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Le Film de la semaine : Biriyani de Venkat Prabhu – Facétie Cinéphillique

Posté le 16 janvier 2014 par

Avec un titre tel que Biriyani, l’on pouvait s’attendre à un banquet, aux effluves de girofle, cardamome, cannelle et curcuma, digne d’une cornucopia Rabelaisienne.  Mais force est de constater, que ce met n’est servi que tardivement dans  ce long-métrage et s’avère tenir un dessein atypique ! Ce plat indien, mêlant riz, épices et agrémenté de viande, volaille, œuf, poisson ou légumes, se caparaçonne ici sous les atours d’un alléchant MacGuffin.  Si le gourmet ne trouvera point de quoi repaître son appétence pour la bonne chère, le cinéphile, quant à lui, savourera ce thriller ô combien rigolboche et palpitant.

Biriyani 1

La munificence de Venkat  Prabhu est à l’égale de celle déployée dans les masalas tamouls : gargantuesque lorsqu’il est question de dresser un menu cinématographique ! De crainte de desservir le spectateur, une pléthore de genres et d’axes narratifs y est ajoutée quitte à tomber dans le gavage intensif. Malheureusement, dans la première heure de ce métrage, ce travers manque de nous perdre. Le réalisateur présente ainsi ses personnages dans une interminable exposition mettant en scène de multiples allusions comiques se référant souvent à ses précédents films et acteurs. Ainsi, un public non averti passera à côté de ce sous-texte humoristique. Certes, la première partie passée, le réalisateur embraye et passe en vitesse fast & furious. Il nous propulse alors au sein d’une énergique et énigmatique intrigue concoctée de main de maître !

Biriyani 2

Deux amis interprétés par Karthi, le héros, et Premgi, le corvéable sous-fifre, partent en quête d’un biriyani après une biture mémorable! La recherche de ce graal les mènera à une rencontre inopinée débouchant sur une seconde cuite. Mais, après leur réveil, ils ne tardent pas à découvrir un macchabée tout frais et une note salée : ils sont accusés de meurtre !  Problème, à l’instar de The Hangover, les compères ne se souviennent plus de leur soirée. Alors que le film lorgnait entre le buddy movie, la romance et la comédie, Venkat nous projette dans un thriller rocambolesque où la forme du whodunit est réhabilitée avec punch.  Tentant d’être disculpés du meurtre, en résolvant le mystérieux complot dont ils sont victimes, une traque et des échauffourées ne tardent pas à apparaître.

Outre l’attrait de ce récit rondement mené, la force de Venkat Prabhu réside dans son approche narrative et filmique. Il signe de son inimitable griffe un humour décalé et imparable. Les gags visuels prennent ainsi souvent forme via l’iconotexte ou d’autres artifices ingénieux à l’instar d’un flashback savoureux : le héros transforme une séquence d’origine en relatant une rencontre à sa petite-amie où il intervertit sciemment les rôles. Mais ce qui est rare et louable chez Venkat, c’est assurément sa déconstruction narrative et le sous-texte qui révèlent les coulisses cinématographiques. Les mises en abyme y sont ainsi récurrentes à l’image d’une scène révélatrice : le réalisateur en hors champ et voix off moque son frère, l’acteur Premgi, et son rôle de sempiternel célibataire malheureux, alors que celui-ci prenait à partie, face caméra, les spectateurs. Dans la lignée d’un Brian De Palma, Venkat décortique ainsi le cinéma sous sa configuration la plus propice : celle du thriller allié à la comédie !

Bien que l’ensemble ne soit guère homogène, après avoir mijoté, durant une bonne heure, il se révèle être un fantasque thriller !  Une facétie cinéphilique  prouvant que Venkat Prabhu n’est pas qu’un simple amphitryon mais un chef lorsqu’il « cuisine », sous influence d’une Hangover, un Biriyani façon Cluedo !

Marjolaine Gout.

Biriyani de Venkat Prabhu en salles depuis le 18 décembre 2013.

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