Dans son exploration du cinéma asiatique, le NIFFF proposait cette année de découvrir Fish, Fists and Ambergris, premier long métrage de Duong Minh Chien, gros succès du cinéma vietnamien en 2025. Amusante comédie d’action, le film se présente comme un fier descendant de la tradition de la kung fu comedy hongkongaise.
Le film s’ouvre sur une scène mythologique, semblant pasticher le cinéma indien, et se révélant bientôt être le mélange d’un récit et de jeux d’enfant, visant à justifier l’importance du McGuffin du film, une statuette de baleine en ambre gris (sécrétion produite par les grands cétacés), représentant la divinité d’un village de pêcheurs. Assez vite, un personnage de frère prodigue ayant soi-disant réussi à la ville revient au village après une longue absence, et, bien sûr, la statuette va disparaître, entraînant le départ d’improbables héros, le naïf mais hyper compétent gardien du temple, frère du voleur potentiel, et le fils du chef du village, dans le rôle du comparse un peu comique, pour la récupérer. Évidemment, comme le veut le genre, ils vont se retrouver mêlés à des situations qui les dépassent, le frère étant pris dans des affaires de dettes avec des personnages peu fréquentables. À ce trio classique, héros trop sérieux, sidekick un peu ridicule et mauvais garçon, vient bientôt s’adjoindre le personnage toujours utile de « la fille », spécialiste des courses poursuites en moto (l’actrice réussit à se débarrasser de cette étiquette réductrice par son implication tant dans la comédie que dans l’action, qui permet de faire oublier cette caractéristique purement fonctionnelle). Dans l’ensemble, le métrage assume pleinement une formule très années 90, avec une simplicité désarmante (ce qui entraîne quelques gags un peu datés, heureusement peu nombreux).

La qualité du film est de toujours savoir jouer de son environnement pour profiter pleinement des possibilités d’interaction entre les personnages et le décor, les moments d’avancée du scénario étant avant tout prétexte à des scénettes comiques ou à la mise en place de la prochaine scène d’action. Que ce soit sur la plage, dans un marché à poisson, dans une zone industrielle, chaque accessoire, chaque déformation du terrain peut être utilisée pour rajouter une péripétie, un mouvement acrobatique qui permet de provoquer une réaction en chaîne ou d’amener un élément de caractérisation. On peut d’ailleurs remarquer que les gags ne sont pas si fréquents pour une production de ce genre, avec quelques moments attendus (coup de foudre, répétition de mouvement interrompus avec accompagnement musical cartoonesque), mais pas de généralisation des effets. L’humour provient d’avantage des chorégraphies et des implications des interactions entre les différentes actions ayant lieu au même moment, ou l’absurdité de la réussite de certaines stratégies. Le premier grand méchant est assez vite réduit à l’état de souffre-douleur pour accentuer cette dimension comique et laisser la place à la révélation du véritable antagoniste. L’intrigue est simple, presque trop fluide, pour servir de prétexte au grand tour de manège des très divertissantes scènes d’action.

Même si le film esquisse un vague discours sur le rapport entre la campagne et la grande ville, l’ostracisation des ratés et la course au mensonge, son véritable propos est le grand divertissement familial avec le grand final où tout le monde se joint à l’action, dans un élan de solidarité contre lequel la cupidité ne peut rien. Comme un film chinois de nouvel an, il s’achève sur un festival : à la fin du récit, la société est réconciliée, le fautes sont oubliées, même les méchants sont épargnés et on peut lancer la musique en portant des costumes traditionnels. Il ne manque qu’un mariage, mais c’est parce que notre héros est un peu niais… On peut comprendre le succès du film, il ne réinvente rien, mais il accomplit avec talent une recette vérifiée, en faisant preuve d’une vraie générosité et d’un sens incontestable du spectacle. Puisqu’il s’agit d’un premier long, on ne peut être que très curieux sur la façon dont le réalisateur va capitaliser sur ce succès.
Florent Dichy.
Fish, Fists and Ambergris de Dương Minh Chiến. Vietnam. 2025. Projeté dans au NIFFF 2026.




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