Piscine Sans Eau de Wakamatsu Koji (DVD)

Posté le 6 septembre 2011 par

Après avoir été sous les feux des projecteurs au début de l’année, Wakamatsu Koji nous revient aujourd’hui en DVD avec Piscine Sans Eau, réalisé en 1982. Le cinéaste continue d’imposer sa vision de la société et ne perd  rien de sa verve anarchique. 

Ushida Yuya est une Superstar au Japon. Musicien de renom, et à la langue bien pendue, il ira même jusqu’à faire de la politique. Il partage avec Wakamatsu le goût de la provocation et des fortes convictions. On peut facilement imaginer ce que pourrait donner la rencontre de ses deux personnages.  Piscine sans eau offre à Ushida, un rôle inoubliable.

Il incarne un personnage dans la plus pure tradition du cinéma de Wakamatsu. C’est un homme pris au piège. Poinçonneur dans le métro, son quotidien est morne. Marié et père de famille, rien ne semble perturber la monotonie de sa vie. Sa seule distraction étant le petit bar du coin, où il observe les ivrognes se battre. Et il poinçonne, encore et toujours. Le cliquetis incessant aliène, l’homme est à bout. Il ne pensait pas faire ce travail toute sa vie, comme il aime à se le répéter et pourtant, plusieurs décennies plus tard, il est encore là, subissant les insultes en silence. Cet homme, on ne saura jamais son nom. Chez Wakamatsu, le personnage est allégorie.

L’homme, trop brimé, craquera, évidemment. Après avoir sauvé une fille d’un viol, il finira pourtant pas en commettre un lui-même. C’est en voyant son fils endormir un insecte au chloroforme que l’homme a l’idée de violer ses victimes de la même façon. Avec du chloroforme, et un masque sur la bouche, il ira toujours de plus en plus loin, bravant l’interdit.

C’est une forme de renaissance pour le personnage. Enfin, il se sent vivant. Il a trouvé un jeu, un exutoire. Plutôt que d’essayer d’entretenir une relation avec ces femmes, il préfère les endormir. Il le dit lui-même, il n’aime pas la foule, il n’aime pas les gens. Wakamatsu, contrairement à un Pinku plus conventionnel, ne filme pas les scènes de sexe de façon « pop » avec couleurs et musiques acidulées. Ici, c’est clinique. Sans musique, l’homme viole ces femmes en silence, en les manipulant comme des poupées de porcelaine.

Car au Japon, il n’y a pas la place pour de vraies relations, semble nous dire Wakamatsu. La piscine sans eau, c’est la vacuité de l’existence de l’homme dans la société. On le voit y courir, jeter des bouteilles, l’observer. Pourtant, elle reste désespérément vide. Le Japon est décérébré, dévitalisé, désespéré.

Au fil du film, l’homme change, aussi bien physiquement que mentalement. Il se coupe les cheveux, et surtout, acte suprême, il quitte son travail. C’est le moment où il se met définitivement en marge de la société. Il décide qu’entre la révolte (le viol pour lui !) et le conformisme, le choix est vite fait.

Bien que Wakamatsu filme cet homme commettre des viols, d’aucune manière, il ne le juge. Ce qui peut paraitre un peu déroutant est en fait assez osé.  Le personnage est un rebelle, s’insurgeant contre la société, défiant les règles. Avec Wakamatsu, on a un peu l’habitude.

Puis, c’est tout de même du cinéma d’exploitation. Les films de viols sont un sous genre du Pinku assez prisé au Japon (voir Rapeman), et  Wakamatsu remplit sa part du contrat. Mais l’ambiance glaciale et le rythme lancinant du long métrage, rappel le Thriller. De plus le film, d’une durée de 1h45, fini de marquer sa différence avec les Pinkus habituels, d’une durée moindre. Ce qui donne à Piscine Sans Eau un cachet incroyable. Doté d’une musique synthétique que n’aurait pas renié John Carpenter, et de l’aura magnétique d’Ushida Yuya, le film est une vraie réussite.

A noter une édition somme toute classique de la part de Blaq out. Une petite préface de Carbon et Courtiaud sur le film est assez intéressante tout de même, bien que trop courte.

Jérémy Coifman.

Verdict :

Piscine Sans Eau de Wakamatsu Koji, disponible en DVD édité pr Blaq out depuis le 06/09/2011.

 

Imprimer


Laissez un commentaire


*