NIFFF 2026 – Phi Phong: The Blood Demon de Do Quoc Trung : The Medium

Posté le 20 juillet 2026 par

Le jeune cinéaste vietnamien Do Quoc Trung offre avec Phi Phong: The Blood Demon une incursion fascinante dans l’horreur locale. Entre les codes du genre et la particularité rare du folklore vietnamien advient une œuvre juste et maîtrisée.

Phi Phong a l’intelligence de configurer le regard du spectateur par un dispositif simple qu’il va complexifier. D’abord, un jeu sur la verticalité de la transmission et de la hantise comme un héritage : dès la première apparition dans le bureau, la caméra nous montre l’entité au-dessus comme l’œuf qui permet de savoir en dessous. Les adelphes sont unis par leur relation au monde spectrale dans une dualité complémentaire. Le jeu avec la dualité, le double (le monde des esprits est en noir et blanc) se voit densifié. La sœur doit utiliser un œil pour voir les spectres ; ils sont deux pour combattre la vue (sœur) et la voix/ l’action (frère). Do Quoc Trung se base sur ce système simple d’une grammaire fantastique voire gothique pour emmener le spectateur dans les méandres des tourments qu’il dévoile.

L’œuvre explore l’horreur vietnamienne par son côté traditionnel et cérémoniel : en retournant au cœur du territoire pour sauveur leur mère, nos deux protagonistes retournent aussi à la source des croyances et d’un rapport plus trouble à la réalité de leur aptitude chamanique qui n’étaient pour eux qu’un business en ville. Bien sûr, le déplacement dans l’espace est aussi un déplacement dans la psyché au point d’aller dans les profondeurs d’une grotte sacré à l’aune de l’heure du film. Ce voyage dans les interstices et les abîmes de la conscience est incarné par les péripéties qu’ils rencontrent comme des effets de forces obscures autant que de la fatalité. Comme dans les œuvres gothiques occidentales ou dans la J-Horror, il ne s’agit pas de résoudre un mystère qui donnerait l’argument final à l’existence d’un monde au-delà de nos perceptions, mais de montrer que ce monde existe déjà avant même l’intervention du fantastique. C’est dans le cas de ces sociétés traditionnelles les tabous, les non-dits, les filiations, les rôles assignés qui agissent comme des forces souterraines sur les individus et leur rapport au monde. En retournant dans l’espace originel symbolique de la société vietnamienne qui serait ce village perdu dans la foret, c’est surtout une exploration de la psyché collective dont il est question. Et le cinéaste donne une forme pertinente à ce geste par son appropriation de cet espace dans son cadre qui contient le visible et l’invisible à tout moment.

Cet espace permet au cinéaste de développer une descente dans la folie de cette communauté digne des œuvres du genre de la dernière décennie (Midsommar, The Witch…) avec une esthétique de la lisière et de la contamination. Le travail sur la lumière est juste sur ce point, avec de forts contrastes et des couleurs assumées dans le même plan ; parfois, le jaune des lampes et des bougies avec le bleu de la nuit. Les deux mondes existent au cœur même de la matière de l’image ; la brume, les surimpressions, le traitement du jour et de la nuit, le miroir, une attention particulière aux matières et la lumière.

Il y a une maîtrise des éléments qui rendent Phi Phong fascinant dans son voyage vers la folie dont on comprend que c’est en réalité un exorcisme collectif. L’héritage du « Blood demon » est littéral quand celui-ci concerne justement la transmission familiale, le sang. La conjuration d’un deuil semble remettre l’œuvre dans une trame plus classique, mais cette introspection ésotérique dans les démons d’un Vietnam pris par ses fantômes est une réponse convaincante à la vague occidentale menée par Robert Eggers ou Ari Aster. On est plus proche des considérations de Bramayugam de Rahul Sadasivan où le fantastique est le moyen symbolique d’exprimer les maux irrésolus de l’Histoire. Ainsi, dans le sang pas si innocent se cache les démons réactionnaires d’une nation dont le double négatif hante la modernité du village à la ville en suivant les traces rougeâtres du deuil d’une révolution.

Kephren Montoute.

Phi Phong: The Blood Demon de Do Quoc Trung. Vietnam. 2026. Projeté au NIFFF 2026.