Coffret DVD Wakamatsu Vol 3, partie 2 : Naked Bullet et Shinjuku Mad

Posté le 16 novembre 2010 par

Wakamatsu est partout en ce moment, et surtout dans vos lecteurs DVD avec la sortie du troisième coffret pink édité par Blaq out. Focus sur les deux derniers titres de ce volume : Naked Bullet et Shinjuku Mad. Par Jérémy Coifman.

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Lire la première partie de la critique du Coffret Dvd Koji Wakamatsu / Volume 3 avec La Vierge Violente et Violence sans raison ici !

Naked Bullet

Toujours réalisé en 1969, Naked Bullet est un objet filmique vraiment étrange. Le pitch est dans la plus pure tradition du Yakuza Eïga : Un trio de malfrats pique 30 millions de Yens à une bande adverse. Pour couvrir leur fuite, et accessoirement empocher 30 millions de plus en héroïne, ils prennent en otage une femme qui s’occupait de la transaction. Étant la seule à connaitre l’emplacement de la drogue, elle va jouer de ses charmes et semer la zizanie dans le groupe.


Jusqu’ici, rien de neuf. Pourtant ce Naked Bullet n’est pas un Yakuza Eïga comme les autres. Bien sûr, il réserve son lot de fusillades, de trahisons en tout genre. Mais il y a autre chose. Wakamatsu brouille les pistes, bouleverse les codes de ce genre, alors en plein essor. Le réalisateur y insère des éléments de sa propre marque de fabrique, à savoir le Pinku. Et le résultat est pour le moins iconoclaste.

Wakamatsu introduit brillamment l’essence du cinéma Pink dans le film de Yakuza : scènes de sexe psychédéliques, tortures et violences sont aussi importantes qu’une bonne fusillade. Le résultat est aussi étonnant que détonnant. Tout s’imbrique à merveille. Ici, plus que dans les films précédents, on se retrouve dans un film d’exploitation pur et dur. La volonté première du cinéaste est clairement de signer un film de genre qui saura plaire au plus grand nombre. Naked Bullet est d’un nihilisme absolu. Ici, pas de grand brulot politique ou de chronique sociale (ou très peu). On sent la volonté du cinéaste de s’amuser. La musique est cool, les acteurs sont classes et les gun fights sont jouissifs. Wakamatsu insère même des moments de pure comédie, avec un humour complètement absurde rappelant parfois l’humour cantonais (notamment avec le personnage du tueur qui louche).


Au-delà de cela, on observe aussi que le personnage de Katsuichi, petite frappe devenu aguerri par un traumatisme initial (il doit violer la femme qu’il aime devant son chef) est clairement l’alter égo de Wakamatsu. Son passé de yakuza, son passage en prison, ses traumatismes et les humiliations subies : tout cela transparait grâce à Katsuichi. Cela rend le film encore plus intéressant à suivre.

Au final, Naked Bullet reste un mélange des genres assez passionnant. Dans une pure logique mercantile (l’association de deux genres prisés), Wakamatsu réalise un film efficace et, dans certaines scènes (notamment une confrontation finale rappelant le cinéma de Sergio Leone), montre tous ses talents de metteur en scène.

Verdict :

Shinjuku Mad

Réalisé en 1970 Shinjuku Mad est un film désespéré. C’est encore l’histoire d’une errance. Celle d’un homme qui veut à tous prix savoir pourquoi son fils a été assassiné. Il soupçonne rapidement Shinjuku Mad, le chef d’une bande d’activiste. L’obsession grandit pour l’homme au fur et à mesure qu’il découvre Shinjuku.

Shinjuku Mad est un film presque Punk. Pendant tout le film, le futur n’est jamais abordé. Il n’y en a pas. Entre le personnage principal qui vit dans le passé (il cite l’ère Meiji et Edo pendant tout le film), et les jeunes qui ne jouissent que du moment présent, il n’y aucune place pour le futur. Cette totale absence d’avenir pour les personnages est étouffant, rendant le film presque irréel.


Wakamatsu réitère le portrait de la jeunesse qu’on apercevait dans Violence sans raison. Dans un nihilisme glaçant, les jeunes sont montrés dans toutes les scènes où ils sont présents, en train de faire l’amour en groupe, de chanter et danser (merveilleuse scène du « hare krishna »). Shinjuku Mad le dit au personnage principal à la fin du film : tout ce qu’ils veulent c’est une révolution. Ils veulent « éliminer leurs ennemis », mais ils ne savent absolument pas pourquoi et comment ! A l’instar de ces étudiants distribuant des tracts dans Violence sans raison, qui parlent plus qu’ils n’agissent, la bande de Shinjuku Mad est le symbole d’une jeunesse complètement à la dérive. La jeunesse est ulcérée par la société et ne sait pas comment aller de l’avant. Cette fuite passe par le sexe, la drogue (la scène de la colle à la gare) ou la violence… sans raison. Le fils de cet homme est mort pour rien, comme le dit un étudiant complètement abasourdi par la drogue et ne pensant qu’a dormir.

Le personnage principal est à cet égard très intéressant dans sa volonté de réveiller la jeunesse. Il tente de faire prendre conscience, de comprendre… C’est tout ce qu’il veut. Cet homme qui a travaillé pendant 25 ans comme facteur ne comprend pas cette jeunesse. Il a de l’empathie pour eux, il sait que la société change, qu’elle les emprisonne, mais il ne sait pas pourquoi ils réagissent de la sorte. S’il veut comprendre pourquoi son fils est mort (comme il le dit, on veut toujours savoir qui a commis le meurtre mais jamais pourquoi…), il veut surtout comprendre ce qui ne va pas dans cette société. Serait-ce la police, complètement impuissante et oisive (la figure des deux policiers qui mettent des bâtons dans les roues au personnage principal)? Où la politique du gouvernement ? L’homme se retrouve en fin de compte aussi perdu que les jeunes. Pourtant il comprend à la fin, qu’il n’y a aucun espoir…

La fin du métrage apporte une dimension encore plus surréaliste au récit. L’homme aurait il imaginé tout cela ? Shinjuki Mad était il réel ? Le discours final est clair. « Il reste encore plein de Shinjuku Mad au Japon » nous dit le héros. Shinjuku Mad était l’allégorie d’une jeunesse sans but, combattant des moulins à vent. Peu importe qui a tué son fils : le héros se résigne à l’avoir perdu pour un combat joué d’avance…

Shinjuku Mad est un voyage dans un Tokyo Underground presque fantasmatique. Doté d’une bande son Jazz/rock fabuleuse, d’une mise en scène simple et efficace, le film reste encore aujourd’hui d’une actualité sidérante.

Jeremy Coifman.

Verdict :

Coffret DVD Koji Wakamatsu / Volume 3, édité par Blaq out. Sortie du coffret DVD le 16 novembre 2010.

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