L’été indien : les cinémas indiens en 2011, retour sur la production

Posté le 8 août 2012 par

Arey ! नमस्ते,வணக்கம், سلام, ఏమండీ … ఒక భాష సరిపోదు!!! Vous avez bien accosté sur le territoire sacro-saint des cinémas indiens ! Pays regorgeant d’un zillion de cinéphiles au mètre carré, gouverné par une pléthore de dieux filmiques, c’est ici avec la bobine bien pendue que les anecdotes des plateaux de tournage sont contées. Kidnapping, catastrophe naturelle ou scoumoune en série tout est possible sur les rives du Gange et au-delà. Des plateaux de tournage de Kodambakkam aux studios implantés à la lisière des champs de papavéracées, vous voici donc propulsés au cœur de la cinématographie indienne. Alors que l’Inde s’apprête à festoyer en mai 2013 les cent ans de son cinéma, nous vous proposons un retour sur la production 2011.  Par Marjolaine Gout.

Mais avant cela, un rappel s’impose. Les cinémas indiens ne se distinguent pas de prime abord par une catégorisation des films, au même titre que les genres et les mouvements cinématographiques, dit populaires, régionaux, artistiques ou encore issus de la diaspora, mais par leurs langues. On a en Inde deux familles de langues. Grossièrement, au nord règne le royaume de l’Indo-européen avec l’hindi, le marâthî, le bengali… et la langue coloniale et véhiculaire l’anglais. Au sud sont implantées, majoritairement, les langues dravidiennes, avec le tamoul, le télougou, le malayalam et le kannada. Ainsi, les productions cinématographiques en Inde se divisent généralement entre les studios enracinés à Mumbai (au Nord) et ceux de Chennai (au Sud). Mumbai reste ainsi la Mecque du cinéma hindi et Chennai celle du cinéma tamoul. Certes, le sous-continent indien regorge de studios de part et d’autre à l’instar de ceux de Calcutta (Bengale-Occidental) ou celui de Ramoji Film City à Hyderabad (Andhra Pradesh) mais il est légion que les tournages transitent et pérégrinent à travers le monde. L’identité première d’un film indien reste ainsi sa langue et l’ancrage culturel le rattachant à celle-ci. Cinéma parallèle ou commercial la teneur d’un film du nord n’est pas la même que ceux confectionnés au sud.

Si le cinéma du « nord » reste connu grâce à Satyajit Ray ou via le terme vulgarisé Bollywood (référant au cinéma hindi commercial) et l’industrie du « sud » par ses acteurs moustachus ou sa forte identité culturelle ceux-ci offrent un panel de films incomparables. Leurs particularités se distinguent par leur culture, leur tradition, leur spécificité… Le cinéma populaire hindi, connu actuellement comme l’antre des trois Khan (Salman Khan, Aamir Khan et Shah Rukh Kan, acteurs et producteurs) et produisant un cinéma d’évasion, dépeint des fresques flamboyantes en y plaçant, de plus en plus, les femmes sur le devant de la scène. Le cinéma tamoul dit commercial, côtoyant les sphères politiques du Tamil Nadu, s’incarne souvent dans des films davantage « réalistes »,« sociaux » où le héros masculin est vénéré. (D’ailleurs, vénération oblige si vous êtes une star de cinéma, du nord comme au sud, vous avez toutes vos chances pour briguer le poste de ministre en chef d’un des 28 états indiens. Jayalalithaa et  N. T. Rama Rao attestent de ce parcours sous les feux de la rampe.) Le cinéma du sud est de même connu pour ces techniciens hors pairs et ces « petits budgets »face aux tournages pharaoniques  du nord. Néanmoins, Endhiran fit démentir cette tendance en atteignant en 2010 des sommes colossales de production. Sur les terres de la « Superstar» Chiranjeevi, toujours au « sud », là où l’on s’exprime en télougou, les innovations techniques et narratives de ce cinéma, l’ont établi ces dernières années, comme fournisseur officiel de matière à remakes.

Influences communes et similitudes

Certes, ils existent des différences mais l’industrie cinématographique indienne, nord et sud confondus, se fonde sur des influences communes telles que sur les écrits du Mahabharata ou du Ramayana. Le percutant Agneepath, sorti début 2012, dresse ainsi des parallèles avec le Ramayana. D’autre-part, suivant des préceptes anciens, l’acteur indien est avant tout vecteur d’émotions. L’approche du jeu du comédien diffère ainsi de celui des occidentaux. Enfin, du nord comme au sud, hérité du Sangeet Natak et de bien d’autres théâtres indiens, on trouve un type de film unique au sein de leur cinéma commercial avec le masala. Incarnation de la culture indienne, le masala mêle les genres avec panache.  Action + Comédie + Romance + Drame  (ou Mélodrame) = Un Masala d’une durée approximative de 2h30 à 3h00 (la durée a tendance à se réduire). Le tout est souvent entrecoupé de six interludes musicaux chorégraphiés et de l’incontournable« intermission » marquant une pause. Il existe de même une structure définissant le masala, mais celle-ci présente toujours des variantes et des subtilités pour chaque cinéma.  Sa musique, ses danses, ses costumes, son comique… changent sensiblement. Au sud le dappa et le port du lungi sont ainsi roi tandis qu’au nord l’humour potache tend à s’effacer. Néanmoins le masala a la particularité d’avoir un contenu souvent moraliste et présente parfois des facéties et une absence de logique qui peut perturber le spectateur occidental. Le masala reste le film de divertissement par excellence en Inde ! Une valeur sûre, 100% paisa vasool !

Une évolution nette

D’autre-part, lorsque l’on évoque le cinéma indien actuel 1998 reste une date importante. Elle marque en effet l’accord du gouvernement à donner le statut d’industrie à son cinéma. Le financement des films change ainsi avec des nouvelles closes fixées en l’an 2000. Avant cela, les fonds viennent du secteur privé ou de la mafia. Depuis cette« révolution » la production et la distribution de film à l’étranger sont facilitées. Les producteurs du cinéma commercial ciblent ainsi de plus en plus les expatriés indiens devenus une nouvelle manne financière non négligeable. Le cinéma indien a depuis muté et prend de nouvelles directions. La narration, les genres subissent des expérimentations le menant vers de nouveaux horizons. Des sujets audacieux, séditieux et auparavant tabous prennent d’assaut le contenu des films. De même, la langue évolue. L’incorporation de l’anglais aux langues indiennes a vu fleurir de nombreux dialectes se substituant au télougou avec le tenglish ou l’hindi avec l’hinglish. Le cinéma commercial indien, élargissant son audience et s’adressant ainsi aux NRI (Non résident en Inde) et à la jeunesse, a vu le fond et la forme de ses films se transformer.

La diversité culturelle, l’impact d’écrits sacrés ou encore des arts (à l’instar des théâtres indiens ou même du cinéma hollywoodien) ont ainsi influencé considérablement l’industrie du film indien. Depuis, son changement de statut, son ouverture sur le monde et la mondialisation rampante  ont certes atteint  cet art mais n’ont en aucun cas réussi à ébranler ses caractéristiques. Ce cinéma continue à se redéfinir à l’image de sa production de 2011.

Après cet « abrégé », on peut enfin rentrer dans le vif du sujet !

Retour sur la production 2011

Cette année laissait présager de l’épique, avec des aventures où s’entrecroisent avec subtilité passion et grenades flambées ! Suspens et excitation étaient à leur acmé, après une année 2010 riche en gourmades, avec la satire corrosive Tere Bin Laden , le drame social Udaan, les « déboussolants » et magnifiques Raavan et Raavanan, l’intemporel et énigmatique Ishqiya, le masala décérébré Dabangg ou encore le contemporain Band Baaja Bhaaraat concocté dans les vieux chaudrons du cinéma hindi. Comédie scissipare, romance tarabustée, thriller au jasmin ou films hybrides parsemèrent de nouveau la production de 2011. Mais il fallut arpenter des hectares de pellicules pour les débusquer.

2011 fut une année riche, mais avant tout excessivement prospère en remakes, nouveaux seigneurs du box office !

Les remakes

Comme chaque année, l’Inde pratique le remake avec zèle. 2011 n’échappe guère à cette tradition.

Salman Khan, acteur incontournable du cinéma hindi, a ainsi œuvré dans deux remakes, issus de l’industrie du sud, avec Bodyguard (Malayalam) et Ready (Telugu) films déjà réadaptés à maintes reprises. Ces deux « œuvres » ont