NETFLIX – Le Bon Apôtre de Gareth Evans : Bloodbath sur blé brûlé

Posté le 12 janvier 2019 par

Netflix nous présente le nouveau film de Gareth Evans, Le bon Apôtre, disponible depuis le 12 octobre 2018. Le réalisateur (et scénariste, producteur, monteur) obtient le financement de la plateforme dès le lancement du projet, et travaille de nouveau avec Aram Tertzakian (qu’on retrouve producteur de The Night Comes For Ss de Timo Tjahjanto, également sur Netflix). Evans nous éloigne des décors indonésiens de The Raid et The Raid 2 pour ceux de son pays d’origine, le Pays de Galles.

Le cinéaste met tout de suite les pieds dans le plat : les chefs d’une secte retiennent la sœur de Thomas Richardson sur Erisden, une île brumeuse au large du Pays de Galles, et espèrent soudoyer de l’argent à la riche famille. C’est une belle mission suicide qui s’annonce, d’autant que la communauté verse dans l’occultisme. Nous sommes prévenus : le personnage joué par Dan Stevens devra redoubler de malice. La promesse d’une enquête dangereuse est là et on a envie d’y croire.

Hélas, les ponctuations musicales didactiques agacent, et les apparitions grotesques d’une femme-fantôme, cheveux sales dans le vent, nous mettent vite en garde. Tout ce qu’on peut attendre d’une autarcie, qui se pompe le sang comme on trait une vache, est à l’écran : les enfants sont cruels, les Paul et Virginie de l’île souffriront de leur naïveté (on grince des dents devant le traitement grossier du personnage de Ffion, une jeune femme à l’esprit libre, brimée par son père, et qui passe d’un stéréotype féminin à une autre), l’autorité masculine va se prendre pour un boss de jeu vidéo.

Nous essayons tant bien que mal d’avoir de l’empathie pour le héros mais en apprenons que trop peu et trop tard sur son passé. On nous présente un individu rendu plus fort par son rejet de la religion, par une rencontre avec le Diable, et surtout par une sincère affection pour Jennifer, sa sœur. Ah bon. Les combats intérieurs des personnages demeurent fébriles (’boira la fiole ? ’la boira pas ?) et on nous nargue avec des potentialités de développements qui n’arrivent jamais.

Quant à la quête à proprement parler, elle propose des pistes puis change de direction. Thomas obtient l’avantage dans sa relation avec le Prophète, mais n’en tire pas profit. Quelques habitants se méfient à son sujet, mais il n’en pâtira pas. Même la complicité d’un acolyte s’avèrera inutile puisque notre héros préfère laisser traîner un post-it qui crie « Je suis en mission dans votre village » dans sa chambre. Quoiqu’il en soit, le frangin n’a pas grand-chose à faire pour garder sa mission secrète : il sait où aller dès sa première expédition nocturne ; sa sœur, dont on se demandait si elle était vivante, lui est apportée sur un plateau ; des interventions du Saint-Esprit scénaristique lui permettent d’échapper aux menaces du chef.

Nous cherchons alors à combler les trous narratifs. Que pensent les villageois, quasiment absents au son et à l’image quand les deux pontes se disputent la place de chef ? Que peut-on apprendre du naufrage du navire l’Exodus, de l’histoire du Prophète subjuguée par la voix d’une déesse ? Quels enjeux plus profonds pour un père qui refuse de voir grandir sa fille ? Comment tirer le fil de ce que représente la créature pour le héros qui a rejeté sa foi ?

Il faudra donc se contenter de la description d’un univers et d’une ambiance. Nous apprécions l’introduction d’une trame fantastique, qui bascule assez rapidement dans le merveilleux todorovien, c’est-à-dire la confirmation que si la végétation pousse de manière tout à fait étrange sur Erisden, c’est bien le fait d’une entité surnaturelle. L’idée simple d’un cycle, qui consiste à se sacrifier à la terre pour être nourri à son tour, fonctionne ; les fruits empoisonnés que la divinité, maltraitée, fournit, nous intriguent également. Nous l’avons compris, l’allégorie de la Nature n’est pas le sujet principal du film mais bien le prétexte à dépeindre la lutte de l’homme avec sa propre monstruosité. On y retrouve le goût d’Evans pour l’emphase et les gerbes de sang, sans la minutie chorégraphique, la gestion de l’espace ou la maîtrise rythmique de The Raid et The Raid 2.

Les graines semées, pourtant nombreuses, n’écloront pas. Quelque chose, sans doute, nous échappe.

Louise W. R.

Le bon Apôtre (Apostle) de Gareth Evans. G.-B. / USA. 2018. Disponible sur Netflix depuis le 12/10/2018.

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