VIDEO – Coffret Le Vaurien

Posté le 4 septembre 2026 par

Roboto Film édite avec le coffret Le Vaurien l’une des plus fameuses sagas de yakuzas du studio Nikkatsu. Six films qui apportèrent un nouveau souffle avec le héros juvénile, droit et condamné magistralement incarné par Watari Tetsuya.

En cette fin des années 60, le studio Toei triomphe sur les écrans japonais grâce au sous-genre du ninkyo eiga, film de yakuza chevaleresque conférant aux malfrats une aura héroïque et célébrant la force de leur code d’honneur. Initié par le succès du diptyque Theater of life (1963), le ninkyo eiga va être décliné sous forme de diverses séries de films et révéler nombre de stars. La Nikkatsu va trouver une réponse avec la saga Le Vaurien et initier ses propres codes. Les films Toei jouent souvent la carte du rétro avec des intrigues se déroulant durant l’après-guerre, mettant souvent en valeur des héros d’âges mûrs imposant une figure d’autorité et de droiture (des acteurs alors plus jeunes comme Takakura Ken intègrent aussi progressivement ce type d’aura), et construisent des mélodrames célébrant le sens de l’honneur et du sacrifice au service du clan.

La Nikkatsu a choisi dès la fin des années 50 d’initier au contraire une certaine modernité dans le fond et la forme de ses productions. Le mouvement littéraire et cinématographique des « saisons du soleil » célèbre une jeunesse hédoniste et tourmentée avec des œuvres comme Passions juvéniles de Nakahira Ko (1956), tandis qu’une dimension pop intègre l’esthétique et les environnements de série B et polars dont ceux réalisés par Suzuki Seijun. Ces éléments vont infuser dans les productions Nikkatsu lorsque la firme va façonner sa réponse au studio Toei. Les héros juvéniles auxquels les spectateurs adolescents peuvent s’identifier trouvent leurs têtes d’affiches avec acteurs revisitant les James Dean, Ricky Nelson à la couleur locale comme Ishihara Yujiro (héros de Passions juvéniles) ou justement Watari Tetsuya, héros de la saga Le Vaurien. Le film de yakuza, fort de ses atouts très différents, va donc offrir un résultat détonant.

La saga Le Vaurien voit le monde des yakuzas non pas comme la famille de substitution imaginée par certains, mais comme un refuge faute de mieux, devenant un piège pour ses membres. Le prologue du premier volet nous montre le passé traumatisant de Goro (Watari Tetsuya), véritable enfant de la guerre qui va perdre sa mère et sa sœur dans une misère tragique. Il grandit dans le Japon du marché noir et est forcé d’effectuer divers larcins pour survivre, ce qui l’amène naturellement dans le giron d’un clan yakuza. L’intrigue assez simple en surface développe la fatalité du sort des yakuzas, dans la mécanique incessante de conflits, affrontements et revanches, ainsi que l’impossibilité d’accéder à une existence normale.

La droiture morale de Goro va le placer dans des dilemmes d’autant plus déchirants, entre préceptes du clan et aspirations personnelles. Une des premières scènes le voit affronter et épargner le tueur d’un clan ennemi qui n’est autre qu’un ami d’enfance. Sorti de prison trois ans après les faits, il va amèrement constater à quel point son acte héroïque a été vain tant pour lui que pour son ami. L’esthétique du film assume son anachronisme en filmant une urbanité tokyoïte clairement issue de la contemporanéité des années 60 de la production du film plutôt que de la décennie précédente où l’intrigue est supposée se dérouler. Les nuits tout en néons du quartier de Shinjuku expriment ainsi à la fois le spleen et la superficialité matérialiste auxquels aspire le Japon, et notamment les clans yakuzas dont le code d’honneur a été noyé au service du profit. Goro poursuit encore des dettes d’honneur, des amitiés fraternelles, quand les clans actent leur réconciliation en sacrifiant leurs membres.

C’est un schéma finalement assez archétypal du ninkyo eiga, mais transcendé par la personnalité unique de son personnage principal. La continuité existe surtout entre les deux premiers films dont l’intrigue se suit directement, notamment dans ses intrigues sentimentales, avant de proposer une redite reproduisant désormais une formule plus ou moins bien appliquée selon les épisodes. On voyage à travers le Japon avec un Goro luttant pour se réinsérer, défendant la veuve et l’orphelin, toujours pris entre les feux des rivalités de clans… On retiendra Le Retour du vaurien, second volet et son jeune couple (où l’on trouve une toute jeune Kaji Meiko) renvoyant Goro à son passé tandis qu’un ancien boss plus âgé et père de famille lui évoque un possible futur où ce passif yakuza demeure une tâche indélébile. Le souffle romanesque du cinquième opus La Vengeance du vaurien et la violence marquée du final Tue, vaurien, tue marque durablement les esprits aussi.

Bonus :

Une présentation de Stéphane du Mesnildot (27 mn) qui évoque le contexte de production ayant abouti à la production du Vaurien. Il évoque le déplacement des héros juvéniles de la tribu du soleil vers le film criminel et plus spécifiquement le film de yakuza dans le courant du « Nikkatsu Action ». La bascule vers ce casting rajeuni aboutit à une refonte esthétique pour une touche plus pop dans laquelle se fond Le Vaurien. Stéphane du Mesnildot exprime toute la dimension poétique que charrient ces films dans son imagerie et son environnement sonore avec ses chansons d’enka. Le critique revient sur les leitmotivs narratifs, esthétique et de casting récurrents, les variations sur le même thème tout au long des 6 films.

Justin Kwedi.

Saga en 6 films Le Vaurien. Japon. 1968-1969. Disponible en coffret Blu-ray chez Roboto Films.