VIDEO – Le Bandit aveugle de Mori Kazuo

Posté le 17 février 2026 par

La saga en 26 films Zatoichi est un monument du cinéma de sabre japonais des années 1960 et 1970. Roboto Films ravive la flamme en permettant la ressortie de ces films avec Katsu Shintaro autrefois parus en DVD chez Wild Side. Mais surtout, le jeune éditeur a la riche idée de proposer, dans le premier coffret dédié, le film Le Bandit aveugle de Mori Kazuo, une production de 1960 totalement inédite chez nous et qui fait en quelque sorte office de prélude.

Suginoichi est aveugle de naissance. Déjà petit, il use de subterfuges autour de son handicap pour voler et tromper. Devenu adulte, il est élève masseur chez un grand maître. Il va user des pires bassesses pour prendre le pouvoir…

Ici, Suginoichi est également campé par Katsu Shintaro, dont c’est le premier rôle majeur au cinéma après quelques années d’errance dans des compositions de jeune premier qui ne lui convenaient pas. Acteur intense et décalé, Katsu trouve, dans ce rôle d’antihéros excessivement négatif, la possibilité de montrer toute l’étendue de son talent. Et il le fait à merveille, car Le Bandit aveugle est un film de personnage, où tout le scénario et le tissu dramatique tournent autour de la personnalité de son protagoniste principal.

Suginoichi viole et tue abondamment, si bien que le film parvient aisément à choquer et provoquer des remous dans la psyché du spectateur. Utiliser le handicap comme moyen pour amadouer ses adversaires (et ses proies), bien que le personnage plus lumineux de Zatoichi le fasse également, a quelque chose de terriblement sordide et dérangeant. Cela s’insère dans la lignée de certaines œuvres de fiction noires à la japonaise, dans lesquelles le pire imaginable est imaginé et donc mis en œuvre. Le Bandit aveugle est une œuvre sombre, qui dépeint un Japon ancien traversé de bassesses et de mauvais coups ; un endroit où pour survivre et s’élever lorsque l’on est tout en bas de l’échelle sociale, il faut renoncer à ses caractères humains sans sourciller. Le film dépasse même cette simple idée, lorsque les bandits qui font équipe avec Suginoichi, en viennent à être choqués par son comportement et émettent l’hypothèse de l’éliminer lors du prochain coup, car « la société se porterait mieux sans lui ».

À la différence de Zatoichi, Suginoichi n’est pas un homme d’action et ne se bat pas au sabre. Ainsi, il convient tout de même de distinguer Le Bandit aveugle de la saga du masseur aveugle et de toute une lignée de films d’action asiatiques de combattants infirmes (Le Sabreur manchot, The Crippled Avengers, etc.). Le Bandit aveugle est un film dramatique, qui use d’un scénario analysant la manipulation comme vecteur de son message désabusé sur l’humanité. Malgré cela, il est vrai que la manière de jouer de Katsu rappelle fortement son rôle à venir. Pour ces raisons, ainsi que la tension qui habite constamment le film, Le Bandit aveugle est une curiosité à voir, un autre film japonais des années 1960 de grande qualité de l’époque des studios.

BONUS

Présentation du film par Clément Rauger (15 min). Comme à son habitude, le spécialiste du cinéma japonais, qui a clairement pu consulter des archives (interviews, etc.) en japonais, restitue avec précision le contexte du film, les débuts de carrière difficile de Katsu Shintaro et ce que le film a changé pour lui aux yeux du public.

Maxime Bauer.

Le Bandit aveugle de Mori Kazuo. Japon. 1960. Disponible dans le coffret Zatoichi – les années Daiei paru chez Roboto Films en décembre 2025.