VIDEO – Hsi Shih : la plus belle de toutes de Li Han-hsiang

Posté le 11 septembre 2026 par

Tout juste arrivé à Taïwan pour y poursuivre sa carrière, l’un des plus grands artisans du cinéma classique hongkongais, Li Han-hsiang, réalise en 1965 Hsi Shih : la plus belle de toutes, une fresque monumentale consacrée à la guerre entre les royaumes de Wu et de Yue. La copie du film, restaurée en 4K par le Taiwan Film & Audiovisual Institue, est maintenant disponible en Blu-ray chez Carlotta Films.

Depuis la défaite de son pays face au royaume de Wu, Goujian, le roi de Yue, prépare sa vengeance. Il confie une mission bien particulière à la belle Hsi Shih : la jeune femme est envoyée à la cour ennemie dans le but de séduire Fucha, le roi de Wu, et devenir sa concubine. Grâce à son charme et sa ruse, Hsi Shih parvient à détourner l’attention du monarque. Pendant ce temps, Goujian convoque secrètement ses alliés et son peuple afin de reconquérir ses terres…

En désaccord avec le modèle économique de la Shaw Brothers, où il réalise parmi les plus beaux mélodrames et pièces historiques du cinéma hongkongais, Li Han-hsiang met les voiles pour Taïwan au début des années 1960 dans le but de fonder sa propre société de production, avec le soutien de la MP&GI, grande rivale de la Shaw. Quelques années plus tard, et après quelques succès relatifs, il réalise Hsi Shih : la plus belle de toutes (1965), probablement le film le plus ambitieux de l’histoire du cinéma taïwanais à l’époque.

L’histoire prend place du temps des Royaumes Combattants, aux alentours du 5e siècle Av. J-C., alors que la guerre fait rage entre le royaume de Wu et l’état de Yue. Ce dernier, défait par l’armée de Fu Chan, souverain des Wu, laisse Goujian, roi de Yue, avec le goût amer de la vengeance. La jeune Hsi Shih, alors enfant, assiste impuissante au meurtre de son père par un général ennemi. Elle sera le ciment du ressentiment du peuple de Yue à l’égard des Wu.

Loin d’être une adaptation historique littérale, Hsi Shih est avant tout une figure légendaire de la Période des Printemps et des Automnes. Elle est l’une des quatre beautés de la Chine antique. La légende raconte justement que Hsi Shih fut envoyée à la cour du roi Fu Chan pour le séduire et le défaire de son empire. Habitué des représentations mythologiques à l’écran, Li Han-hsiang trouve dans ce projet le moyen de concrétiser son talent pour les intrigues de palais et les reconstitutions historiques. Contrairement à beaucoup de productions d’époque en studios, le film déploie un nombre impressionnant de décors divers et variés, de la nature taïwanaise aux palais impériaux luxuriants en passant par les villages de campagne et les temples taoïstes. Chaque décor est le théâtre d’affrontements physiques et moraux entre l’oppression des Wu et le peuple de Yue qui chante sa rage et son humiliation. De Li Han-hsiang, nous sommes plutôt habitués à des portraits intimistes du point de vue de protagonistes essentiellement conduits par la romance. Un décadrage s’opère pour faire du peuple dans son ensemble le personnage principal de la vengeance à venir, et non seulement Hsi Shih, certes pivot de l’espoir des Yue, mais aussi parfois relayée à un rôle de second plan lorsqu’elle reste enfermée au sein du palais.

À la manière dont est écrit le scénario, il n’est pas difficile d’y percevoir une sorte de ferveur nationaliste quand le réalisateur semble vénérer le système monarchique et célébrer la puissance militaire lors de scènes épiques. Loin d’être un problème en soit, compte tenu du contexte de production de l’époque, c’est plutôt l’assemblage des différents fragments de l’histoire qui rend sa compréhension parfois ardue. Pléthore de personnages agissent parfois indépendamment les uns des autres et ne sont connectés que tardivement par le récit. Hsi Shih s’y retrouve à de trop nombreuses reprises basculées dans le hors champ au profit des agissements des personnages masculins. En même temps, l’extase ressentie devant la panoplie de costumes et les paysages somptueux soulève une question principalement esthétique à laquelle Li Han-hsiang répond admirablement, comme à son habitude. Le rise and fall des Wu mériterait davantage de profondeur narrative, et encore plus de figures pour l’incarner plus mémorablement, mais la mise en place du grand final porte l’étoffe des heures glorieuses du péplum occidental, avec un sens des registres tragiques et théâtraux comme seul Li Han-hsiang savait les maîtriser.

Bonus

Li Han-hsiang, cinéaste retrouvé (35 min) : maintenant habitué des sorties vidéos asiatiques, Frédéric Ambroisine partage l’histoire du film et de la carrière de Li Han-hsiang, encore trop peu connu en comparaison de King Hu dont il a pourtant été le mentor. Le documentariste insiste d’abord sur la notion d’élégance, peut-être le terme le plus adapté pour décrire le cinéma de Li. Les nombreuses remises dans le contexte historique et anecdotes de tournage ajoutent de l’ampleur où le film en manquait.

La restauration (6 min) : document issu des archives du Taiwan Film & Audiovisual Institute sur la restauration du film, qui met en parallèle les images de la copie d’origine avec le master 4K que nous avons la chance de pouvoir découvrir aujourd’hui.

Richard Guerry.

Hsi Shih : la plus belle de toutes de Li Han-hsiang. Taiwan. 1965. Disponible en Blu-ray chez Carlotta Films.