NIFFF 2026 – Blood on Snow de Naito Eisuke

Posté le 16 juillet 2026 par

Second film de Naito Eisuke pour cette édition 2026 du NIFFF, Blood on Snow est un film d’horreur un peu plus classique qui, malgré ses très nombreuses qualités, peine à proposer une nouvelle itération intéressante du film de fantômes japonais.

À peine installés dans un village enneigé, un couple tokyoïte et leur jeune fils se retrouvent hantés par une femme des neiges.

Blood on Snow commence donc comme un film de J-Horror très classique, où le folklore japonais trouve une caisse de résonance toute particulière dans l’ultracontemporain. Cette incursion est une nouvelle dans la filmographie du cinéaste : bien qu’il ne s’agisse pas de son premier essai dans ce « genre », il était jusqu’ici plutôt de l’école de la J-Horror exubérante et hallucinée que de celle des drames horrifiques aussi terrifiants que lancinants. Et paradoxalement, c’est lorsque Naito s’essaye à l’accalmie que le film est le plus efficace. Dans son introduction, alors que tout se met en place, le film est volontairement flou sur ses intentions. Certes, la narration s’attarde longuement sur ce mythe de la femme des neiges honnit par la trahison de son mari. Mais le cinéaste attire surtout l’attention sur ce que la narration ne souligne pas, et c’est bien ici que se nichera, dans un premier temps, le cœur de l’horreur. Dans le cadre apparaîtra, par touches, cette figure mythique sans qu’aucun effet horrifique lui soit associé. Cette apparition est si discrète qu’il est tout à fait possible de passer à côté. Il suffit cependant de l’apercevoir une ou deux fois pour mettre le spectateur dans un état de paranoïa. Avec ces apparitions, on s’attardera alors bien plus sur ce qu’il se passe derrière les personnages dans le coin de l’écran, plutôt qu’en face d’eux. Le film n’aura alors presque plus besoin de faire quoi que ce soit pour créer une tension horrifique, procédé résonnant parfaitement avec le mal-être silencieux qui habite et gangrène le foyer qu’il dépeint. Mais à cette horreur sourde, qui profite du rythme très lent du film, s’additionne parfois une horreur un peu plus pompière, un peu trop soulignée, et qui vient détruire toutes les solides fondations de ce début de film en prenant de plus en plus de place.

À la simplicité de son dispositif, le cinéaste va faire quelques choix qui ne viendront pas complexifier le tout mais le sur-expliciter pour rien. Tout le mystère de cette première partie ne tient pas dans l’intérêt que l’on pourrait porter à la narration, mais plutôt dans l’expérience très troublante qui a été mise en place. Malheureusement, Naito Eisuke va plutôt chercher à creuser son histoire, et c’est avec ce choix que ce thriller lent et lancinant se transforme plutôt en une production horrifique un peu ennuyante et beaucoup trop longue. Lorsque le film effectue plusieurs sauts temporels sans prévenir le spectateur, cela ne vient pas renforcer notre perte dans le film. Plutôt, cela renforce l’aspect très laborieux de sa narration qui cherche à prendre de plus en plus de place au détriment du reste. Au lieu de laisser au spectateur le plaisir d’être perdu, il l’oblige à essayer de résoudre une énigme qui n’est pas très intéressante. De plus, ces sauts viennent complètement hacher le rythme du film, rythme très important dans son dispositif initial profitant entièrement de sa lenteur. Le pire étant que l’énigme que constitue le scénario initial n’est pas si compliquée : tout est explicite lorsque, au début du film, on nous répète deux fois l’histoire de cette femme des neiges. Et finalement le bât blesse d’autant plus quand le film décide de lentement abandonner son horreur sourde pour laisser place à une horreur bien plus générique et qui ne s’accorde pas du tout avec le rythme lancinant initial. Lorsque le surprenant final du film arrive, il est déjà trop tard pour profiter véritablement du déluge d’idées qu’il nous soumet. L’imagerie grotesque qu’il convoque vis-à-vis de son récit tragique est très intéressante, les quelques idées horrifiques purement visuelles tirant vers le grandiloquant sont réussies, même cette encombrante narration retrouve un semblant d’intérêt lorsque les thématiques habituelles du cinéaste émergent enfin de manière explosive. Mais malheureusement le film est moins un slowburn qu’une déroute trop longue avant de miraculeusement retrouver son souffle – bien trop tard.

Il est donc regrettable que Blood on Snow se perde aussi violemment en chemin avec des erreurs aussi simplistes. Sur le papier, un bon film se niche (un thriller paranoïaque avec des accents de Silent Hill que ce soit dans le ton employé ou dans son iconographie, et aussi dans ses très légères touches lynchéennes). Techniquement, le film promet aussi beaucoup de choses : la petite ville sous la neige est si bien dépeinte que l’on aurait aimé en voir plus. Mais malheureusement, rien ne fonctionne efficacement et, sur la longueur, le désintérêt devient total. On reconnaît bien l’univers et le talent du cinéaste, mais le film peine à lui rendre honneur.

Thibaut Das Neves.

Blood on Snow de Naito Eisuke. Japon. 2026. Projeté au NIFFF 2026.