Critique de Patlabor, de Oshii Mamoru (DVD)

Posté le 11 décembre 2012 par

Depuis 2002, les Patlabor prennent un repos bien mérité. Et à défaut de les sortir de leur sommeil pour une toute nouvelle histoire, Kazé, en cette fin d’année, nous propose de redécouvrir une partie de la saga, à savoir les longs métrages réalisés par Oshii Mamoru. Retour sur le premier volet cinématographique d’une saga tentaculaire. Par Tony F.

Le Club des Cinq

À la toute fin des années 80, un jeune mangaka plein d’idées mais sans contacts, Yuuki Masami, rencontre Izubuchi Yutaka, alors directeur éditorial et chara designer qui lui en possède des contacts. Ils seront rejoints par Oshii Mamoru (un homme que l’on ne présente plus), Itoh Kazunori et son épouse Takada Akemi. Ensemble sous le nom du collectif HeadGear, ils feront naître l’idée conductrice de la saga Patlabor : une histoire de mechas dans un avenir d’anticipation où les hommes, pour faire face à la montée des eaux, développent des robots géants afin de les aider dans les constructions faramineuses de nouvelles zones d’habitation artificielles au-dessus des flots. Rapidement, les robots baptisés Labors, seront adoptés par d’autres secteurs d’activité, principalement les forces de l’ordre et la sécurité du territoire. Entre lutte contre la criminalité, terroristes porteurs de messages divers, politiques autant qu’écologiques, l’unité de police de Tokyo assignée aux Patlabors nous rappelle constamment que la technologie, bonne ou mauvaise, est avant tout l’outil de l’être humain.

Composée à l’origine de sept OAV, la saga sera vite transposée sur moults supports, suivant un planning aussi diabolique que précis, donnant alors naissance au cross-media actuel présent au sein d’un certain nombre de séries télévisuelles, cinématographiques ou vidéoludiques. Ainsi sortiront successivement après les OAV plusieurs longs métrages et séries d’animations, tous avec leurs propres tons, et par conséquent capables de toucher à peu près n’importe quel public. La saga de films (sujet qui nous intéresse aujourd’hui) adopte pour sa part un ton plus adulte, proche à la fois du polar et du film d’anticipation, dans lequel Oshii Mamoru va pouvoir se faire la main et bâtir, à l’instar des habitants de la saga, les fondations de son avenir.

Les Patlabors, qui donnent leur nom à la saga entière, seront en définitive peu présents…

The Future in your hands…

Au beau milieu du chantier du projet Babylone (ayant pour but de faire de Tokyo une ville nouvelle et gigantesque, prête à affronter l’avenir du XXI ème siècle et la montée, inévitable, de l’eau), un homme se suicide. Dans le même temps, de plus en plus de Labors semblent souffrir de disfonctionnements divers, devenant incontrôlables. Les inspecteurs de la division deux des Patlabors, Izumi Noa et Shinohara Asuma , doivent enquêter sur une affaire qui les mènera jusqu’aux tréfonds de l’Arche, gigantesque usine aux allures de plate-forme maritime servant de QG aux Labors.

…alors que les rapports entre les personnages seront au cœur  du récit.

Dans la structure même du récit autant que dans ses personnages, Patlabor se démarque d’emblée des autres œuvres de méchas, en cela que les robots éponymes ne sont finalement que très peu présents à l’écran, les affrontements n’intervenant ici qu’à la toute fin en guise de bouquet final. Oshii Mamoru, après la série d’OAV, choisit d’aborder pour les salles obscures la saga d’un regard globalement plus sombre car plus politisé. Loin des conflits (dont la menace se fait pourtant constamment sentir), l’œuvre va se concentrer sur les personnages, les relations qu’ils entretiennent non seulement entre eux mais aussi vis-à-vis des machines, et posera des questionnements aussi bien d’ordres sociaux (le bien-fondé du projet Babylone, qui trouve partisans et opposants, terroristes écologiques détournant les Labors autant qu’ingénieurs tournés vers l’avenir de la ville) que technologiques (quel avenir pour l’homme, dans un monde où les avancées numériques se font de plus en plus présentes ? Et que se passera-t-il si elles se rebellent?) ou politiques (du bridage de la hiérarchie aux rivalités entre les protagonistes). Ces interrogations, à la fois typiques des œuvres d’anticipation et symptomatiques de cette ère 80/90 dans le cinéma du genre, sont des thèmes prédominants dans l’œuvre de Oshii, bien que peu étoffés ici. Il ne servent « que » de vaste toile de fond réaliste et pesante teintée d’éléments pertinents (l’obsolescence des OS, le danger des cyber-attaques). Ils trouveront cependant par la suite un approfondissement et un développement dignes de ce nom, puis plus tard leur apogée dans Ghost in the Shell.

Véritable enquête policière plus que film de robots, l’œuvre met en avant ses différences et les embrasse pleinement, de ses dialogues terre-à-terre (au propre comme au figuré) à ses personnages adultes, loin de la révolution du genre que fut Mobile Suit Gundam une dizaine d’années auparavant. Le graphisme du métrage abonde en ce sens (fruit du travail de Takada Akemi) en nous dépeignant une galerie de personnages aux traits marqués et porteurs d’un vécu, sans réel sex-appeal apparent ni sentimentalisme déplacé, portant sur leur quotidien un œil tantôt pessimiste, tantôt cynique ressortant même chez les plus jeunes éléments, Izumi (l’héroïne) en tête. On remarquera que l’animation est marquée par l’âge mais loin d’être datée, et que chaque scène reste un véritable plaisir dont certains détails peuvent encore provoquer leurs petits effets, à l’image des vagues lors de la première intervention de l’Unité, du coucher de soleil par lequel démarre le film, ou plus simplement de toute la séquence finale oscillant entre western et affrontements de robots. L’ambiance sonore, assurée par Kawai Kenji (que Oshii reprendra par la suite pour GITS), compositeur attitré ayant oeuvré sur l’intégralité de la saga Patlabor, livre comme à son habitude un travail de qualité qui, s’il ne se démarque pas de façon magistrale du reste de l’œuvre, nous marquera suffisamment pour nous faire revenir sur certains morceaux.

Tony F.

Verdict : Rien à redire, Patlabor traverse les années sans jamais que son propos ne soit dépassé. Si l’animation est effectivement marquée par l’âge, elle reste très belle, offrant un naturel et une expressivité aux personnages tout à fait à part. C’est à travers ce film que son réalisateur posera les thèmes principaux qui le suivront tout le reste de sa carrière, et si celui-ci ne possède pas (à mon sens) la profondeur de sa suite, il n’en demeure pas moins un très grand classique. Dommage que côté bonus, l’édition ne gâte pas les fans, et n’ait pour ainsi dire strictement rien à nous offrir…

La critique de Patlabor 2 ICI

Patlabor est disponible en DVD et Blu-Ray chez Kazé depuis le 26 septembre 2012.

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