VIDEO – Métro Romance de Taylor Wong

Posté le 11 mai 2026 par

Dans le cadre de son focus sur les débuts de la carrière de Leslie Cheung, Carlotta Fims a choisi d’éditer la comédie romantique de 1984 Métro Romance, aussi connu sous le nom de Behind the Yellow Line, de Taylor Wong.

Dans cette sympathique comédie, un triangle amoureux se dessine à mesure qu’un jeune homme croise et recroise par hasard deux jeunes femmes rencontrées dans le métro, Monica la jolie employée prise dans une relation toxique jouée par Maggie Cheung et la riche et extravagante Anita jouée par Anita Mui. Capsule temporelle d’un moment en suspend après de grands travaux de rénovations et avant la rétrocession, le film se présente comme une sucrerie un peu nostalgique sur un âge d’or rêvé de Hong Kong.

Ce qui frappe tout de suite par rapport à beaucoup de représentations de Hong Kong, c’est à quel point tout est lisse : les gens sont beaux, les rues propres, les trains à l’heure… Il faut rappeler que le film est réalisé alors que la  déclaration conjointe sino-britannique annonçant l’avenir de la colonie est en train d’être mise au point. Le film propose une version idéalisé d’un monde qui ne sera déjà plus tout à fait le même un mois après sa sortie. C’est une production Shaw Brothers tardive, résolument tournée vers l’air du temps, avec des actrices très jeunes (c’est le deuxième film de Maggie Cheung alors âgée de 19 ans, et le quatrième d’Anita Mui qui n’a guère qu’un an de plus) et un Leslie Cheung encore davantage espoir de la chanson que la star qu’il allait bientôt devenir. Le film en joue d’ailleurs ostensiblement : pendant la post-synchronisation du film, la chanson « Monica » de Leslie Cheung a été un grand succès, le prénom de la jeune première a donc été changé en Monica pour profiter de la synergie. Le film comporte d’ailleurs quatre chansons, dont un duo entre Anita Mui et Leslie Cheung pour le thème principal (les autres étant partagées entre Leslie Cheung et Candice Tai), avec des moments de montages musicaux très années 80. Esthétiquement, le film est à l’avenant, néons, coiffures et tenues d’époques, on est parfois presque dans une version sitcom  de la première partie de Nomad, sorti deux ans auparavant.

Dans l’ensemble, le scénario ne se prend pas exagérément au sérieux et assume son caractère artificiel (le titre original est 緣份, Le Destin) : Paul, le protagoniste est maladroit et découvre seulement l’amour (ce qui sert à l’excuser dans ses moments stalker ou de profond manque de sensibilité ; il faut dire qu’être interprété par Leslie Cheung fait passer beaucoup de choses qui n’étaient pas incroyablement écrites, tant il sait jouer de son apparente fragilité), Monica ne sait pas reconnaître l’amour à cause des discours doubles de ses prétendants et Anita est une libido sur patte, mue exclusivement par son désir de faire ce dont elle a envie, et armée de fonds illimités. On remarque d’ailleurs que ce personnage d’Anita est le plus singulier du film, apparaissant et disparaissant au cours du récit comme un esprit farceur, dans des costumes variés et parfois étranges, se présentant en rivale mais finalement toujours une adjuvante, avec quelques unes des scènes les plus improbables. L’humour du film repose essentiellement sur les transgressions de ce personnage, sur la malchance et la maladresse de Paul et le comique de situation (le travail de Monica entraîne quelques problèmes de communication bien amenés), mais aussi, pour quelques scènes, sur un étrange gorille. Les autres personnages existent pour raconter l’histoire du trio, que ce soient les parents ou les proches, la seule figure se distinguant vraiment étant l’ancien patron et amant de Monica, menteur et manipulateur, qui offre même l’une des vraies scènes de tension du film en entrainant le récit vers une noirceur inattendue.

Modeste dans ses prétentions, le film a tout de même été récompensé pour son efficacité, avec un succès en salles et un prix du meilleur second rôle féminin pour Anita Mui aux quatrièmes Hong Kong Film Awards. Et il faut reconnaître que le métro de Hong Kong, tout rutilant après sa récente électrification, se révèle un terrain de jeu propice à la mise en scène du cache-cache et des hasards croisés qui servent d’encadrement au film. Et, vu de notre époque, le métrage a pris un cachet spécifique, présentant un Hong Kong qui n’est plus peuplé par trois stars dont deux nous ont quittés définitivement il y a une vingtaine d’année, et dont la troisième a pris sa retraite des écrans. C’est une sorte de bonbon, inoffensif mais assez charmant.

Édition Vidéo:

La copie est propre, nette et colorée, dans la bonne moyenne pour un film de cette époque et en adéquation avec la photographie pop et colorée du film. La bande-son est claire et met en valeur les chansons.

Côté bonus, on retrouve une bande annonce et un vidéo de 7 minutes où le critique Clarence Tsui, toujours très enthousiaste à propos de ce film, met en avant son intérêt comme document historique d’un moment de tournant pour Hong Kong et comme objet nostalgique pour rêver une période de beauté et de calme pour la ville.

Florent Dichy?

Métro Romance de Taylor Wong. Hong Kong. 1984. Disponible en Blu-ray chez Carlotta Films.