Parmi la flopée de films hongkongais parus récemment chez Le Chat qui fume, The Cat est un joyeux bac-à-sable dans lequel l’enquêteur-aventurier Wisely (ou Wei Si-lei en cantonais) a affaire avec des extraterrestres dont l’un a pris les traits d’un chat. Un bonbon des années 1990 signé Lam Nai-choi.

Quand son ami Li Tung lui conte sa mésaventure avec ses ex-voisins, un vieil homme, accompagné d’une jeune femme et d’un chat noir dans l’appartement desquels il a retrouvé des boyaux sanglants de chat, Wei Si-lei, écrivain, est quelque peu intrigué. Mais quand il retrouve des poils de chat au musée historique de Hong Kong où deux gardiens ont trouvé la mort lors du vol d’un étrange artefact, Wei fait le lien et plonge dans cette affaire nébuleuse sans imaginer quelle aventure extraordinaire en découlera.
Wisely est le personnage principal d’une saga fleuve de romans hongkongais écrite par Ni Kuang, connu chez les cinéphiles pour être l’un des scénaristes principaux de la Shaw Brothers au moment de l’âge d’or de la firme. Lam Nai-choi signa déjà la première aventure cinématographique de cette figure littéraire, avec La 7è Malédiction. C’était alors Yuen Biao qui prêta ses traits à Wisely ; mais ici, ce sera Waise Lee (dont le patronyme anglais sonne curieusement à l’identique du nom du personnage de fiction), qui a crevé l’écran quelques années plus tôt en antagoniste chez John Woo, dans Le Syndicat du crime et Une Balle dans la tête.
Si l’on prend le pitch de The Cat, on peut craindre la bisserie ratée, tant il y a matière à échouer sur les effets spéciaux ou le ton, entre aventure et horreur, dans lequel doivent se glisser un peu d’humour et un brin de fantaisie romantique. D’ailleurs, le grand réalisateur de la nouvelle vague hongkongaise Alex Cheung (Cops and Robbers, Man on the Brink) a d’abord été désigné pour réaliser le film mais on lui a fait lâcher l’éponge, face à une scène de combat entre le chat et un chien, qu’il ne parvenait pas à mettre en scène. Le risque était donc bien là d’obtenir des scènes étranges, à la lisière du ridicule et la qualité des effets spéciaux et du montage devaient être exemplaires pour que la sauce prenne.

Et fort heureusement, Lam Nai-choi est parfaitement à l’aise avec cette atmosphère fantastique et un peu horrifique, si bien que The Cat se suit avec beaucoup de plaisir et d’amusement. Si le scénario fait son office et guère plus, c’est bien la la mise en scène qui s’avère réussie, qui nous emmène de péripéties en péripéties avec fluidité et on se plaît à voir ces personnages fantasques, et donc notamment ce chat bien filmé et bien utilisé, faire des casses, du kung-fu, et surtout, affronter dans un climax mémorable un extraterrestre blob géant, qu’une équipe japonaise a modelé (et parmi eux, ni plus ni moins qu’Higuchi Shinji). On peut même parler d’exploit de mettre en scène un chat (ou plusieurs, même si cela ne saute pas aux yeux) de cette manière sans recourir à une marionnette ou un animatronique. The Cat est l’exemple même de l’industrie hongkongaise qui capitalise sur son expérience du montage ciselé, qui sait filmer des plans courts et les assembler pour obtenir quelque chose de solide, si bien qu’un véritable chat a pu être capturé en images sous toutes les coutures pour obtenir ce résultat. Dans d’autres films hongkongais ou même ailleurs, y compris dans le réputé cinéma de genre italien, les « trucs » peuvent se voir d’ordinaire plus.
Le personnage de la princesse extraterrestre est naïf et sensible, si bien qu’il nous demande de nous abandonner à un certain premier degré parfois, malgré l’univers loufoque du film. Il y a quelque chose d’Obayashi Nobuhiko dans ce portrait et cette narration (la dimension engagée en moins tout de même) ; l’amour sincère des faiseurs du film pour la partition composée, pour les personnages et les effets spéciaux rendent The Cat charmant à tous de vue, tel un joli conte pop.
Édition Blu-ray
Présentation d’Arnaud Lanuque (13 minutes). Arnaud Lanuque nous apporte une fois de plus son expertise précise sur l’industrie du cinéma hongkongais en détaillant point par point les clés des coulisses d’une telle production : le roman de Ni Kuang, les précédentes adaptations, la réception de l’époque…
Interviews du scénariste Gordon Chan, de l’assistant réalisateur Sam Leong, de l’actrice Gloria Yip, et du producteur Chua Lam (20 minutes). À tour de rôle, les intervenants décrivent le tournage, et en insistant notamment sur ce qui reste, malheureusement, l’échec d’Alex Cheung à prendre en main ce tournage.
La version japonaise du film, réalisée par Hani Mio (1h36). Présenté en format SD, Neuf vies est la version alternative et japonaise de The Cat, dans laquelle la plupart des membres du casting, exceptée Gloria Yip, ont été remplacés par des acteurs japonais. Tourné à Hong Kong en même temps que The Cat par une équipe japonaise, il s’agit d’une belle curiosité et il appréciable d’y avoir accès dans le cadre de cette édition.
Maxime Bauer.
The Cat de Lam Nai-choi. Hong Kong. 1992. Disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume en mars 2026.




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