VIDEO – Super Gun Lady de Sone Chusei

Posté le 7 janvier 2026 par

Le Chat qui fume exhume régulièrement des films rares et inédits japonais pour une sortie haute définition en Blu-ray. C’est ainsi que nous pouvons voir Super Gun Lady, un polar signé Sone Chusei qui flirte entre la comédie, l’érotisme et la violence d’exploitation.

Mika Hino est une détective d’élite au tir précis, membre de la redoutée « Gator Branch », une unité spéciale de la police de Shinjuku. Chargée de surveiller un cadre supérieur d’une grande entreprise de négoce impliqué dans une affaire de corruption, elle découvre son corps sans vie au pied de son immeuble de bureaux. Bien que la police conclut à un suicide, Mika soupçonne un meurtre et décide de mener sa propre enquête avec l’aide de sa partenaire Rin Kakura.

Produit par la Nikkatsu, Super Gun Lady fait partie de ces films des années 1970 proposant diverses sensations fortes dans la plus pure tradition du cinéma d’exploitation de la période, qu’il relève du pinku ou du film d’action. Le film de Sone Chusei pèche quelque peu pendant une bonne heure de métrage, soit l’enquête menée par les deux héroïnes. Le récit peine à réellement faire ressentir de la tension et sa progression paraît rocailleuse. Il a au moins le mérite de mettre en valeur le caractère de ses deux héroïnes, bien trempé et original. Il s’agit d’un phénomène connu dans ce genre de productions, cherchant à insérer des pincées de quelques éléments précis pour pouvoir vendre le programme au public, quitte à sacrifier, parfois, la tenue générale du produit fini. Ainsi, les deux héroïnes voient leur corps mis en valeur pour attirer le spectateur masculin, en même temps que leur caractère marqué permet un humour ravageur, à la limite du vulgaire, qui lui aussi correspond au spectateur en quête de sensations fortes.

Tout cela se cristallise cependant pendant la dernière demi-heure, qui semble être la seule séquence que les producteurs voulaient fignoler. Il s’agit d’une séquence de braquage de banque par cinq criminels au profil plus qu’inquiétant et que nos deux policières préférées devront arrêter. Dans cette séquence, le sadisme est de mise avec l’exécution et l’agression de nombreux otages. Ce genre de scène nous rappelle ce qu’a été et peine à rester un certain cinéma japonais, qui ne s’octroyait parfois aucune limite, quitte à questionner notre rapport aux images violentes. Il est difficile alors de rester complètement de marbre face à Super Gun Lady, qui, en fin de compte, se situe dans la droite lignée des films déglingo de réalisateurs japonais menant jusqu’au Ichi the Killer de Miike Takashi en 2001, toutes proportions gardées. Dans tous les cas, la scène finale de braquage a quelque chose de réellement dérangeant, qui nous sort de la torpeur du reste du film, et qui nous rappelle ce qu’a été le cinéma japonais des années 1970, sous l’influence du manga et d’auteurs comme Koike Kazuo (qui inspira les films dérivés de ses mangas : Lady Snowblood, Baby Cart…). Super Gun Lady est lui-même adapté d’un manga Shinohara Toru, inédit chez nous, et qui donna lieu à d’autres adaptation dans les années 1990, aux affiches plus que suggestives.

BONUS

« Flics de choc« , le film par Clément Rauger (25min). Le spécialiste du cinéma japonaise explique en quoi Super Gun Lady est une adaptation de manga à part, à rebours des conventions pop de l’époque et privilégiant une certaine épuration ainsi que la longue durée des plans. Il insiste sur la course que se livrent la mise en scène et le scénario, de nombreuses fois modifié, de telle manière qu’il est difficile de prévoir la suite pendant le visionnage. Enfin, il évoque la fin de vie rocambolesque de Sone Chusei, disparu pendant 20 ans suite à un échec commercial.

« Du manga au cinéma » par Fausto Fasulo (33min). Le rédacteur en chef de la revue Atom, spécialiste du manga, associe une vulgarisation du milieu éditorial japonais, notamment dans les années 1960, avec la place de l’auteur Shinohara Toru, créateur du manga à l’origine de Super Gun Lady, dans cette industrie. À l’évocation de ce milieu et de période, il passe par le rôle de Sone Chusei et notamment de son goût pour les mangas de Shinohara et celui majeur d’Ishii Takashi. Fausto Fasulo profite de cette intervention pour analyser la porté cinématographique du médium et les liens et les écarts entre celui-ci et le médium cinématographique. Un bonus particulièrement instructif sur les liens entre mangas, gekigas (courant spécifique de la bande dessinée japonaise), influences du cinéma européen et cinéma d’exploitation japonais.

Un livret comportant des photos d’époque, aussi bien des shots du film dans une belle définition que des photos d’exploitation.

Maxime Bauer.

Super Gun Lady de Sone Chusei. Japon. 1979. Disponible en Blu-ray chez Le Chat qui fume en octobre 2025.