Après une large rétrospective à Maison de la Culture du Japon à Paris (MCJP) en 2023 et 2024, le grand réalisateur japonais Morita Yoshimitsu, à redécouvrir d’urgence, voit quatre de ses films sortir cet été en salles via Eurozoom. Retour sur Main Theme, charmante bluette juvénile mettant en vedette l’Idol Yakushimaru Hiroko.

Renvoyée de son école maternelle, Shibuki part à Osaka retrouver Wataru, le père du fils qui était son élève, et avec lequel elle s’est liée d’amitié. Il la recrute pour s’occuper de son enfant et de sa femme, pendant qu’il entretient une relation adultère avec une chanteuse de jazz.
Jamais là où on l’attend, Morita Yoshimitsu signe avec Main Theme une bluette adolescente charmante mais assez mineure, car située entre certaines de ses plus grandes réussites. L’année suivante il présentera avec And Then, magnifique adaptation de Soseki Natsume, merveille de mélancolie qui sera une de ses œuvres les plus saluées. Quant aux deux films qui précèdent, il s’agit de Jeu de famille (1983), peinture au vitriol de la famille traditionnelle japonaise, et Le Frisson de la mort (1984) modèle de nihilisme désespéré.

Le film est produit par le studio Kadokawa qui y applique sa politique transmédia habituelle. Il s’agit de l’adaptation d’un roman de Takaoka Yoshio, édité chez Kadokawa, et avec dans le rôle principal Yakushimaru Hiroko, fameuse Idol japonaise de l’époque également sous contrat dans la compagnie et dont on entendra plusieurs chansons durant le film. C’est vraiment un véhicule qui vise à amener progressivement la star vers des prestations plus matures, après son rôle de lycéenne dans le célèbre Sailor Suit and Machine Gun de Somai Shinji (1981).

L’histoire dessine une sorte de carré amoureux entre différents personnages se recroisant dans divers lieux du Japon par les jeux du hasard et de l’amour. Shibuki (Yakushimaru Hiroko) est une institutrice d’école maternelle qui va tomber amoureuse du père d’un de ses jeunes élèves, Omaezaki (Zaitsu Kazuo), un homme d’âge mûr. Ce dernier entretient une liaison adultère avec Kayoko (Momoi Kaori), une chanteuse de jazz qu’il est contraint de quitter à cause d’un déménagement. Kayoko va quant à elle attirer l’attention de Ken (Nomura Hironobu), jeune magicien en herbe qui aura fait la rencontre plus tôt de Shibuki avec laquelle il va nouer une relation d’amour vache.

Le ton est à la fois candide et mélancolique, nous offrant une traversée du Japon dans ses pans les plus urbains, provinciaux et carte postale avec l’essentiel du récit se déroulant à Okinawa. C’est d’ailleurs là que se ressent la patte du romancier Takaoka Yoshio, très attaché à la culture américaine, à la description de l’hédonisme juvénile à travers des cadres ensoleillés, des loisirs célébrant l’évasion en plein air comme la moto ou le surf. Une de ses adaptations donnera d’ailleurs un chef-d’œuvre de romantisme adolescent avec le magnifique His Motorbike, Her Island d’Obayashi Nobuhiko (1986). Main Theme ne s’élève pas à cette hauteur mais fait preuve d’un charme certain, capturant les charivaris sentimentaux entre club de jazz, jeux de plages et balades en voiture dans les superbes paysages d’Okinawa.

La mise en scène élégante de Morita transcende un ensemble assez convenu. Le spleen adolescent est bien là, porté par la candeur charmante de Yakushimaru Hiroko. Morita alterne entre moments alertes ludiques (notamment toutes les démonstrations de magie de Ken) et une émotion plus suspendue reposant sur l’atmosphère – très belle photo de Maeda Yonezo. Les personnages déambulent dans les grands espaces, espèrent au sein de lieux clos du quotidien, et subissent leur déception dans des environnements constituant un entre-deux correspondant à leur situation bancale.

La magie opère lors de deux séquences finales, d’abord quand Ken et Shibuki réconciliés sont piégés dans un embouteillage et observent les festivités du matsuri avant d’échanger leur premier baiser. Puis lors de la scène finale où ils se rendent à l’hôtel pour « consommer » et assumer par cet acte leur passage à l’âge adulte. L’arrivée et la traversée de l’hôtel sont filmés comme un immense clip romantique porté par une chanson de Yakushimaru Hiroko dont les paroles font échos à la situation. Les quelques éléments d’un récit potentiellement plus sombre ((la relation adultère des adultes dont l’impasse préfigure Lost Paradise (1996)) sont mis de côté pour assumer un propos aussi charmant que naïf.
Justin Kwedi.
Main Theme de Morita Yoshimitsu. Japon. 1984. En salles le 19/08/2026.




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