Critique de Love Exposure de Sono Sion (Blu ray + Dvd)

Posté le 27 mars 2013 par

Love Exposure, sorti en 2008, est toujours inédit chez nous…Jusqu’à maintenant !  le film fleuve de Sono Sion sort enfin chez Metropolitan et en Blu Ray s’il vous plait ! Par Yannik Vanesse. 

Love Exposure

Sono Sion, le réalisateur de Love Exposure, n’est visiblement pas aimé par les distributeurs français. En effet, si Suicide Club et Suicide Club 0 ont eu droit à un superbe coffret DVD, le reste de sa filmographie bénéficie d’une distribution des plus aléatoires. Guilty Of Romance a certes bénéficié d’une sortie en salles – plutôt confidentielle – qui laisse espérer une belle édition DVD. Cependant, son sublime Cold Fish traîne depuis plus d’un an dans les tiroirs des distributeurs, et il est fort probable que son percutant Himizu (découvert à Deauville, mais qui était aussi présent au BIFFF) mettra un long moment avant de parvenir dans nos contrées.

Love Exposure, de par son sujet s’attaquant allègrement à la morale chrétienne, risque de choquer les bonnes mœurs françaises, souvent sensibles en ce qui concerne la religion (dernier exemple en date, une troupe de théâtre alsacienne envoyée au tribunal pour blasphème). Cependant, ce film de Sono Sion est bien plus qu’une œuvre anticléricale et, en plus de trois heures de métrage, brasse de nombreuses thématiques avec intelligence. Il prouve ainsi, s’il était encore besoin, que son réalisateur est un grand, qui oeuvre certes dans le cinéma transgressif, mais est capable de s’attaquer à tous les sujets, aucun de ses films n’étant semblable au précédent.

Love Exposure raconte donc l’histoire de Yu et de sa famille, des chrétiens convaincus. Quand la mère de Yu décède, son père décide de se consacrer à la religion et devient prêtre. Le quotidien du jeune homme est donc rythmé entre l’école, les repas avec son père, et la messe, où il boit les sermons plein de gentillesse de son père. Hélas, le sympathique prêtre va être perverti par une femme, et va vivre plusieurs mois dans le péché. Quand cette demoiselle le quitte, son père en devient détruit, obsédé, et ne se focalise que sur le péché, à tel point qu’il ne s’intéresse plus à son fils que pour connaître les crimes contre Dieu qu’il a commis. Ce dernier pense alors devoir, pour satisfaire son père, commettre le plus de péchés possibles.

S’ensuit ainsi une escalade, allant de petits délits et larcins, jusqu’à la perversion. Cette escalade, rythmée par des flashs presque documentaires sur des symboles religieux, et bercée par la voix off de Yu, conduit le spectateur en terrain inconnu. Le propos est en effet délicieusement inconfortable, mais, en égrenant un compte à rebours, Sono Sion brouille les cartes, le spectateur se demandant où tout cela va conduire. Le christianisme est ainsi présenté sous un jour bien sombre, où il faut se focaliser sur les fautes que l’on commet, où Dieu n’est qu’intolérance, n’acceptant ni les gays, ni la masturbation.

Cependant, derrière cette religion omniprésente, Love Exposure, tout comme nombre d’œuvres de Sono Sion montre une jeunesse en complète perte de repères. S’ils se raccrochent à Jésus (plus cool que Kurt Cobain, une réplique osée !), c’est pour avoir quelque chose à quoi se raccrocher mais, sans les repères et la moralité nécessaire pour comprendre les fondements de la foi, ils pervertissent involontairement leurs croyances, et ne font que s’enfoncer un peu plus dans la perversité et l’ultraviolence. Yu, en disant qu’il ne faut pas crier à la perversité mais essayer de comprendre les raisons intrinsèques à ce comportement, donne très clairement le ton.

Mais Love Exposure est bien d’autres choses. Une quête initiatique (Yu passant du statut d’enfant à celui d’homme durant le film, lors d’une scène tragicomique), une dérive des sectes et de leur déprogrammation (l’Église de Zéro étant sacrément gratinée) et surtout, le métrage est une formidable histoire d’amour ! Une histoire d’amour destructrice, désespérée, mais un incroyable moteur pour le personnage principal et, finalement, l’unique moyen de se sauver, de survivre.

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Pour raconter cela, Sono Sion mêle les ambiances avec brio et maestria. Tantôt grand-guignolesque dans son ultra-violence sanglante, tantôt malsain en diable, tantôt très drôle (l’humour est très noir, mais l’entrainement de kung-fu pour photographier les petites culottes des demoiselles est irrésistible). Le spectateur ne sait ainsi jamais ce qui va advenir, ni sur quel pied danser. Et, en ces temps de métrages calibrés, regarder un film d’une telle intelligence et toujours surprenant, est un plaisir de tous les instants. La réalisation, excellente, varie elle aussi tout le temps, entre fausses images d’archives, écrans coupés en deux ou en trois. Cependant, l’inventivité de Sono Sion n’est jamais gratuite mais toujours au service de son histoire. Les jeunes acteurs ont des rôles difficiles, mais s’en sortent à merveille, accroissant encore le bonheur de ce visionnage.

En bonus, Third Window est plutôt généreux. Tout d’abord, c’est un making-of d’une heure qui est offert aux spectateurs. Passionnant, le documentaire montre, sans langue de bois, Sono Sion en proie aux doutes, diriger ses acteurs, répondre à quelques questions face caméra, ou repeindre les murs de sang. Le making-of est assez complet et couvre ainsi une grande partie du tournage, évitant tous propos promotionnels, ou les sempiternels acteurs nous racontant leurs personnages. Ici, ils s’expriment sur le film, sur le script, sur ce qu’ils ressentent… Passionnant ! Ensuite vient un mélange de scènes coupées ou rallongées (la première version du film faisant tout de même six heures), commentées par Sion Sono, entrecoupées d’interview de deux personnes ayant inspiré certains éléments de Love Exposure. Car si le métrage est une fiction, le grand maître de tousatsu a été inspiré par une personne réelle, de même que la déprogrammation de l’héroïne, après que la secte ait mis le grappin sur elle. Ces deux personnes répondent donc à quelques questions, à visage caché, et le résultat s’avère aussi instructif qu’intéressant.

Les scènes en plus sont ainsi classées par thématique, et c’est ensuite le personnage délicieusement fou et malsain de Sakura Ando qui est mis à l’honneur, développé de manière passionnante. Le spectateur peut aussi découvrir un long monologue du dirigeant de la secte. S’il est compréhensible qu’elle ait été enlevée pour des soucis de rythme – elle dure dans les huit minutes – la séquence est intéressante à découvrir, l’acteur se révélant très bon, et le long discours sur le péché offrant des réflexions intéressantes.

 Yannik Vanesse

Verdict : Love Exposure est un film essentiel. Intelligent, dense, dérangeant, magnifique, il emmène son spectateur avec lui, dans un tourbillon de sensations. Sion Sono est un grand réalisateur, et ce film se doit d’être vu. Du grand cinéma.

Love Exposure, disponible en combo Blu-ray+dvd chez Metropolitan  le 27 mars 2013.

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2 commentaires pour “Critique de Love Exposure de Sono Sion (Blu ray + Dvd)”

  1. dommage qu’ il n’ y ai qu’ un extrait sur you tube, connaître ce film aurait permis de mieux pouvoir le cerner et le juger.

  2. Il est disponible dans une très belle édition DVD et blu-ray, en France.

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