Critique de Patlabor 2, de Oshii Mamoru (DVD)

Posté le 12 décembre 2012 par

En 1993, soit quatre ans après le premier long métrage Patlabor, Oshii Mamoru enfonce le clou et livre l’aboutissement d’un concept entamé. Retour sur Patlabor 2, Par Tony F.

Plus reconnu pour la qualité irréprochable de son récit que pour son sens de l’action (et pour cause), Patlabor pose les bases de la réflexion de Oshii sur un modèle de société alors émergeant (bureaucratie, prédominance de l’industrie et dépendance de la technologie) dans une œuvre qui, sous ses airs posés de polar « presque » basique, n’ennuie jamais, s’avérant atypique sur à peu près tous ses aspects. Une force que l’on retrouvera avec bonheur dans le second long métrage. Tout commence en 1999, lorsqu’une troupe de Labors des Nations-Unies se fait annihiler en Asie. À l’instar du suicide ouvrant le premier opus, cet événement marquera le premier point d’une réaction en chaîne d’origine terroriste, visant cette fois-ci à détruire les principales institutions tokyoïtes (politiques, médiatiques) afin de plonger la ville dans un climat de guerre, chose totalement inconnue pour les jeunes générations actuelles.

La critique d’une bureaucratie toute puissante du premier opus sera toujours présente, et même approfondie.

Après l’essai, voici l’heure de la confirmation. Plus complexe que le précédent de par son développement, le film est également plus avare à livrer une action plus rare encore qu’auparavant, préférant digresser largement sur la nature d’une société humaine exclusivement tournée vers la consommation de masse et sur une génération qui a oublié ce que leurs aînés ont connu, prenant leurs privilèges pour acquis et que seul un terroriste peut ramener par ses actes à la réalité.

De là va se dégager une thématique principale, directement héritée des questionnements du long métrage précédent, et résumée en une seule réplique : « Une guerre juste est-elle plus valable qu’une paix injuste ? » C’est cette interrogation teintée de cynisme, plus que toute autre (et elles sont pourtant nombreuses, car aux réflexions continues héritées du premier opus viennent se greffer de nouveaux questionnements, plus intimistes, vis-à-vis de la paix et de la guerre telles que les envisagent les protagonistes) qui caractérisera ici le film,en reléguant les Labors au tout dernier plan et les humains eux-mêmes au second plan, pour finalement placer l’enjeu principal autour de deux symboles idéologiques : d’une part la menace terroriste, iconisation du conflit ouvert et de l’agitation apte à secouer un monde trop amorphe ; de l’autre Tokyo, une ville autant qu’un véritable personnage, en paix depuis bien trop longtemps et que l’on nous dépeint ici comme un modèle de mégalopole moderne, prospère et ne devant sa paix relative qu’à une volonté tangible d’ignorer les conflits internationaux extérieurs (attitude résultante d’un traumatisme historique vis-à-vis de la guerre assez évident).

Les longs plans fixes, contemplatifs, instaurent dans le métrage une tension omniprésente. Le contexte de guerre est bel et bien là, aussi silencieux soit-il.

En faisant subitement s’entrechoquer ces facettes par le biais du scénario, Oshii développe tout le sens de sa réflexion qui sera transposé deux ans plus tard dans Ghost in the Shell, et qui trouvera un nombre assez incroyable d’échos à travers le temps, jusqu’à remettre en question le monde bien actuel de 2012 dans lequel nous vivons. C’est là certainement la plus grande réussite de Patlabor 2 : toujours très beau grâce à une animation qui s’est naturellement affinée depuis le premier opus, le film est devenu rétrospectivement plus évocateur que jamais quant à la réflexion qu’il développe sur notre monde. Désormais véritable œuvre pour adultes, ce second long métrage bénéficie d’un traitement mature et intelligent, offrant à la saga de HeadGear de loin l’un de ses pans les plus passionnants. Incontournable, intemporel et brillamment écrit, Patlabor 2 n’a de cesse de remettre en question le spectateur et la société, et marque indubitablement une œuvre fondatrice dont nombre de créateurs, asiatiques autant qu’occidentaux, se seront inspirés. Rien de moins qu’un chef-d’œuvre.

Et pour les fans ?

Eh bien, ce sera à eux de juger si le jeu en vaut la chandelle, puisque la galette nous offre via ses bonus un making-of d’une heure revenant sur la conception du script et de la ville, le développement même de la manière dont Oshii Mamoru souhaitait représenter Tokyo « en temps de guerre » dans le monde actuel, ou de sa façon d’aborder la saga, d’un point de vue technologique. Pas inintéressant, mais tout de même un brin léger…

Tony F.

Verdict : Est-ce que Patlabor 2 vaut l’investissement ? Oui, bien sûr. Mille fois oui. Certes, les fans absolus n’apprendront sûrement pas grand chose qu’ils ne savent déjà, d’autant qu’ils se sont probablement procurés une édition précédente. Mais se priver en cette fin d’année d’une édition Blu-ray d’un tel film serait presque dommage. Pour les néophytes, enfin, il s’agit d’une superbe occasion de découvrir une œuvre fondatrice (voire deux, si vous investissez également dans le premier opus), à la fois importante pour la carrière de Oshii Mamoru, et fascinante vis-à-vis de l’influence qu’elle eut sur les productions ultérieures. Patlabor 2, en 2012, ne vieillit pas et reste du moins dans sa forme long métrage un classique que l’on apprécie sans modération.

La Critique de Patlabor 1 ICI

Patlabor 2, disponible en DVD et Blu-Ray chez Kaze depuis le 7 novembre 2012

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2 commentaires pour “Critique de Patlabor 2, de Oshii Mamoru (DVD)”

  1. Très bonne critique, je vais voir ce film du coup 🙂

  2. Je viens de me le revoir. Je me fais une rétrospective Mamoru Oshii. Ca reste
    très puissant narrativement et visuellement. Des thèmes passionnants. Une réalisation digne de longs métrages live, comme pour le premier volet. Sans oublier l’humour dont on ne parle pas beaucoup. Des personnages attachants. Une B.O. captivante et inspirée. Tristement prophétique également. Pour ceux
    qui aiment les auteurs qui ont des choses à dire et qui savent les mettre en
    forme.

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