VIDEO – Lady Battle Cop d’Okamoto Akihisa

Posté le 16 mars 2026 par

Grâce à l’éditeur Roboto Films qui continue son exploration du V-Cinema nippon,  il est maintenant possible de découvrir l’atypique Lady Battle Cop, série B explosive et ultra-référentielle, dans une magnifique édition qui permet de rehausser à sa juste valeur un long-métrage qui vaut largement mieux que sa réputation de photocopie opportuniste du Robocop de Paul Verhoeven.

En 1987, le réalisateur hollandais Paul Verhoeven réalise ce qui deviendra un classique du film d’action, Robocop. Un long-métrage nihiliste, ultra-violent et qui marquera durablement les esprits avec son héros mi-homme mi-machine, faisant régner l’ordre et la justice dans un Detroit en plein déliquescence. Mais à l’instar de tous les mythes et personnages cultes qu’a pu offrir Hollywood, Robocop a connu une pléthore de succédanés et plagiats, pour rester dans des termes policés, qui tentent de surfer sur le succès du film original, avec peu de respect pour les droits d’auteur et encore moins  pour le cinéma. Et c’est en 1990 que la Toei, via son circuit V-Cinema, produit Lady Battle Cop, réalisé par Okamoto Akihisa, dont les premiers visuels et le pitch laissent entrevoir une relecture à peine déguisée du film de Verhoeven. Pourtant, à défaut d’être un sommet du film d’action libre de toute influence de Robocop, Lady Battle Cop mérite largement que l’on s’y attarde.

Dans un Neo-Tokyo futuriste en proie au Crime et à la Corruption, un groupuscule connu sous le nom de team phantom sévit violemment, mettant la Police sur les nerfs. Kaoru, une jeune joueuse de tennis talentueuse accompagne son ami dans le laboratoire où il travaille. Malheureusement, Team Phantom débarque, tue le compagnon de Kaoru, agresse violemment celle-ci et la laisse pour morte. Elle est récupérée par un scientifique qui va la transformer en Lady Battle cop, mélange surpuissant et cybernétique, avec le corps et le cerveau de Kaoru dans une armure métallique. Elle n’aura alors qu’un seul objectif, se venger. 

A la lecture du résumé, on ne peut qu’assez naturellement penser à Robocop qui, à défaut de mettre en scène un joueur de tennis, avait lui aussi pour héros un homme laissé pour mort et qui renaissait dans un corps cybernétique pour s’en aller faire régner la justice, et dont l’esprit on ne peut plus humain était traversé de souvenirs de son existence humaine. Qui plus est, après visionnage du film et vu le character-design de son héroïne en armure, on constate des similitudes assez évidentes entre Kaoru et le flic de Detroit, sans parler de scènes qui font écho à des séquences du film de Verhoeven (le journal télévisé inaugural). Pourtant, lorsque l’on se penche un peu plus sur l’histoire du cyborg dans la culture populaire japonaise, on découvre que Lady Battle Cop n’en est que le prolongement et la modernisation au mitan des années 90.

En effet, le Japon, ou du moins son patrimoine culturel cinématographique et télévisuel, n’a pas attendu qu’Hollywood dégaine son Robocop en 1987 pour mettre en scène des héros mi-homme mi-machine. Déjà en 1963, l’auteur Hirai Kazumasa mettait en scène un super-héros cyborg nommé 8 Man, qui à l’époque racontait les aventures d’un policier laissé pour mort et qui va bénéficier d’une remise en service avec un corps cybernétique, et qui se venge. On pourra donc tergiverser sans fin sur qui aura inspiré qui tant ce pitch préfigure le Alex Murphy de Verhoeven

Si Lady Battle Cop paye son tribut à Robocop, il est important de souligner que la plupart des influences du film sont à chercher dans la quantité astronomique de productions japonaises ayant pour sujet le cyborg, ou l’humain amélioré de manière cybernétique. Dans le désordre, on pourra citer Spielvan, série diffusée en 1986, ou même X-Or, alias le shériff de l’espace dans sa version française. Lady Battle Cop va puiser ses inspirations dans tous les mediums culturels nippons, avec par exemple les créations cyber-feminines de l’illustrateur Sorayama Hajime, sans oublier l’incontournable culture manga avec le cultissime Bubblegum Crisis, anime dont le film s’inspirera beaucoup pour le design de son héroïne et ses talons mortels. Le film porte indéniablement dans son ADN l’héritage du  tokusatsu, un genre faire éclore des icônes telles que Kamen Rider ou Ultraman, et ne fait finalement que l’adapter au goût du jour dans une série B qui n’a aucune autre ambition que le divertissement pur et dur.

En tant que série B d’exploitation, Lady Battle Cop reste un film généreux et sans temps mort, et qui s’éloigne assez rapidement de son écrin Robocop-like nippon pour prendre sa propre direction avec des enjeux plus personnels mais non moins radicaux. Kaoru ne vient pas faire appliquer la justice, mais part à la recherche de ses tortionnaires pour littéralement se faire justice, choix scénaristique qui fait basculer le film dans une sorte de mélange Tokusatsu/revenge movie cyber punk. La mise en scène d‘Okamoto Akihisa s’adapte à un budget que l’on imagine assez limité, filmant souvent ses combats en entrepôt ou dans des usines désaffectées, combats assez peu spectaculaires dû au budget, certainement, et au fait que les capacités sportives de son héroïne sont rarement exploitées à leur juste valeur, pourtant présentée comme une sportive accomplie, et que celle-ci se débarrasse souvent de ses adversaires de la manière la plus expéditive possible, entre usages immodérés de la grenade et du fusil d’assaut. Le climax se montre un peu plus créatif avec Kaoru qui affronte ce qui s’apparente à un boss final tout droit sorti d’Akira, avec ses pouvoirs psychiques, ultime hommage à la pop culture japonaise.

En conclusion, Lady Battle Cop arrive à se détacher de ses oripeaux peu glorieux et trompeurs de sous-Robocop opportuniste, et même s’il emprunte quelques concepts visuels et scénaristiques au classique de Verhoeven, il parvient à proposer un film dynamique et sincère dans ses ambitions, le divertissement et l’action, et qui finit par s’ancrer de façon moderne et originale dans l’héritage du cyber universe de la culture populaire japonaise.

BONUS

Entretien avec Fabien Mauro : dans ce passionnant module vidéo, l’essayiste Fabien Mauro revient sur les origines du projet Lady Battle Cop, et à travers de nombreuses anecdotes et références culturelles et historiques, nous raconte la relation complexe et traversée d’influences mutuelles entre le cinéma américain et la culture japonaise. Un passionnant éclairage sur le film, à regarder de préférence après celui-ci.

« La cyborg » par Camille Frouin : dans cet entretien, Camille Frouin revient longuement sur l’image du cyborg dans le cinéma international, entre influences, engagements socio-culturels et politiques, et figures incontournables dans la culture populaire. Un module parfaitement complémentaire de l’entretien de Fabien Mauro et qui achève de rehausser davantage le film Lady Battle Cop.

Romain Leclercq.

Lady Battle Cop d’Okamoto Akihisa. Japon. 1990. Disponible en coffret Blu-ray chez Roboto Films en décembre 2025.