige pas la dimension humaine de ses personnages, dans la comédie comme le drame, et cela, le film le doit à une écriture de qualité, même lorsqu’elle déroule des péripéties de manière quelque peu désordonnée.
Maxime Bauer.
La Porte des dieux de Wang Toon. Taïwan. 2002. En salles le 14/10/2026.




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