DVD – Gangs of Wasseypur – partie 2 : Un cercle vicieux sanglant

Posté le 8 novembre 2013 par

Marjolaine Gout nous avait parlé avec passion du premier volet du diptyque Gangs Of Wasseypur. Il est à présent temps de se pencher sur sa suite.

Gangs of Wasseypur – partie 2 débute immédiatement au moment de la mort de Sardar Khan (incarné par Manoj Bajpayee). Sardar Khan était le personnage principal du premier film qui racontait sa montée en puissance dans les rues de la ville, ou plutôt de la petite partie de la ville que représente Wasseypur. Plus que la suite d’un film, il s’agit ici de la deuxième partie d’une histoire, et il est nécessaire d’avoir vu le premier Gangs of Wasseypur avant de se plonger dans ce second volet. Telle une grande fresque mafieuse, l’histoire s’attache plus à Wasseypur qu’aux personnages, et la mort de Sardar Khan fait se mettre en avant de nouveaux protagonistes, bien décidés, certains à se venger, d’autres à prendre la place laissée vacante par le gangster assassiné.

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Pour des yeux occidentaux, ce film peut dérouter au début. Bien loin des visions de gangsters véhiculées par le cinéma américain, anglais ou même français, le lieu où se déroule l’action est sale, poisseux. La pourriture est partout, et les gangsters trafiquent du fer plutôt que de la drogue ou des prostituées. D’un autre côté, la police est tellement corrompue et laxiste qu’ils peuvent s’entre-tuer au milieu de la rue et à visage découvert sans gros risque. Ainsi, les criminels agissent au grand jour, le soleil implacable illuminant l’horreur des tueries, pointant le doigt sur la gangrène poisseuse qui s’écoule de tous côtés.

Il n’y a rien de glamour dans Gangs of Wasseypur, mais des tueries sauvages, barbares et sanglantes (la décapitation d’un des meurtriers de Sardar Khan est tétanisante), filmées en longues séquences. Le seul honneur des criminels est de venger la mort des leurs, tuant sans hésitation femmes et enfants au milieu de la rue. Ils créent ainsi un cercle vicieux sans fin, que le réalisateur pointe de sa caméra emplie d’ironie. Plutôt qu’un véritable récit, le spectateur plonge dans une ambiance, voyant l’évolution des personnages, les massacres, la guerre pour le contrôle ou la vengeance. S’il y a dans ce film des chansons, elles sont glissées de manière logique dans l’histoire. Soit quelqu’un chante, par exemple, à un enterrement, soit il s’agit de la bande-son, ces chants hypnotisant le spectateur d’une manière des plus surprenante par leur nature étrange pour une oreille occidentale, mais tellement adaptée aux images, aidant à la compréhension immédiate de ce qui se déroule sous nos yeux.

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Anurag Kashyap évite aussi les dialogues inutiles. Une voix off pour poser le contexte quand un certain temps s’écoule entre deux scènes, ou quand un nouveau personnage apparaît, mais sorti de cela, les personnages ne s’expriment que quand c’est nécessaire, les images et les chants étant largement suffisants pour le spectateur. Si Gangs of Wasseypur – partie 2 n’est pas un film aisé d’accès, il envoûte le spectateur, lui laissant un mauvais goût dans la bouche, pour peu que ce dernier se laisse plonger dans cette ambiance oppressante, où la violence et la corruption sont omniprésentes. Le réalisateur dresse un panorama plutôt déplaisant de son pays, entre pauvreté, saleté et violence débridée, où la vie humaine ne vaut pas grand-chose, mais Anurag Kashyap n’oublie jamais qu’il réalise une longue fresque criminelle. Ses personnages sont intéressants, déroutants, effrayants, ses séquences d’action prenantes, sèches, violentes (il n’y a aucune iconisation ici), et la fin aussi prévisible, finalement, que jusqu’auboutiste et désespérée. Ainsi, le réalisateur suit ses personnages sans les juger, les laissant évoluer dans ce monde de violence âpre et y agir à leur guise. Aucun protagoniste n’est à sauver, aucun ne peut être qualifié de héros. La violence éclate parfois sans prévenir, brûlant les yeux du spectateur tétanisé qui assiste à ce débordement soudain, parfois teinté d’un humour très noir et complètement désespéré, à l’ironie tellement mordante qu’elle pourrait laisser ses marques de dents dans l’âme du spectateur. Le cocktail est magnifiquement dosé, et le résultat assez bouleversant.

En bonus, Blaq Out offre à ses spectateurs un passionnant entretien avec le réalisateur de cette fresque magnifique.

Yannik Vanesse

Gangs of Wasseypur – partie 2, disponible en DVD chez Blaq Out depuis le 4 juin 2013.

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