VIDEO – La Caméra de Claire de Hong Sang-soo

Posté le 8 septembre 2018 par

Avec La Caméra de Claire, Hong Sang-soo s’était lancé un petit défi : tourner un film en quelques jours lors du Festival de Cannes 2016, caché de tous. L’année d’après, son film était projeté au festival, en Séance Spéciale. La boucle était bouclée. Après une sortie en salles assez confidentielle en mars dernier, vous pouvez retrouver ce joli film dans votre salon et ce, depuis le 4 septembre.

On dit souvent des films du cinéaste sud-coréen qu’ils se ressemblent, avec des histoires de femmes et d’hommes, de crises de couples, de rencontres, d’adultères… Ce sont souvent les mêmes thèmes qui reviennent encore et encore, et autant de variations autour des vicissitudes de la vie coréenne. La richesse de son cinéma repose sur son sens du détail, sur les infimes changements de point de vue, de cadre, sur les différentes manières de filmer ces scènes de réunion ou de repas, souvent alcoolisés, où les personnages déballent ce qu’ils ont sur le cœur. Il y a une science du dialogue chez Hong Sang-soo que l’on ne retrouve nulle part ailleurs. Une manière de rythmer chaque réplique, d’étirer les silences, de laisser le sujet de la discussion entre parenthèses pendant plusieurs minutes pour faire ressortir un bref moment où le regard des personnages dit plus de choses que de simples paroles. Et plus que tout, les histoires de mœurs et autres marivaudages qui parcourent la filmographie du réalisateur, semblent toucher au réel, au quotidien, comme si vie et cinéma étaient intimement liés.

Hong Sang-soo a dernièrement été impliqué dans une affaire de mœurs qui a fait scandale en Corée du Sud. Depuis le tournage d’Un jour avec, un jour sans, des rumeurs l’accusent d’avoir trompé sa femme, qui produit la plupart de ses films, avec l’actrice Kim Min-hee, devenue sa muse, qui apparaît dans quasiment tous ses derniers longs-métrages. Ils ont officialisé leur relation il y a quelques mois, faisant fi de la désapprobation extrême venant du pays du matin calme, au risque de mettre leur carrière respective en danger. Mais peu importe au final, Hong Sang-soo continue à faire ses films avec deux-trois bouts de ficelle, et Kim Min-hee adore tourner avec lui. Il lui offre des rôles magnifiques, elle le lui rend bien en incarnant avec délice chacun de ses personnages.

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C’est dans ce contexte houleux que s’est tourné, dans le plus grand secret, La Caméra de Claire, pendant le 69èmeFestival de Cannes. Forcément influencé par ce qui se passe dans sa vie à ce moment-là, Hong Sang-soo déploie un petit film d’à peine 1h10 pour raconter l’histoire de Man-hee (Kim Min-hee donc), une employée de boîte de production soupçonnée d’avoir couché avec le réalisateur et licenciée par sa patronne. Errant dans les rues cannoises, elle rencontre Claire (Isabelle Huppert, qui tourne pour la deuxième fois avec le cinéaste), une enseignante venue passer du bon temps sur la Croisette, armée de son polaroïd. Dans cette balade au sein des chemins de traverse cannois, filmés comme les petites rues de Séoul, le plus intéressant reste sans doute ce rôle de catalyseur que va jouer Claire auprès des autres personnages, notamment auprès de Man-hee, essayant de recoller des bouts de vie éparpillés, comme elle capturerait différents instants avec son appareil pour mieux les rassembler et revoir les événements sous un nouveau jour. Les choses se dénoueront au fil de longues scènes de discussion plus ou moins anecdotiques, malgré le savoir-faire de Hong Sang-soo. La légèreté de la relation entre Claire et Man-hee reste le principal intérêt du film, les deux autres personnages (le réalisateur et la patronne) étant assez sommaires dans leur caractérisation.

Nicolas Lemerle.

La Caméra de Claire de Hong Sang-soo. Corée. 2016. Disponible en DVD chez Jour2Fête le 04/09/2018.

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