Dans le coffret Zatoïchi – les années Daiei paru chez Roboto Films, on peut retrouver les quatre premières pérégrinations du masseur sabreur aveugle Zatoïchi dans le Japon d’Edo. Revenons sur le quatrième épisode, titré Le Fugitif, sorti au Japon en 1963.

À son arrivée dans la ville de Shimonita, Ichi apprend qu’un chef yakuza local a mis sa tête à prix. Pris au piège, il découvre qu’un ancien amour a été assassiné. Dévoré par la colère, il part affronter les meurtriers : un rōnin mercenaire et son clan.
Avec ce quatrième voyage, la formule de Zatoïchi s’installe et à l’intérieur d’elle, il est possible d’observer ses composantes et ses variantes. Ici donc, le point de départ de l’aspect dramaturgique réside dans la mise à prix d
e la tête de Zatoïchi, ce qui va faire venir à lui les yakuzas et autres pauvres hères en quêtes de ryos pour se débarrasser d’un quotidien ennuyeux et dangereux. Nous l’avons vu dans les précédents opus, Zatoïchi est un homme de caractère droit dans ses sandales ; il s’attire ainsi le courroux de bandits sans foi ni loi, ce qui l’a amené à tuer pour se défendre. Comme un effet boule de neige, ces mêmes délinquants, comme une armée coalisée, mettent sa tête à prix. Il existe ainsi une nouvelle façon pour les épéistes de s’en prendre à un masseur aveugle qui ne les menace pas. La narration est un peu cahoteuse et fait intervenir divers groupes de personnages, dont l’un avec Otane, déjà aperçue dans Le Masseur aveugle et Le Secret, ainsi que d’autres gangs de yakuzas, avec l’antagoniste principal du film, le rônin terrible Yagibi, campé par Abe Toru, un acteur trans-studios spécialisé dans les rôles de bad guys. Ce méchant de film a en effet une certaine allure et la menace qu’il représente est palpable. Mais il semble beaucoup plus stéréotypé que les précédents adversaires de Zatoïchi. Dans l’ensemble, l’aventure de quatrième épisode se suit sans déplaisir mais avec un certain automatisme.

Il lui restera tout de même sa magnifique séquence finale, la scène d’adieu de Zatoïchi aux quelques personnes moins antipathiques qu’il a rencontrées en ce lieu. Ce groupe de personnages d’origines disparates, se tenant là, au milieu d’un chemin en marge de la ville, parsemée de verdure et sous un ciel bleu, est très évocateur pour les amateurs de fiction japonaise : nous sommes dans une occurrence précoce de scène d’adieu avant le prochain départ à l’aventure, des scènes que l’on a croisé moult fois, par exemple dans les animés Pokémon et Samurai Champloo. Sans y paraître, cette scène fait partie d’un certain inconscient de spectateur qu’il est plaisant de retrouver, et d’autant plus avec le départ de Zatoïchi, qui, croisant une procession au moment de partir devant ses amis, se met à opérer une petite danse. Cette danse est émouvante, elle fait suite aux terribles heurts qu’il a subis dans cet épisode et ressemble à la fois à une façon de paraître fort devant ses amis qui ont eux aussi été blessés, tout comme se convaincre qu’il est lui-même capable d’aller de l’avant. Peu à peu, Zatoïchi passe d’antihéros à héros ; son allure bourrue, sa voix caverneuse et ses coups de lame fatals (de légitime défense), laissent de plus en plus place à une personnalité chaleureuse et rassurante pour les voyageurs ou les locaux qu’il rencontre…

Bonus
Présentation de Clément Rauger (12 minutes). De même que pour les précédents bonus, Clément Rauger, journaliste aux Cahiers du cinéma et spécialiste du cinéma japonais, apporte toutes les informations nécessaires pour cet épisode, du contexte vis-à-vis du précédent aux différents acteurs de la production. Il souligne que Le Fugitif fut un carton colossal dans les salles japonaises en 1963, et l’épisode qui a fait le plus d’entrée de toute la saga.
Maxime Bauer.
La Légende de Zatoïchi : Le Fugitif de Tanaka Tokuzo. Japon. 1963. Disponible dans le coffret Zatoichi – les années Daiei paru chez Roboto Films en décembre 2025.




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