Une anecdote symbolique pour commencer. Adieu ma concubine a reçu la Palme d'or au festival de Cannes de 1993 ; or il en demeure à ce jour l'unique lauréat d’origine chinoise. Une récompense amplement méritée : presque vingt ans après sa sortie, ce film spectaculaire et tragique demeure l’œuvre-maîtresse du réalisateur Chen Kaige (L’empereur et l’assassin, L’Enfant au violon…). Admirablement servi par ses interprètes principaux – Gong Li (Epouses et concubines...) et Leslie Cheung (Happy Together...) – Adieu ma concubine n’a pas fini d’alimenter notre fascination pour tout un pan de la culture chinoise, sa somptuosité, sa cruauté glaçante et raffinée : une alliance de beauté et d’atrocité qui s'avère particulièrement sensible dans les productions de l’opéra de Pékin, genre musical à part entière et sommet d'artificialité, de stylisation, où peuvent se refléter, sur fond implacable de déterminisme socio-historique, les drames humains les plus intimes. Ce troublant jeu de miroirs entre bouleversements collectifs et tragédies individuelles constitue le motif central d’Adieu ma concubine. Et contribue à en faire résolument un incontournable du cinéma, asiatique ou non. Bonne nouvelle : une version restaurée sort en DVD et Blu-ray le 13 septembre 2011. Une édition qui, sans être absolument parfaite, est à la hauteur des attentes.
Le japonais Oshii Mamoru a de nombreuses cordes à son arc : réalisateur, scénariste, producteur, auteur de mangas, romancier. Ses principaux faits d’armes en tant que cinéaste : Ghost in the shell (1995) et Avalon (2001). Deux films-cultes, labyrinthiques, brouillant respectivement les frontières de l’humain et du réel. Beaucoup voient en Oshii un des grands visionnaires S-F du tournant du millénaire, voire un prophète de l’évolution d’une humanité toujours plus virtuelle. Son dernier opus, Assault Girls, sort en France directement en DVD et Blu-ray le 19 juillet 2011. Par Antoine Benderitter.
Un arbre renversé qui pend depuis le plafond ; une estrade au milieu de la scène ; quelques rochers. Voilà pour le cadre. Le crépuscule tombe : deux vagabonds attendent Godot. Extravagance du jeu d’acteurs. Outrance des maquillages. Incongruité des accoutrements, des gestes, des regards. D’emblée, l’adaptation d’ En attendant Godot par l’Opéra de Pékin désoriente. Quand bien même on connaîtrait déjà cette pièce emblématique, on ne se sent pas en terrain connu. On en parlait ICI, voici le compte rendu de la rencontre entre Beckett et l’Opéra de Pékin dans la très belle salle du Théâtre de l’Agora à Évry ! Par Antoine Benderitter.
Après dix ans d’absence sur nos écrans, Tran Anh Hung, le réalisateur franco-vietnamien de L’odeur de la papaye verte et d’ A la verticale de l’été, revient avec La Ballade de l’impossible, adaptation d’un roman de Murakami Haruki, auteur japonais encore peu connu en France mais jouissant d’une grande renommée en Extrême-Orient. Ce récit se présente comme une méditation sur le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Ombre et lumière, mort et sexualité, perversion et innocence : le film comme le livre sont riches de miroitements troubles. Or, aux entrelacs narratifs du roman, construit sur les jeux de la mémoire, Tran Anh Hung a substitué une structure linéaire, limpide, tout en affichant sa fidélité à l’esprit de l’œuvre d’origine. Mais pour quel résultat ? Par Antoine Benderitter.
Thriller sud-coréen précédé d’une réputation de film-choc, Bedevilled ne serait-il qu’un film trash de plus ? Pas vraiment. Et c’est tant mieux. Loin de l’exercice gore terroriste ou du slasher movie d’éjaculateur précoce qu’on pouvait craindre, Bedevilled se distingue d’abord par sa texture visuelle : au plus intime du grain de l’image, net, lumineux, implacable, semble sourdre un malaise diffus, explosant le carcan du film de genre et hissant son propos, par-delà les poncifs, au rang de la parabole. Par Antoine Benderitter.
Quel rapport entre le théâtre chinois (spectacle total mêlant chant, déclamation, danse, acrobatie) et En attendant Godot, la fameuse pièce comico-métaphysique de Samuel Beckett ? A priori, aucun. Rapprocher des inspirations et des styles en apparence si éloignés n’a rien de naturel. Or c’est précisément une telle alliance qu’a osée Wu Hsing-Kuo, acteur, chorégraphe et metteur en scène taïwanais de renommée internationale… Par Antoine Bederitter.