Dans le coffret Zatoïchi – les années Daiei paru chez Roboto Films, on peut retrouver les quatre premières pérégrinations du masseur sabreur aveugle Zatoïchi dans le Japon d’Edo. Penchons-nous sur le troisième opus, intitulé Un nouveau voyage, sorti au Japon en 1963.
Zatoïchi tente de se retirer dans son village natal, mais la violence le rattrape lorsqu’il se retrouve mêlé à un conflit entre un clan de yakuzas et des villageois opprimés.
Un nouveau voyage est une occurrence précieuse pour la saga Zatoïchi, car pour la première fois avec cette intensité, Zatoïchi est questionné sur les règles du jeu. Zatoïchi est un infirme du Japon d’Edo, soit un membre d’une des plus basses classes sociales (zato) d’une société japonaise qu’on imagine conservatrice, surtout dans ce passé. Son salut, il le doit à son invincibilité au sabre qui lui permet de se défendre et d’éviter la mort (la dernière phrase du dernier film de 1989 est particulièrement éloquente sur ce sujet : « Je vous ai tué mais c’est de votre faute, c’est vous qui m’avez attaqué ; je n’ai fait que me défendre ») et même, de mettre à profit ce talent dans l’action pour protéger les faibles, parfois – un parfois quelque peu hasardeux dans les pitches mais qui devient en fait le rythme narratif des films et la caractérisation humaniste de la figure de Zatoïchi. Aussi, lorsqu’une la fille de son maître fait le vœu de l’épouser, parce qu’elle a décelé cette humanité chez lui, et que son maître, que le sabreur aveugle estime et à qui il doit tant, montre à ce moment sa face la plus sombre, Zatoïchi est confronté à l’expression la plus manifeste d’une société inégalitaire, avec des dominants qui laminent les démunis, physiquement et psychologiquement.
Dès la survenue de cette péripétie dans l’intrigue, ce troisième épisode se scrute avec attention pour saisir comment le personnage de Zatoïchi peut et va répondre à ce système, à ce jeu qui possède ses règles. En tant que spectateurs, nous avons déjà assistés dans Le Masseur aveugle et Le Secret à la fois à ses qualités humaines, lui qui ne fait que défendre les pauvres et les femmes et respecter les sabreurs aux valeurs morales supérieures, ainsi qu’à sa surpuissance au combat. Le résultat, pour quiconque est habitué aux fictions japonaises, n’est pas surprenant : la vie en société est infâme, car l’une des expressions de la violence des dominants est leur capacité à faire assimiler ces règles profondément dans la psyché de protagonistes qui ont pourtant tous les attributs pour s’en affranchir. C’est en tout cas une analyse possible de ce Zatoïchi, même si l’on peut imaginer une grille de lecture plus simple, comme une « simple » vexation que Zatoïchi prend sur lui, tant la violence des mots de son maître l’atteint.

Bonus
Présentation du film par Clément Rauger (8 minutes). Clément Rauger choisit la meilleure formule pour ces présentations, en, finalement, racontant les coulisses de la construction des films de manière chronologique, film par film. Ici, il met l’accent sur Tanaka Tokuzo, qu’il qualifie de réalisateur majeur de la Daiei à cette époque.
Maxime Bauer.
La Légende de Zatoïchi : Un nouveau voyage de Tanaka Tokuzo. Japon. 1963. Disponible dans le coffret Zatoichi – les années Daiei paru chez Roboto Films en décembre 2025.




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